Page:Laprade - Œuvres poétiques, Les Symphonies, 1878.djvu/21

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II


Ainsi je veux vous suivre, et sur les mêmes voies,
Marcher au même but, dans les pleurs ou les joies.
Égaré dans ce siècle, entre ses dieux croulants,
Je vais où j’aperçois briller vos cheveux blancs.
Toujours dans votre foi, ferme comme la roche,
Je vous ai vu debout, sans peur et sans reproche ;
Jamais au vent du jour, sous le commun niveau,
Votre fidèle main n’abaissa son drapeau ;
Jamais l’ambition, dont chacun suit les ondes,
Ne vous fit dévier dans ses courants immondes.
Quand il fallut céder une part au vainqueur.
Vous avez, sans fléchir, tout livré, fors l’honneur !
Aussi pur que l’acier des antiques armures,
Votre cœur ignora la haine et les murmures ;
Fier en face du sort, mais combattant loyal,
Vous n’avez jamais eu d’ennemis que le mal.

En ce temps chimérique et de foi périssable,
Heureux le fils qui, las de fonder sur le sable,
Trouve encor chez les siens un immobile autel,
Et marche à la clarté de l’honneur paternel !

Je reviens, ô mon père, à nos dieux domestiques.
J’ai sur le dernier mot de ces tribuns mystiques,
Qui, proclamant les fils meilleurs que les aïeux,
Prêchent un âge d’or où les hommes sont dieux.