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L’IRIS BLEU

l’autre. Docteur, je vous demande la main de Mademoiselle Andrée, votre pupille !

— Comment ? La main d’Andrée… Ai-je bien compris ? Mais dites donc, est-ce que je rêve ?

— Non, Docteur, vous ne rêvez pas du tout, nous venons de découvrir que nous nous aimions, Mlle Andrée et moi, et nous vous prions de consentir à notre mariage…

— Ah ! mon ami, mon cher ami, que je suis heureux ! s’exclama le bon M. Durand en pressant la main du notaire. Si je consens ! Depuis un mois que nous nous cassons la tête Monsieur Lauzon, le Curé et moi, pour vous faire rencontrer. Car pour vous aimer, je savais que cela viendrait, Andrée est une petite ensorceleuse, et vous, vous êtes le mari de mes rêves pour ma pupille ! Allez, jeune homme, embrassez votre fiancée !

— C’est donc bien vrai ! s’écria Paul tout joyeux en entrant suivi de Lambert, qui l’avait prévenu. Docteur, je suis presque aussi heureux que lorsque Jeanne m’a dit le grand « oui » !

— Ce pauvre défunt Monsieur Marin, qu’il serait content s’il était encore ici ! ajouta Lambert d’une voix émue.

— Je mets mon herbier au rancart, mais je veux garder bien pieusement mes iris bleus ! dit Andrée en plaçant les belles fleurs dans un vase ; n’est-ce pas, Yves, que nous leur devons un peu notre bonheur ?

— Une vieille tradition que rapportait mon oncle veut que tant qu’il y aura des iris bleus sur nos terres, les Marins ne disparaîtront pas. Je ne suis pas superstitieux, mais il y a tout de même quelque chose de providentiel dans la manière dont ces belles fleurs de chez-nous m’ont conduit au bonheur !

— C’était l’âme des aïeuls qui veillait ! ajouta le docteur enthousiasmé de cette coïncidence.

— Docteur ! Monsieur Lauzon ! Est-ce vrai Monsieur Yves ! Mademoiselle Andrée ! Maintenant, je puis chanter mon « Nunc dimittis servum tuum !!!!! » C’était le Curé qui à son tour faisait son entrée dans le cabinet du Docteur.

— Mais oui ! Curé, ces jeunes gens vous ont taillé de l’ouvrage, vous aurez bientôt une noce à faire !

— Ce que vous aviez prévu est arrivé, Monsieur le Curé, dit Andrée en souriant, « la jeunesse, la force d’attraction, le hasard… »

— Comment, petite sournoise, vous écoutiez donc aux portes ? Enfin, mon cher Docteur nos vœux sont accomplis. D’ailleurs, ne vous l’avais-je pas dit : « Papa et maman fauvette ne se tourmentent pas des amours de leurs petits, ils ne se soucient pas de leur accouplement et cependant quand viennent les jours de juillet, les bois et les prés tressaillent de leurs chants d’amour ! »


FIN