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mourut misérablement à dix-huit ans. C’est alors aussi qu’apparaît la publication du poSme ô’O.isian, dont on attribue la composition’à l’éditeur Macpherson, et qui n’est qu’une imitation très-habile des anciens chants gaéliques. Le roman, cette forme de littérature essentiellement moderne, commence a attirer vivement l’attention et l’intérêt du public. Richardson publie Clarisse Harloice, qui est presque aussitôt traduit dans toutes les langues ; le Tom Jones de Fielding a presque autant de succès ; Smollett produit Uodri/c Handom et Peregrine Piclcle ; Sterne fait le Voyage senti■ mental, et Goldsmith le Vicaire de Wakefield. Mackonsie, Samuel Johnson, Horace Walpole marchent sur leurs traces. Plusieurs de ces écrivains travaillèrent aussi pour le théâtre ; ils réussirent moins dans la tragédie que dans la comédie, et comme auteurs comiques ils furent dépassés par Sheridan, a qui 1 on doit VÉcole du scandale.

Parmi les historiens, nous citerons Hume, dont l’Histoire d’Angleterre est écrite avec élégance et clarté ; l’Écossais William Robertson, qui a composé l’Histoire d’Amérique,

Y Histoire d’Écosse et celle de Charles V, son meilleur ou vrage ;Tobia$ Smollett, auteur d’une Histoire complète de l’Angleterre depuis la descente de Jules César jusqu’au traité d’Aixla-Chapelle, et surtout Édouard Gibbon, dont

Y Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain est une œuvre capitale.

En philosophie, David Hume composa des Essais, où il créa un scepticisme nouveau ; Hutcheson publia un Système de philosophie morale ; Reid fit sensation par ses liecherches sur l’esprit humain et son Essai sur lapuis-

sauce intellectuelle, La Théorie des sentiments

moraux d’Adam Smith le met aussi au nombre (les philosophes de ce temps, mais il est surtout célèbre comme économiste, et son principal ouvrage est intitulé liecherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Enfin Warburton, Whitefield, Wesley, le docteur Blair et le docteur Camphell, furent des théologiens ou des prédicateurs distingués, pendant que William Pitt, Edmond Burke, Charles Fox, Erskine, Châtain et Sheridan se firent un nom dans l’éloquence politique. Les fameuses Lettres de Junius, qui parurent en 1769, se rattachent aussi à la politique ; on peut les considérer comme le plus spirituel et . le plus incisif des pamphlets ; on n’a jamais su d’une manière certaine quel en était l’auteur, mais on les a souvent attribuées à sir Philip Francis.

Vers la fin du xvine siècle, on vit se produire une véritable révolution dans la littérature anglaise, et ce fut l’Allemagne qui en donna le signal. Réagissant contre les tradiditions classiques que l’influence de l’école française avait longtemps imposées aux polîtes allemands, Lessing, Herder, Gœthe, Schiller, avaient essayé de trouver dans leur pays même des sources d’inspiration moins banales et plus conformes au génie germanique. L’impulsion donnée par eux ne taçda pas à se propager en Angleterre ; on se mit à relire Shakspëare et les vieilles ballades ; on y chercha les éléments d’une école nouvelle, l’école romantique, dont Cowper est généralement regardé comme le créateur. Ses poésies portent ce cachet dé personnalité et de lyrisme qui constituent la manière propre du romantisme. Darwin, Bloomlield et Grahame s’adonnèrent spécialement au genre descriptif. Wordsworth se montra supérieur à tous ses rivaux, c’est un des plus grands poëtes de l’Angleterre. Robert Southey est un versificateur fécond ; Coleridge, un ciseleur et un coloriste amoureux de la forme ; Thomas Moore s’est acquis une popularité légitime par ses Mélodies irlandaises, et surtout par son poëme oriental de Lalla Itookh. Thomas Camphell et Walter Scott, comme poète, n’eurent pas moins de vogue. Enfin nous arrivons à Byron, qui a fait école dans l’école, et qui a créé un genre tout nouveau : le scepticisme lyrique. Childc-Harold, Don Juan et d’autres poèmes du même genre produisirent une impression extraordinaire ; ils furent traduits et imités dans toutes les langues.

Pendant que la poésie entrait dans cette nouvelle phase, l’histoire, basée sur les procédés d’une critique toute philosophique, comptait d’illustres représentants. Mitford composait une savante Histoire de la Grèce ; Macintosh donnait une Histoire de la révolution ie 1688 et une Histoire d’Angleterre, qui sont restées inachevées l’une et l’autre ; Lingard s’est montré érudit, mais trop partial ; enfin Macaulay, aussi connu en France qu’en Angleterre, s’est acquis la réputation méritée d’un historien hors ligne. La philosophie trouvait un brillant interprète dans Dugald Stewart ; Jéréime Bentham et Malthus se distinguaient, l’un comme moraliste et jurisconsulte, l’autre par des ouvrages sur l’économie politique. La roman, de son côté, conquérait de plus en plus la faveur générale, en se pliant aux goûts variables de la foule et aux exigences de l’esprit moderne. A Simple Histoire, de mistress Incnbald, succèdent les romans terribles d’Anne Radeliil’e ; le Moine, production étrange de Lewis ; Caleb William du Godwin, et les romans historiques de Walter Scott, le plus célèbre des romanciers, et celui dont le nom et les ouvrages sont le mieux connus dans toutes les parties du monde. De nos jours encore le roman est cultivé par des hommes qui jouissent d’une célébrité incontestable : on peut citer Charles Dickens, sir Bulwer Lytton,

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Fenimore Cooper, Thackeray, qui vient de mourir récemment. Mais nous ne devons pas nous permettre de juger des auteurs vivants, qui n ont pas donné toute la mesure de leur talent, et pour qui la postérité nlest pas encore ouverte. Nous terminerons donc ici ce rapide résumé de l’histoire littéraire de l’Angleterre, en faisant seulement remarquer que, dans ce pays comme dans tous les autres, le roman et l’histoire sont aujourd’hui les deux formes sous lesquelles la plupart des écrivains aiment surtout à manifester leurs idées et leurs sentiments.

— VIII. Peinture anglaise. On ne sait que très-peu de chose de l’état des arts en Angleterre pendant la période anglo-saxonne. Au ixe siècle, Biscops, abbé de Wiremouth, fit venir d’Italie une grande quantité de tableaux, dont il remplit les églises dépendantes de son monastère.- Un peu plus tard, Alfred le Grand, cherchant à polir ses guerriers, multiplia les manuscrits et les fit orner de miniatures. Vers la fin du xe siècle, Dunstan, évoque de Cantorbéry, avait la réputation d’être un habile facteur d’instruments de.musique et un habile miniaturiste : la bibliothèque Bodtéiènne conserve quelques-unes de ses enluminures. Guillaume le Conquérant introduisit en Angleterre le luxe et les arts de la France. Sous son règne et celui de ses deux fils, la grande peinture commença a être cultivée. Lanfranc, né en Lombardie, un des littérateurs les plus renommés de son siècle,

devenu archevêque de Cantorbéry, rebâtit son église et orna la voûte de peintures dont la beauté, suivant l’expression d’un chroniqueur contemporain, ravissait les esprits. Anselme,

français, continuèrent de faire décorer cette cathédrale. De nombreuses miniatures des xiue et xivî siècles sont parvenues jusqu’à nous ; l’exécution en est grossière, mais le style ne manque pas d’originalité. Les chartes font souvent mention de peintures murales exécutées dans les églises à la même

que suscita plus tard le puritanisme anglican.

Les quelques peintures du xvc siècle qui ont échappé à la destruction trahissent l’influence de la grande école de Bruges. Jan Gossacrt, dit Mabusc, sectateur des Van Eyck, est le peintre étranger le plus ancien dont on ait conservé une œuvre authentique exécutée en Angleterre ; la galerie de Hampton-Court a de lui un petit tableau avec portraits des enfants de Henri VII, qui est daté de 1405. Au commencement du xvie siècle, quelques Italiens furent appelés, entre autres Luca Penni, frère de Giovanni-Francesco Penni, l’élève et le légataire de Raphaël. Mais il semble que l’art de la peinture n’ait été sérieusement cultivé en Angleterre qu’à partir du jour où Holbein arriva dans ce pays, et remit à Thomas Morus une lettre et le portrait d’Érasme, leur ami commun (1520). Accueilli de la façon la plus amicale car le chancelier, .le célèbre peintre fut bientôt admis dans les bonnes grâces de Henri VIII ; il fit plusieurs fois le portrait de ce prince, ceux des divers membres de la famille royale et de presque tous les seigneurs de la cour. Il exécuta aussi diverses compositions historiques et allégoriques, et ne cessa de jouir d’une grande faveur jusqu’à sa mort, arrivée à Londres en 1554. Les tableaux religieux ayant été proscrits par la réformation, la peinture de portrait fut 1 occupation presque exclusive des artistes étrangers qui vinrent en Angleterre à la suite d’Holbein. Parmi les autres portraitistes employés par Henri VIII, on cite le Flamand Gérard Horebout et le Hollandais Lucas-Cornelisz Engelbrechtsen, un des fils de Cornelis Engelbrechtsen, qui passe pour avoir formé Lucas de Leyde. Sous le règne de Marie Tudor, Antonio Moor arriva d’Espagne pour peindre le portrait de cette princesse, dont Philippe II avait demandé la main. Le succès qu’obtinrent les ouvrages de « cet artiste troubla, assure-t-on, les facultés mentales de Joost van Cleef, qui a laissé en Angleterre des portraits dont le style rappelle beaucoup celui d’Holbein. Après avoir travaillé pour la reine Marie, le Flamand Lucas de Heere devint le peintre d’Elisabeth ; mais sa réputation fut éclipsée par celle de l’Italien Frédérico Zucchero, qui vint à Londres en 1574. Cornelis Ketel, de Gouda, et Marc Gérard, de Bruges, travaillèrent aussi à la cour d’Elisabeth. À côté de ces maîtres étrangers se formèrent quelques portraitistes indigènes, entre autres Nicolas Hilliard et Isaac Oliver, qui peignirent en miniature. Le seul portrait authentique de Shakspëare est l’œuvre d’un Anglais : il a été exécuté d’après nature par l’acteur Burbadge, l’ami du poète et son interprète dans le rôle de Richard III. Sous le règne de Jacques Ier, nouvelle génération de portraitistes étrangers. Paul van Sommer, d’Anvers, qui vint à Londres en 1606, a laissé entre autres ouvrages le portrait de lord Bacon et ceux très-connus de lord et de lady Arundel. Les Hollandais Cornelis Janson van Ceulen et Daniel Mytens, arrivés quelques années après, travaillèrent principalement pour Charles l«r. Ce prince, qui ne dédaignait pas de s’occuper lui-même de dessin, et qui réunit dans son palais une magnifique collection de tableaux et de statues, ne négligea rien pour attirer à sa cour les artistes les plus renommés du continent. Rubens, que les dis,-

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tinetions les plus flatteuses et l’amitié même du roi ne purent retenir plus d’une année à Londres, y exécuta quelques portraits et des peintures assez importantes pour la salle de festin de White-Hall. À Van Dyck, son élève, était réservé l’honneur d’exercer sur les arts en Angleterre une influence égale et peut-être supérieure à celle d’Holbein. En 1632, il entra au service de Charles Ier, qui lui assigna une pension de 200 liv. st., le fit chevalier, et le nomma premier peintre de la cour. Lord Arundel, amateur passionné des arts, ami de Rubens et de Van Dyck, ne fut sans doute pas étranger à la faveur qui accueillit ces illustres artistes. Tous deux ont fait de lui d’admirables portraits. Van Dyck ne séjourna pas moins do neuf ans en Angleterre. Parmi les peintres flamands et hollandais qui s’étaient groupés autour de lui, nous citerons Jan van Reyn, né à Dunkerque, et David Beck, d’Arnheiin, qu’il employa souvent à l’exécution de ses portraits. Plusieurs artistes indigènes suivirent également sa manière. Walpole nomme, entre

autres : Georges Jamesone, qui avait étudié sous Rubens, à Anvers, et qui travailla avec succès h. Édimbourg ; l’Irlandais James Gandy ; Henry Stone, qui mourut à Londres en 1653 ; William Dobson, qui fut un des plus habiles imitateurs du maître, et qui lui succéda comme peintre en titre de Charles Ier, et enfin Robert Walker, le peintre affectionné de Cromwell, dont il nous a transmis de fort beaux portraits. Mais les artistes étrangers continuèrent

de M. W. Bnrger, ïut le plus étonnant Sosie de Van Dyck, vint en Angleterre après la mort de ce dernier, et jouit, durant près de quarante années, d’un succès égal à celui de son modèle : il peignit Charles l" et sa cour, le Protecteur et son entourage, Charles II et toutes les « beautés de Windsor ». Largillière travailla pendant quatre ans sous sa direction et son patronage. Un autre portraitiste français, Claude Lefèvre, passa les dernières années de sa vie en Angleterre, et y mourut en 1675. En 1680, Charles de la Fosse, Baptiste Monnoyer, le peintre de fleurs, et Rousseau, peintre d’architecture, furent appelés en Angleterre par lord Montaigu, qui leur confia la décoration de son palais. Ce travail achevé, Monnoyer resta à Londres, où il termina sa carrière en 1699. Il avait fait la connaissance de l’Allemand Gottfried Kneller, et collabora souvent avec cet artiste, qui avait hérité de la vogue de Lely, et qui tut successivement employé par Jacques II, Guillaume III et la reine Anne. Au xvne siècle, la marine, le paysage et le genre furent cultivés en Angleterre par quelques artistes hollandais, notamment par les Van de Velde, Dirk Stoop, Jan et Thomas Wyck ; mais le goût public avait surtout favorisé la peinture de portraits. Tous les efforts avaient d’ailleurs été impuissants à faire surgir une école nationale : on eût dit que l’Angleterre était fatalement impropre aux arts plastiques, et surtout à la peinture. Le xvine siècle, cependant, devait voir cesser cotte infériorité. Vers latin du trop long règne de Kneller, l’Italien Verrio avait importé une sorte de peinture architecturale, décorative et lâchée, qu’un autre étranger, le Fiançais Laguetre, avait contribué, par sa facilité excessive, à mettre à la mode, et où un Anglais, James Thornill (1676-1734), s’était fait, à leur suite, une grande réputation, en peignant la coupole de Saint-Paul et la salle d’armes de Greenwich. Tout semblait indiquer que la décadence où les arts étaient tombés à cette époque dans les divers pays d’Europe dût être plus complète en Angleterre, lorsque le génie britannique se révéla soudain. « Les Anglais sont très-excentriques, dit à ce propos M. Biirger. Ils ne font rien comme les autres ni au même moment que les autres. Tant que les peuples du continent eurent de bonnes écoles et de bons maîtres, impossible de naturaliser l’art en Angleterre. Pendant plus de deux siècles, c’est une procession d’étrangers qui, à défaut de peintres indigènes, viennent prêter leur talent à la cour et à l’aristocratie. Même aux temps de Shakspëare et de Milton, la peinture est toujours un produit exotique dans ce pays fertile en poëtes, en littérateurs, en savants, en politiques, en inventeurs de toute sorte, en hommes d’un génie profond et original... Mais, tout à coup, quand l’Italie et l’Espagne, l’Allemagne, la Flandre et la Hollande n’ont plus d’art, quand la France seule a quelques peintres de fantaisie légère,-Watteau était même déjà mort, —voilà quo paraît à Londres un esprit singulier, qui crée presque un nouveau genre de peinture où s’entremêlent dans une forme vive et popufaire la morale et la satire ; voilà que naissent presque en même temps deux portraitistes qui rappelleront, sous d autres costumes, l’élégance de Van Dyck. »

Hogarth (1698-1764), Reynolds (1723-17S2) et Gainsborough (1727-1788), tels sont les initiateurs et les véritables fondateurs de l’école anglaise. Le premier, qui fut sans contredit le plus original des trois, le plus riche de l’Aumour national, peignit et grava des scènes do mœurs tour à tour dramatiques et risibles, nobles et triviales, piquantes et sentimentales, toujours attrayantes et empreintes de vérité et de force. Reynolds, né en 1723, l’année même de la mort de Kneller et trois ans après l’apparition de la première gravure d’Hogarth, sut se créer un style personnel, tout en s’elforçant d’imiter les maîtres les plus renom ANG

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mes des diverses écoles, le Corrége, le Titien, Léonard-de Vinci, Velasquez, Murillo, Rubens, Van Dyck et Rembrandt. En formant son talent d’après ces modèles si opposés, il resta anglais de caractère, de tournure, de goût et de style. Il s’adonna spécialement à la peinture de portraits, et, en ce genre, il atteignit à la puissance d’interprétation des plus grands maîtres. Il composa aussi des tableaux d’histoire, et peignit parfois aveu une couleur magique des sujets empruntés à la fable et à la poésie : mais’là n’était pas sa véritable supériorité, et ceux qui, de son temps ou après lui, ambitionnèrent les succès de la grande peinture, Benjamin West, H. Fusely, Copley, Barry, Opie, Northçote, Wright, etc., ne réussirent pas davantage à implanter le style héroïque en Angleterre. Benjamin West (1738-1820) eut du moins le mérite de contribuer à l’organisation des expositions de peinture, qui propagèrent le goût des arts parmi le public anglais. Coloriste fin et délicat, physionomiste doué d’une grande pénétration, poilte sensible et élégant, Gainsborough fut le rival de Reynolds dans la peinture de portraits ; il fit aussi des paysages et des paysanneries où il traduisit avec beaucoup de sentiment et de simplicité les spectacles variés de la nature et les épisodes de la vie rustique. C’est do lui que procèdent les deux meilleurs paysagistes de l’école anglaise : Morland etConstable. Avant lui, Richard Wilson avait composé très-habilement des paysages classiques dans le style de Poussin et de Claude ; mais, malgré son mérite, il fut sans influence sur l’école de son pays ; tout au plus pourrait-on citer comme ayant suivi plus tard la même voie, Turner, que les Anglais comparent à notre Lorrain, bien qu’il n’en ait ni 1 éclat ni la transparence. La peinture de portraits fut, au xviiie siècle, laspécialité la plus brillante de l’école anglaise. En même temps que Reynolds et Gainsborough, vivaient George Romney, qui les

égala presque, l’Écossais Raeburn, qui a quelque chose de la vigueur de Velasquez, Hoppner, dont la manière a beaucoup de charme et de distinction, Barry, Opie, Copley, qui montrèrent plus de talent en peignant de simples portraits qu’en s’essayant aux compositions historiques. Autant Pieter Lely avait approché de Van Dyck, autant Thomas Lawrence (17S9-1830) approcha de Reynolds, qu’il remplaça comme peintre de la cour, et dont il reproduisit, non sans un peu de maniérisme, le style élégant et le brillant coloris ; il fut lui-même imité par la plupart des portraitistes de son temps, Harlow, Beechey, Martin Shee, Th. Philipps, John Jackson, Georges Dawe, etc. De nos jours, les portraitistes les plus notables en Angleterre sont sir John Watson, Gordon, M. Francis Grant et M. Henry-William Pickersgill, tous quatre membres de l’Académie

Parmi les quelques artistes qui suivirent dans la peinture historique les principes de / l’école de David, Westall est le seul dont les / travaux aient obtenu quelque succès ; Hilton, Etty, Briggs, Stothard, llaydon, montrèrent plus d’indépendance. Il y a environ trente ans, John Martin fit sensation par ses immenses ( panoramas, où il déroula les scènes impo- • santés de la Bible ; mais sa gloire a été de courte durée : on se lassa bien vite de ses effets de lumière fantastiques et do ses conceptions bizarres. On a senti récemment en Angleterre le besoin de provoquer, s’il était possible, la renaissance de la grande peinture : une commission royale a été instituée pour diriger les travaux de décoration du nouveau palais de Westminster ; on a fait appel aux artistes, on a ouvert des concours, un a donné des commandes. Tous les efforts, tous les encouragements ont abouti à faire ressortir d’une façon plus éclatante l’infériorité do l’école anglaise, son impuissance à combiner les éléments d’une vaste composition, à s’élever à la conception du beau. MM. F.-R. Pickersgill, J. Cross, E.-M. Ward, A. Johnston, Foggo et Desanges, qui ont pris la plus large part aux travaux de Westminster, ont fait preuve sinon d’un talent supérieur, du moins d’une certaine hardiesse qu’il est permis de louer. M. Armitage a exécuté des tableaux d’histoire et des batailles dans le style de Paul Delaroche, dont il a, du reste, été l’élève. M. Stanfield est le Bellangô de l’Angleterre : il s’est montré français jusque dans le choix de ses sujets, et il a plusieurs fois exposé à Paris des épisodes militaires du premier Empire. De tous les peintres anglais contemporains, sir Charles Eastlake est celui qui, par la pureté de son dessin, la chaleur de son coloris et l’élévation de ses idées, aurait pu triompher le plus sûrement, ce semble, des difficultés de la grande peinture : il s’est borné, tou Hogarth n’avait pas eu de continuateur immédiat dans la peinture familière. Ce genre reparut avec éclat au commencement de notre siècle : David Wilkie (1785-1841), un des talents les plus populaires et les plus justement estimés de l’Angleterre, débuta à l’exposition de l’Académie, en 1806, par les Politiques de Village, tableau d’unegrande finesse d’observation, d’une exécution naturelle et vigoureuse. À dater de cette époque, l’école anglaise semble avoir trouvé sa véritable voie : elle a compris que les petites scènes de famille les petitsdrames bourgeois, les petites comédies domestiques, convenaient mieux quo les sujets héroïques à la