Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 10, part. 4, Mard-Memmonium.djvu/237

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MAZA

Importante filature de laine ; fabrication de draps de toutes sortes, cadis, espagnolettes, flanelles, chemises et casquettes pour la marine, alpaga, toiles, tartans, chaux hydraulique. Aux environs, ruines du château à Hautpoul.

MAZAN, bourg et comm. de France (Vaucluse), vcanton S., arrond. et k 7 kilom. de Carpentras ; pop. aggl., 2,103 hab. — pop. tôt., 3,260 hab. Récolte de safran, olives et vins renommés dits de Grenache. Église du xiiic siècle, qui dépendait primitivement d’une aricienneabbaye.il Village et comm. de France (Ardèche), canton de Montpezat, arrond, et à ^18 kilom. de Largefitière ; 1,824 hab. À l’extrémité d’une vallée profonde, dominée de toutes parts par des bois de pins, se trouvent les ruines de l’ancienne abbaye bénédictine de Mazan, fondée vers ll2d et reconstruite au commencement du xve siècle. Il en reste des pans de murs couverts de lierre, une vieille tour carrée et une vaste église à trois nefs, dont le choeur est encore surmonté d’un dôme byzantin.

MAZANDERAN, province de la Perse moderne. V. Mazenderan.

MAZAMELLO. chef de l’insurrection napo" litaine do 1647. V. Masaniello,

MAZAR ou MAZARD s. m. (ma-zar). Entom. Nom vulgaire d’une espèce d’eumolpe qui coupe les bourgeons, et qu’on désigne également par les noms de coupe-bourgeons,

BECHE, PIQUE-BROUT, LISETTE, etû.

MAZARA DEL VALLO, autrefois Masaris, ville du royaume d’Italie, dans la Sicile, province et k 44 kilom. S. de Trapani, chef-lieu du district de son nom et de mandement, sur la rive gauche et k l’embouchure du Saletni dans la Méditerranée, où elle a un port de commerce ; 10,999 hab. Evéché ; collège. Exportation de vins, soude et huile. Cette Ville, qui donnait autrefois son nom à la vallée de Mazara, ancienne division administrative de l’île, est entourée de murailles et défendue pur une forteresse ; elje est assez mal bâtie, et formée de rues étroites et irrégu-HèreSj au milieu desquelles ou trouve la place du Dôme, d’assez belle apparence. La cathédrale renferme quelques bas-reliefs d’un ciseau grec, et la noble famille Grignano possède un musée d’antiquités qui mérite d’être visité. Du temps des Normands, Mazara fut une ville riche, florissante et peuplée ; le comte Roger la choisit pour sa résidence, et elle fut ensuite le séjour du roi détrôné Alphonse et de la reine Jeanne, femme de l’infortuné Ferdinand II.

MAZAUEUUO ou MASSAREDO Y SALAZAB

(Jose-Maria), amiral-espagnol, né à Bilbao en 1744, mort k Madrid en 1812. Pendant la malencontreuse expédition d’Alger en 1775, il

sauva par sa prudence les débris de l’armée espagnole, reçut en récompense d*> sa conduite le grade de major général d’escadre, fit partie, en 1780, de la Hotte espagnole qui se joignit k la flotte française lors de la guerre de l’indépendance américaine, fut chargé, en 1793, de réorganiser la marine et rédigea alors les ordonnances maritimes encore en usage aujourd’hui. Nommé vice-amiral en 1795, il devint commandant en chef de la flotte espagnole dans la Méditerranée, protégea, en 1797, la ville de Cadix contre le bombardement dos Anglais, fut nommé, en 1804. ambassadeur à Paris, où il resta peu de temps, et comprima k son retour une révolte dans la Biscaye. S’élant rallié, -sn 1808, au gouvernement de Joseph Bonaparte, il fut chargé par ce prince du portefeuille de la marine, qu’il conserva jusqu’à sa mort. C’est Mazareddo qui a fait construira, en 1799, le bel observatoire de l’Ile de Léon. Il a laissé en espagnol un ouvrage intitulé Rudiments de tactique, navale (Madrid, 1785, in-4°).

MAZARIN s. m. (ma-za-rain). Hist. Nom par lequel les frondeurs désignaient les partisans du cardinal Mazarin : A bas les maza-

KlNSl

— Techn Petit gobelet en verre, de qualité rès-commune,

MAZARIN ou A1AZAR1M, famille de l’État de Gènes, transplantée en Sicile au xvie siècle. Elle avait pour chef, au commencement du xviib, Pierre Mazarini, qui alla s’établir à Rome, où il mourut en 1654. Il avait épousé Hortense Rutfalini, dont sortirent : Jules Mazarin, cardinal, nremier ministre sous Louis XIII et la régence d’Anne d’Autriche ; Michel Mazarin, archevêque d’Aix, également cardinal ; Laure-Marguerite Mazarin, mariée à Jérôme Martinozzi, dont deux filles, qui épousèrent, l’une Alphonse d’Esté, duc de Modène, l’autre Armand de Bourbon, prince de Conti ; Hiéronyme Mazarin, mariée à Michel-Laurent Mancini. De ce dernier mariage sortit, entre autres, Hortense Mancini, qui épousa en 1661, Armand-Charles de La Perte, duc de La Meilleraye, créé pour ce mariage duc de Mazarij-, Leur fils unique, Paul-Jules, duc de Mazakii’ et de La Meilleraye, mort en 1731, n’eut de son mariage avec Félicie-Charlotte-Artnando de Durfort-Duras que deux ïlls - : l’un, Henri-Jules deMaza[UN, duc de Mayenne, mourut avant lui, à l’âge de douze ans ; l’autre, Gui-l-’aul-Jules de Mazarin, mourut en 1738, ne laissant ne Louise-Françoise de Rohan-Soubisequ’une fille, Charlotte-Antoinette

dk Mazarin, qui avait épousé, en 1733, Emmanuel-Félicité de Durfort, duc de Duras.

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MAZARIN (Glulio Mazarini), cardinal-ministre de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de Louis XIV, ué à Piscina, dans les Abruzzes, en 1602, mort à Vincennes en lfifll. L’origine de cet homme d’État, qui joua un si grand rôle dans notre histoire, était obscure. Ses ennemis prétendaient que son père, marchand sicilien, s’était réfugié à Rome, après avoir fait banqueroute à Païenne. D’après M. Amédée Renée qui, dans sas Nièces de Mazarin, a fait k ce sujet les plus consciencieuses recherches, le grand-père ds Mazarin était un simple artisan sicilien ; ce fut son père qui vint chercher fortune k Rame et devint cameriere (domestique de confiance, premier valet) du connétable Colonna. Le jeune Mazarin ne s’en donna pas moins comme gentilhomme ; d’abord un peu soldat, un peu diplomate, un peu prêtre, et tout cela avec un vernis d’aventurier en quête de fortune, il eut la rare chance de rencontrer, devant Casai, Richelieu, alors fort occupé des querelles du duc de Savoie et de la maison d’Autriche (1630), et de réussir dans une difficile mission diplomatique. Il était k cette époque au service du nonce Pancirola. Richelieu, frappé de l’esprit délié, souple, du jeune diplomate, en même temps que de sa bonne mine, résolut de se l’attacher et l’emmena en France. Ayant de plus en plus reconnu sa grande intelligence des affaires.un génie tout particulier pour amener, k l’aide du temps et de la patience, la solution des questions les plus difficiles, il le chargea de plusieurs missions importantes, le. fit nommer cardinal et, k sa mort, en 1642, le recommanda k Louis XIII comme son successeur1. Le grand ministre était mort le -é Octobre ; le 5, dans une circufaire royale, Louis XIII déclara « qu’il avait appelé dans ses conseils, auprès des anciens ministres, le cardinal Mazarin, dont il n’âtait pas moins assuré que s’il fût né parmi ses sujets. » La mort du roi, survenue dans les premiers mois de l’année suivante, loin de le faire descendre du pouvoir, augmenta son autorité ; il avait, en effet, déjà su prendre un grand ascendant sur la reine régente, Anne d’Autriche. Quoiqu’il fût une des créatures du ministre qui 1 avait tant humiliée, Anne d’Autriche lui accorda, non-seulement toute sa confiance, mais toute son affection ; on ne peut plus avoir de doute, aujourd’hui que leurs correspondances ont été publiées, sur la nature de leurs relations, sur la passion que la reine inspira au cardinal, et si un mariage secret, hypothèse où se sont placés plusieurs historiens, ne les unit pas légitimement, au moins peut-on croire qu’ils vécurent comme si ce mariage avait eu lieu. M Victor Cousin, qui a si finement étudié toute la société française k cette époque, s’exprime ainsi à propos des lettres d’Anne l’Autriche : « Malgré le temps qui a dû les amortir, malgré les circonstances qui en gênent l’expression, malgré lus chiffres mystérieux qui les voilent, les sentiments d’Anne tl’Autriohe paraissent ici empreints d’une ten dresse profonde. Elle soupire après le retour de Mazarin (alors exilé) et supporte impatiemment son absence. Il y a des mots qui trahissent le trouble de son âme et presque de ses sens. » Cependant, il faut dire qu’un témoin journalier de la vie d’Anne d’Autriche, Mme de Motteville, a défendu l’innocence des relations de la reine et du ministre. Une des hypothèses concernant le Masque de fer fait de ce malheureux prisonnier le légitime roi de France, l’enfant issu de Louis XIII, Mazarin lui ayant substitué le fruitde ses amours avec Aune d’Autriche.

De 1643 à 1661, comme premier ministre d’une reine qui lui était toute dévouée et-d’un roi enfant, Mazarin exerça la plénitude du pouvoir ; mais durant plus de la moitié dé sa vie, jamais autorité ne fut contestée davantage, ni en butte à de plus grands périls. A peine était-il entré en fonction, que, malgré son envie de plaire k tous et quoiqu’il donnât ou laissât prendre k pleines mains, aimant mieux, disait-il, acheter ses ennemis que les briser, tout le parti des importants conjura sa perte et il n’échappa que grâce au hasard k une tentative d’assassinat dirigée contre sa personne (31 août 1853). Une embuscade lui avait été dressée, parle duc de Beaufort, entre la rue Saint-Honoré et le Louvre, sur le chemin qu’il prenait pour se rendre chez la reine. L’arrestation du duc de Beaufort, l’éloignement du duc de Vendôme et de la duchesse, de Cbevreuse furent son premier coup d’autorité. Malgré les brillants débuts de son administration, marquée aussitôt par la succès des armes françaises, la victoire de Rocroy, la campagne de ïurenne en Allemagne et la série d’avantages considérables qui préparèrent la paix de ’Westphalie le gouvernement du cardinal était mine k 1 intérieur par les sourdes intrigues de ses ennemis et surtout par le désarroi des finances, désarroi auquel U aida du reste par son prodigieux désir d’accumuler des richesses personnelles. Il venait k peine de signer le traité de Westphalie que la Fronde éclata (1648). Pendant cinq années, avec une constance et une ténacité singulières, n’ayant pour lui que son génie et l’appui de la reine, en butte aux invectives les plus grossières, le ministre eutk combattre à la fois le parlement, le peuple, les seigneurs, sans compter les ennemis du dehors ; il eut . pour adversaire le prince do Coudé, fut deux fois obligé de quitter la France, en 1651 et en 1C52, mais enfin, il parvint k reprendre (1653)

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définitivement le pouvoir et put poursuivre avec ardeur ses plans relatifs k la guerre étrangère. La victoire d’Arras (1654), l’alliance avec Cromwell (1657), la prise de Dunkerque contraignirent enfin l’Espagne k signer la paix des Pyrénées (1659), principal titre de gloire dô Mazarin. L’année précédente, il avait conclu la. ligue du Rhin, qui donnait k la France une grands influence en Allemagne et tenait l’Autriche en échec.

Tels sont les principaux linéaments de sa vie politique, qui appartient beaucoup plus k l’histoire qu’a la biographie proprement dite.. Sa vie intime n’offre pas un égal intérêt, en dehors de cette liaison avec Anne d’Autriche sur laquelle il convient de jeter un voile discret, plutôt par le manque de certitude historique que par respect pour l’Église ; car. quoique cardinal, Mazarin n’était pas prêtre. Parti de si bas, il eut k pourvoir une nombreuse famille de frères, de neveux et de nièces, qui s’attachèrent k sa fortune. L’avidité qu’il montra, en accumulant des millions, pour lui d’abord, et après lui pour ses nièces, fut toujours le principal grief d6 ses ennemis. Lorsqu’il mourut, dans la nuit du 8 au 9 mars 1661, k Vincennes, où il s’était fait transporter, par une fantaisie de malade, illaissait une fortune que Fouquet, dont les évaluations doivent être les plus justes, estima k 100 millions de livres, ce qui serait le double en monnaie actuelle, et vaudrait ; relativement, cinq fois autant. Cette fortune se composait de 13 millions en numéraire, des revenus de huit abbayes, valant 500,000 fr de rente, des duchés de Nivernais et d’Auvergne, qu’il avait achetés k beaux deniers comptants. Une seule de ses nièces, Hortense Mancini, eut ; pour sa part, 28 millions ; c’était, il est vrai, la plus favorisée.

M. Mignet a tracé le portrait suivant de cet homme d’État : « Mazarin avait l’esprit grand, prévoyant, inventif, le sens simple et droit, le caractère plus souple que faible et moins ferme que persévérant- Sa devise était : t Le temps et moi. »11 se conduisait, non d’après ses affections ou ses répugnances, mais d’après ses calculs. L’ambition l’avait mis au-dessus de l’amour-propre, et il était d’avis de laisser dire, pourvu qu’on le laissât faire. Aussi était-il insensible aux injures et n’êvitait-il que les échecs. Ses adversaires n’étaient pas même des ennemis pour lui : s’il se croyait faible, il leur cédait sans honte ; s’il était puissant, il les emprisonnait sans haine. Richelieu avait tué ceux qui s’opposaient k lui ; Mazarin se contenta, de les enfermer. Sous lui, l’échafaud fut remplacé pur la Bastille. Il jugeait les hommes avec une rare pénétration, mais il aidait son propre jugement du jugement que la vie avait déjà prononcé sur eux. Avant d’accorder sa confiance k quelqu’un, il demandait : < Est-il heureux ? » Ce n’était point de sa part une aveugle soumission aux chances du sort ; pour lui, être heureux signifiait avoir l’esprit qui prépare la fortune ei le caractère qui la maîtrise. Il était incapable d’abattement et il avait une constance inouïe, malgré ses variations apparentes. Résister dans certains cas et k certains hommes ne lui paraissait pas de la force, mais de la maladresse. Aussi, ce qu’il cédait, c’était pour le reprendre, et lorsqu’il partait, c’était pour revenir. Un de ses plus spirituels antagonistes, La Rochefoucauld, a dit de lui « qu’il avait plus de hardiesse dans le cœur que dans l’esprit, au contraire du cardinal de Richelieu, qui avait l’esprit hardi et le cœur timide. » Si le cardinal de Richelieu, qui était sujet k des accès de découragement, était tombé du pouvoir, il n’y

serait pas remonté ; tandis que Mazarin, deux fois fugitif, 11e se laissa jamais abattre, gouverna du lieu de son exil, et vint mourir dans le souverain commandement et dans l’extrême grandeur, •

Les jugements les plus divers ont été portés sur Mazarin ; les uns l’ont comparé à Richelieu, dont il n’eut certainement ni le géniéni l’indomptable fermeté ; d’autres n’ont vu eu lui qu’un homma d’État médiocre, et lui ont k peine accordé la finesse et l’esprit d’intrigue. Ce qu’il y a de singulier, c’est que l’on peut justifier ces deux appréciations contraires. Si l’on examine ce qu’il a fait k l’extérieur, pour la grandeur de la France les traités de Westphalie et des Pyrénées deux œuvres que Richelieu lui-même eût enviées, le mariage de Louis XIV avec l’infante d’Espagne, marquent le grand ministre, l’homme aux profonds desseins ; mais son imprévoyance, sa faiblesse pendant la guerre civile, lo désarroi des finances auquel il n’a sait remédier, son avidité au sein de cette effroyable.misère, les expédients au jour le

jour qu’if imagine seulement pour se perpétuer aux affaires, les intrigues dont il essaye d’enlacer ses adversaires, au lieu de les combattre, trahissent un esprit hésitant et cauteleux. On ne peut lui refuser, toutefois, d’avoir dignement préparé le règne de Louis XIV qui, malgré son impatience de gouverner, lui eût laisse longtemps encore le maniement des affaires. L’abbé de Choisy rapporta que, le lendemain de sa mort, l’archevêque de Rouen vint trouver le roi et lui dit : « Votre Majesté m’avait ordonné do m’adresser k M. le cardinal pour toutes los affaires ; le voilà mort. A qui Votre Majesté veut-elle que je m’adresse k l’avenir ? — A moi, monsieur l’urchevéquel » Le règne de Mazarin fut la préface de celui de Louis XIV.

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On a imprimé, en 1693, ses Négociations secrètes des Pyrénées, réimprimées en 1745 ; ainsi que sa Correspondance avec la reine Anne d’Autriche (1836).

Maznrln (histoirb do cardinal !, par Antoine Aubery (1695, S vol. in-8°). Cet ouvrage est écrit avec un parti pris de panégyriste enthousiaste qui lui enlève, comme histoire, une grande partie de sa valeur. On ne peut blâmer l’auteur, qui ne l’écrivit pas du vivant de son héros et qui voulut ainsi conserver la mémoire des bienfaits qu’il en avait autrefois reçus ; mais, sauf pour les particularités biographiques et le détail des événements contemporains, envisagés au point de vue de l’apologie complète, on ne peut aucunement se fier au récit d’Aubery. La dédicace du livre k Louis XIV est un modèle de franche flagornerie ; il y établit naïvement la prééminence de la maison de Bourbon sui*3 toutes lès maisons impériales et royales, et, ne trouvant pas que l’épithète de grand, appliquée au roi, soit assez forte, il propose d’appeler le monarque Louis Trisinègise, c’est-adire trois fois grand. Cela aurait bien fait dans l’histoire. Lo livre d’Aubery a pourtant un intérêt. Il le composa sur les conseils du premier président Lamoignon, qui lui communiqua k cet effet des extraits faits par lui des registres du parlement. Ces registres étant en grande partie perdus, on en retrouve la substance dans cet ouvrage.

Mainrin (LA JEUNESSE DE), par Victor COU sin. L’élégant historien des belles pécheresses de la Fronde était tout préparé pour écrira la vie de leur ennemi intime ; il avait déjà, dans ce but, amassé de grands matériaux ; niais, pour une raison qu’il ne dit pas, il renonça k l’exécution de ce projet et se réduisit k raconter la jeunesse du cardinal. « Cette étude, dit-il, est une introduction nécessaire k toutes les biographies dt Mazarin, qui glissent sur les obscures années de sa jeunesse. » Quoique fort amoureux des duchesses de Longueville et de Chevieuse, V. Cousin manifeste pour le subtil Italien un enthousiasme qu’il ne réussit pas k faire partager k tous les lecteurs. La souplesse, qu’il admire fort dans Mazarin, ne paraîtra souvent que l’habileté de l’intrigue ; et, sans entrer dans <tous les griefs des frondeurs contre le cardinal, il faut reconnaître que leur haine avait de fort justes et de fort nobles motifs. V. Cousin a assez mal jugé la Fronde en refusant d’y voir autre chose que la rébellion d’une noblesse « sans vertu et sans patrioitsme. » La Fronde fut plus révolutionnaire qu’il ne l’a vue. Il surprend singulièrement ses lecteurs quand il conclut quo Muzann a préparé la monarchie constitutionnelle ; on sait que pour V. Cousin ce genro de gouvernement est la suprême fin de l’histoire humaine, la perfection idéale vers laquelle l’humanité marche à travers les siècles. Ces points de vue contestables écartés, on trouvera dans son livre l’intérêt-qui résulte do nouveaux faits historiques, exposés dans une langue claire et agréable. Victor Cousin a eu en main des pièces originales non consultées avant lui ; il a trouve dans les archives du ministère des affaires étrangères un nombre considérable de papiers, la plupart autographes, sur les négociations de IGÎ8, 1629, 1030, à propos de la succession de Mautoue, et des lettres importantes de différents personnages ; en outre, un des héritiers du cardinal, François Barberini lui a permis de consulter les papiers qu’il tenait de son ancêtre. À l’aide de ces documents précieux, Victor Cousin a pu écrire une histoire presque inédite, et l’on peut dire qu’il a découvert un Mazarin inconnu.

Mmartn mourant, tableau de Paul Delaroche ; Salon de 1831. Ce tableau a été inspiré k l’artiste par les lignes suivantes dos Mémoires de Brientie : « Au milieu d’un cercle nombreux et brillant de grands seigneurs et de daines de la cour, il se faisait montrer les cartes par une de ses nièces, qui les tenait pour lui k une tablô de jeu placée près de son lit. • Au même Salon, Paul Delaroche avait envoyé Cromwell ouvrant le cercueil de Charles /«’, les Enfants d’Édouard et Richelieu remontant le Rhône. Ces quatre tragi-comédies pittoresques, iù la délicatesse et l’observation s’allient k l’énergie du sentiment, obtinrent un succès d’enthousiasme. Gustave Planche osa cependant jeter sa noto critique au milieu du concert de louanges qui s’élevaient de toute part ; il fit remarquer, avec une certaine vivacité, le « travail infini et pénible • révêlé par l’arrangement du Mazarin. La vérité est que cette toile renferme d’incontestables défauts, les défauts habituels de l’auteur, et qui pour beaucoup s at presque des qualités. Finement traité au point de vue de la physionomie et du détail, il laisse souhaiter peut-être, comme le fait remarquer M. Henri de Laborde, un peu [dus de discrétion dans l’effet général, une harmonie moins incessamment brisée par la multiplicité des tons et les mille accidents du modelé. C’est un charmant ouvruge auquel il manqua encore ce qui caractérise la Mort du duc de Guise, l’accent de la certitude et l’autorité du goût- Exécuté avec cotte habileté d’exposition qui a. fait k Delaroche une si grands réputation dans ce genre où le trait de mœurs est de mise k côté de l’image terrible, lo Mazarin mourant est d’aillours inférieur, quant k l’exprassion, k son pendant, la Richelieu.