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1174 RICA RICA RICA RICA


ment : Critique ricaneur. Ton ricaneur. Air ricaneur.

Rien ne m’eat échappé de leurs tons ricaneur*,
De leurs propos Légers, de leurs souris moqueurs.

Palissot.

RICANIE s. f. (ri-ka-ni). Entera. Genre d’insectes hémiptères homoptères, de la famille des fulgoriens, tribu des fulgorides, dont l’espèce type vit au Brésil.

RICARD (Jean-Marie), jurisconsulte français, né à Beauvais en 1622, mort à Paris en 1678. Il fut un des plus célèbres avocats consultants du parlement de Paris. Sa modestie et son désintéressement égalaient son profond savoir. On a de lui : Traité des donations (Paris, 1652, in-4<>) ; Coutume de Sentis (1655, in-4°) ; Coutume d’Amiens (1661, in-12), réimprimé plusieurs fois. L’édition la plus recherchée de ses œuvres est celle de Clermont-Ferrand (1783, 2 vol. in-fol.).

RICARD (l’abbé Dominique), helléniste français, né à Toulouse en 1741, mort en L8U3. Après avoir été professeur de rhétorique à Auxerre, il vint se fixer à Paris, où il se chargea de l’éducation du fils du président Meslay. Cet emploi facile lui permit de s’occuper d’une traduction de Plutarque, son œuvre de prédilection, à laquelle sa vie presque entière fut consacrée. La version d’A. myot ne pouvait plus satisfaire que les amateurs des naïvetés de notre ancien langage ; Mèziriucy avait d’ailleurs relevé jusqu’à deux mille fautes très-grossières. Celle de Daoier, plus exacte et plus à la portée du commun des lecteurs, manquait d’âme et justifiait ce jugement porté sur le traducteur : « Il connaît tout des anciens, hors la grilce et la finesse. > Ricard sut se mettre k l’abri de tous ces reproches ; à une scrupuleuse exactitude, il joint la couleur et l’énergie de l’original. Les Œuvres morales parurent de 1783 à 1793(17 vol. in-18), et les Vies des hommes illustres de 1798 à 1803 (12 vol. in-12). Ces deux versions ont été souvent réimprimées depuis. Ricard a laissé en manuscrit des traductions d’Aristote, de Démosthène, de Sophocle, de Cicéron et un grand nombre de poésies fugitives. On lui doit encore un poëme en huit chants, intitulé la Sphère (1796, in-8°), et plusieurs opuscules.

RICARD (Auguste) dit de Montferrand, architecte français, né à Chaillot, près de Paris, en 1786, mortàSaint-Pétersbourgen 1858. Élève de Percier et de Fontaine, il fut attaché pour son début aux travaux de la Madeleine, puis il se rendit en Russie (1816). Après avoir construit, sur la demande du prince Labanoff, un palais qui est devenu depuis le ministère de la guerre, il fut chargé, à la suite d’un concours (1817), de continuer et d’achever l’église Saint-Isaac, œuvre colossale qui ne fut terminée qu’au bout de quarante ans. En 1829, l’empereur Nicolas confia à Ricard l’érection de la colonne Alexandrin^ faite d’un seul bloc de granit et qui fut inaugurée en 1834. Le dernier ouvrage de cet artiste fut le monument équestre qu’Alexandre II fit ériger en souvenir de Nicolas. Ricard a publié : Plans et détails du monument consacré à la mémoire de l’empereur Alexandre (Paris et Saint-Pétersbourg, 1S36, i vol. in-fol., avec lilliogr.) ; Église cathédrale de Saint-Isaac ; description architecturale, pittoresque et historique de ce grand monument (1845-1848, l vol. in-fol., avec pi,).

RICARD (Auguste), littérateur français, né à Lyon en 1789, mort en 1841. Il était fils d’un général et d’une actrice. Élève de l’École de Kaint-Cyr, il prit part, comme officier de cavalerie, à la guerre d’Espagne en 1823 et quitta le service en 1825. Sans moyens d’existence, Ricard chercha des ressources dans la littérature et écrivit une foule de romans à la façon de Pigault-Lebrun et de Paul de Kock, dans lesquels il reproduisait avec facilité et entrain des scènes souvent décolletées de la petite bourgeoisie et des classes populaires. On cite, parmi ses ouvrages qui ont obtenu le plus de succès : le Portier (1826) ; la Grisette (1827) ; le Cocker de fiacre, julien ou le Forçat libéré, la Vivandière de la grande armée (1828) ; le Chauffeur (1829) ; Florval ou le Capucin malgré lui, le Marchand de coco (1829) ; la Sage-femme, le Drapeau tricolore (1830) ; Monsieur Moyeux (1831) ; l’Ouvreuse de loges (1832) ; la Diligence, Aiuée et cadette, l’Actrice et le Faubourien (1833) ; Celui qu’on aime (1834) ; Mes grands parents (1836) ; Pierre Giroux le Parisien (1837) ; la Chaussée d’Anlin (1838) ; Ma petite sceur, Mes vieux péchés (1839) ; le Tapageur (1841), etc. Vers la fin de sa vie, Ricard s’adjoignit des collaborateurs, tels que MM ; Marie Aycard etMaximilien Perrin. Il a aussi collaboré à divers journaux.

RICARD (Louis-Gustave), peintre français, né à Marseille le 1er septemhre 1823, mort à Paris en 1873. Si l’on en croyait un biographe allemand à l’imagination fécond, le poëte Hartmann, Ricard serait un rejeton de l’opulente famille florentine des Riccardi. La vérité toute simple est qu’il sortait d’une vieille et bonne souche provençale. Son père, changeur à Marseille, l’employa d’abord à son commerce, en lui permettant toutefois de suivre, pour son amusement, les cours de l’Ecole des beaux-arts, dont le directeur, Augustin Aubert, valait mieux comme professeur que comme peintre. Gustave Ricard reçut aussi des leçons de peinture d’un autre artiste provençal, Pierre Bronzet. Il fit quelques copies d après des tableaux du musée de Marseille, notamment d’après le Salvator mundi de Puget, exécuta son propre portrait (1841) et celui de sa sœur (1842), et, triomphant à la fin des répugnances que son père avait à le voir suivre la carrière des arts, il obtint de se rendre à Paris, où il entra dans l’atelier de Léon Cogniet (1843). Sous la direction de ce nouveau guide, le jeune Marseillais se livra à la composition historique ; il concourut sans succès pour le prix de Rome ; mais, bien loin de se décourager, il redoubla d’ardeur pour l’étude. Ce fut au Louvre, en copiant les chefs-d’œuvre des anciens maltres, qu’il se perfectionna. Il fut surtout séduit par les grands coloristes, le Titien, le Giorgione, le Corrége, Van Dyck, Rubens, Rembrandt ; il ne se contenta pas d’ailleurs de les étudier en France il fit, par la suite, de fréquents voyages en Italie, dans les Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre, et partout, jusqu’à la fin de sa carrière, alors qu’il était devenu maître à son tour, il interrogea ces merveilleux modèles avec une obstination passionnée, s’efforçant de deviner leur pensée et de surprendre leurs procédés. Les copies qu’il fit d’après eux sont d’une fidélité étonnante ; quelques-unes, celles de l’Antiope du Corrége et de la Vénus du Titien notamment, ont excité la plus vive admiration.

Après un premier séjour assez prolongé en Italie et quelques mois passés dans les Pays- Bas, Gustave Ricard revint à Paris et débuta au Salon de 1850, avec une délicieuse étude de Jeune bohémienne tenant un chat, cinq portraits d’hommes et trois portraits de femmes. Le jury lui accorda une médaille de 2e classe ; la critique salua en lui un portraitiste de grande race. Le portrait de la belle Mme Sabathier fut particulièrement admiré. Le port élégant et fier de la tête, les ondes soyeuses de la chevelure, l’œil étincelant de vie, la fraîcheur des lèvres, dont l’expression spirituelle est relevée et comme soulignée par un grain de beauté, la teinte rosée répandue sur le visage et sur les épaules, la poitrine qui se soulève et palpite, les mains effilées qui caressent un bichon de la Havane endormi sur les genoux de sa maîtresse, la robe de velours noir dont les manches ont des crevés de pourpre vénitienne, tout est rendu avec une délicatesse, une coquetterie et en même temps avec une largeur et une sûreté de touche extraordinaires. Bien qu’il éveille le souvenir de la Mairesse du Titien, ce beau portrait n’a rien d’un pastiche. Dans celui de Mme de Blocqueville, qui parut au Salon de 1852 et valut à l’artiste une médaille de 1re classe, les détails du costume sont traités avec une certaine recherche. En général, Ricard s’est montré extrêmement sobre de colifichets et d’accessoires, réservant toute la lumière et tout l’intérêt pour le visage et s’attachant, d’ailleurs, à varier le ton des chairs suivant l’âge, le sexe, le type et la race de ses modèles. Le portrait de Mlle Wilhelmine Clauss (depuis Mme Szarvady) et celui du docteur Philipps, exposés au Salon de 1853, placèrent décidément Ricard à la tête de nos peintres de portrait. A l’Exposition universelle de 1855 reparurent neuf des portraits précédemment exposés par l’artiste. La critique les acclama de nouveau. « Nous avons salué dans M. Ricard un petit-fils de Van Dyck, écrivit T. Gautier ; ce n’est pas un imitateur, c’est un descendant du peintre qui a laissé tant de chefs-d’œuvre à Windsor et à Gênes. M. Ricard fait le portrait en artiste et en maître, et ses cadres pourraient figurer aux galeries anciennes sans désavantage il a une couleur exquisement vieillie, sur laquelle le temps semble avoir déjà mis sa patine et qui, empêchant ses portraits d’être trop crûment actuels, en fait des tableaux que tout le monde regarde avec intérêt. » Le jury de l’Exposition universelle n’accorda à Ricard qu’une mention honorable, estimant, sans doute, que c’était là une récompense assez haute pour un simple portraitiste qui avait, d’ailleurs, le tort de ne pas appartenir à la coterie académique. Cette injustice n’empêcha pas l’artiste de prendre part au Salon de 1857, où il exposa huit portraits, et au Salon de 1859, où il en exposa dix, parmi lesquels celui du président Troplong. Puis, lassé de la persistance du jury à lui refuser la croix de la Légion d’honneur, qu’obtenaient tant de médiocrités, il renonça aux concours officiels et se contenta de l’approbation des esprits délicats.

Les commandes de portraits arrivaient d’ailleurs de tous côtés au vaillant artiste. Dans une remarquable étude qu’il lui a consacrée (Gustave Ricard et son œuvre à Marseille, avec un portrait gravé à l’eau-forte par Torrents), M. Louis Brès nous apprend que l’artiste marseillais apportait une grande indépendance de caractère dans ses rapports avec le public : « Ricard ne consentit jamais à peindre une tête qui ne lui était pas sympathique, quel que fût d’ailleurs le prix qu’on lui offrit de son travail. Ce n’était pas bizarrerie il ne faut voir là que la conscience que le peintre avait de son talent et le respect qu’il portait à son art. Quand une tête l’attirait, c’était autre chose. Il priait alors de poser devant lui ; c’était comme un service qu’il demandait. Combien de fois a-t-il fait ainsi le portrait d’un ami, très-délicatement offert ensuite au modèle ! Et ce ne furent pas ses moins belles pages. » M. Brès ajoute : « Ricard était une nature enthousiaste et désintéressée, dégagée de toutes les mesquines préoccupations d’intérêt personnel qui trop souvent font de l’artiste un marchand. Aimant l’art pour lui-même, il était un artiste dans la plus noble acception du mot. Cette figure originale tranchait sur l’effacement des types actuels. On eût dit, égaré parmi nous, un de ces maîtres de la Renaissance dont les chroniques italiennes et les récits de Vasari nous ont gardé la fière image. » Ricard a fait le portrait de plusieurs peintres, ses confrères et ses amis, MM. Fromentin, Ziem, Heilbuth, Imer, Chaplin, Emile Loubon, Emile Bouquet, Gustave Moreau, Chenavard ; il a fait de lui-même plusieurs portraits, dont un, exécuté à la fin de 1871 pour M. Jules Roux, de Marseille, est un véritable chef-d’œuvre. Nous citerons encore les portraits du jeune prince Demidoff, de M. Vaïsse, ancien préfet de Lyon ; du prince Orloff, du chevalier Nigra, du comte Branicki, du baron de Rothschild, de MM. Feydeau, Paul de Musset, Ed. Boinvilliers, Blount, Exshaw, Chevandier de Valdrôme, Mame, E. Marcotte, L. Goldschmidt, Albert Goupil, Taigny, de Brigode, Szarvady, Gouvy, Jules Lecesne, Joseph Grandval, Antony Roux, Charles Fitch, et de Mmes Roth, Borel, Feydeau, de Calonne, Bamberger, Exshaw, Arnavon Coppens de Fontenay, Jules Roux, Granville (la femme du ministre anglais), etc.

Dans quelques-uns de ses portraits de femme, a dit M. Marius Chaumelin, Ricard a employé des blancheurs laiteuses et nacrées, des reflets d’opale, des demi-teintes argentées, un modelé mœlleux et souple, une morbidezza qu’on dirait empruntée à Corrége ou à Murillo ; ailleurs, il a des tons frais et épanouis qui rappellent Rubens et Reynolds, des carnations lumineuses, des diaphanéités exquises qui laissent voir les petites veines bleues sous l’épiderme rose. En revanche, la plupart des portraits d’homme de sa belle époque sout exécutés dans une manière dorée, chaude et vigoureuse, qui n’exclut pas d’ailleurs la finesse et la légèreté du modelé. Malheureusement, Ricard ne s’en est pas toujours tenu à cette exécution si franche et si forte, si solide et en même temps si délicate. Non content de s’être assimilé, par une étude patiente, minutieuse, approfondie, les procédés des maîtres anciens, il crut devoir s’inspirer de leur poétique spéciale il en vint à ne plus concevoir ses portraits que dans le sentiment particulier à tel ou tel de ces maîtres et dans le caractère propre aux races qu’ils ont eu à peindre. Dans la femme gracieuse et chastement provocante qui posait devant lui, il voyait une sœur de la Joconde. Un jeune homme à la barbe blonde, au teint coloré, se transformait en bourgeois d’Anvers, contemporain de Rubens. Un autre modèle (lui-même nous en a fait l’aveu) devenait le doge Andrea Gritti, jadis illustré par le pinceau du Titien. Ainsi, à force de s’absorber dans la contemplation des vieux maîtres, Ricard perdit peu à peu le sens de la réalité vivante. Leur ombre majestueuse l’enveloppait, jetant comme un voile mystérieux entre la nature et lui. . . Pendant les dix dernières années de sa vie, préoccupé de ressembler surtout à Léonard de Vinci et à Rembrandt, il combina des effets d’ombre et de lumière qui n’avaient rien de naturel ; il se plut à noyer les contours dans des vapeurs blondes ou des fumées bleuâtres, à amortir les saillies, à chercher les expressions mélancoliques et rêveuses. Quelquefois il réussit à évoquer des apparitions délicates et charmantes, surtout quand il avait à peindre des jeunes filles et des enfants ; mais, le plus souvent, les inquiétudes de son esprit se trahirent par les hésitations de son pinceau, le trouble de son âme se révéla dans l’indécision vaporeuse de sa création. Le portrait de Paul de Musset, qu’il exposa au Salon de 1872, est le spécimen le plus étrange de cette manière maladive. Au reste, même dans ces derniers ouvrages, Ricard est resté le peintre élégant, le poète doux et sympathique des premières années. Certains de ses portraits, parmi les plus effacés, les moins vivants, ont un charme singulier : enveloppés d’une lumière discrète et pour ainsi dire idéale, ils nous regardent de loin et de haut avec une sorte de compassion mélancolique et semblent nous inviter à les suivre dans un monde meilleur.

M. Charles Yriarte à publié dans la Gazette des beaux-arts (mars 1873) une étude psychologique très-intéressante sur Ricard. Nous en détachons les lignes suivantes « Jeune, fort, aimé, à l’abri des luttes et des incertitudes de la vie matérielle, ayant sa clientèle rare et son cénacle d’admirateurs et d’amis, parvenu à ce point de sa carrière que le fait seul de le choisir pour portraitiste donne au modèle un brevet d’homme de goût et constitue une sorte d’aristocratie intellectuelle, Ricard vit cependant dans une solitude relative. Il travaille toujours, il n’a ni repos ni trêve, et, tout en peignant, il dépense une singulière activité d’esprit. Sa porte est close, il faut des signes franc-maçonniques pour en franchir le seuil. . . Son atelier tient à la fois de la cellule et de l’autel ; quand on y entre, on se prend involontairement à parler bas ; il a tellement tamisé la lumière par toutes sortes d’appendices et de curieux moyens qu’il a inventés lui-même, qu’en venant de la pleine lumière on y voit à peine dans ce studio d’un peintre. Il vit là, dans son réve, en face des toiles commencées, et, dès qu’il a reconnu le visiteur, sans transition aucune il entonne un monologue lent, original, plein de vives saillies et d’images inattendues ; on peut l’écouter sans lui donner la réplique, il est intarissable dans ce débit curieux et tout plein de traits d’une imagination qui déborde. A mesure qu’il avance dans la vie, il se spiritualise de plus en plus, il ne sait absolument rien de ce qui se passe dans le domaine des faits, marche dans son rêve. C’est un doux et charmant halluciné au nom de l’art. Quand il vous aborde, il saute à deux pieds dans l’idéal ou le spirituel ; mais jamais, au grand jamais, il ne fait allusion à un fait du monde réel, qu’il vous concerne ou qu’il l’intéresse lui-meme. . . Ses distractions, après le travail assidu de la journée, sont les causeries ailées, le soir, autour de la table de thé ; un tel homme n’a rien de banal ; il a quelques rapports comme causeur avec Théophile Gautier. . . C’est encore un bon juge littéraire, un critique d’une grande sagacité, et sa philosophie est empreinte d’un certain mysticisme. On sent qu’il est très-religieux et on dirait qu’une femme, une mère, a laissé pour la vie son empreinte et son parfum dans cette âme-là. Le soir, à la brune, quand il passe devant un sanctuaire, il va s’asseoir un instant dans l’ombre d’un autel. . . » Un autre biographe de Ricard, M. Paul de Musset, a constaté aussi que ce grand artiste avait une disposition naturelle à la mysticité, qui se serait probablement accrue avec le temps. Sa sœur, religieuse à Nancy, qu’il aimait tendrement et qu’il allait voir souvent, contribuait peut-être, par les conversations qu’il avait avec elle, à le pousser dans une voie où il était porté par la nature même de son esprit.

Pendant la guerre de 1870-1871, Ricard demeura en Angleterre, où il fit un grand nombre de portraits. De retour à Paris, il reprit ses travaux avec une ardeur juvénile. Les derniers portraits auxquels il ait travaillé sont celui de M. Marcotte et celui de M. Chenavard ; celui-ci ne fut point achevé. Ricard mourut subitement d’une paralysie du cœur, en déjeunant chez un de ses amis, le 23 janvier 1873.Il n’avait que cinquante ans. Ses admirateurs organisèrent à l’Ecole des beaux-arts de Paris une exposition où figurèrent environ cent cinquante de ses ouvrages le succès fut considérable. Une autre exposition comprenant plus de cinquante morceaux eut lieu presque en même temps à Marseille.

Ricard n’a pas fait que des portraits. Il a exécuté de charmantes figures de fantaisie et d’étude, quelques natures mortes et, ce qui est plus importaut, sinon meilleur, quelques compositions mythologiques et allégorique pour la décoration de l’hôtel Demidoff, à Paris, entre autres un plafond représentant le Soleil qui chasse les nuées.

RICARD (Amable), avocat et homme politique français, né à Charenton (Cher) la 12 juin 1828. Lorsqu’il eut terminé ses études de droit, il alla exercer la profession d’avocat à Niort, où son père était directeur des contributions directes. M. Ricard débutait à peine au barreau lors du coup d’État du 2 décembre. l’artisan convaincu de la république, il protesta hautement contre cet attentat. Son nom fut inscrit sur les tables de proscription des commissions mixtes, et il n’échappa aux rigueurs du plus odieux des pouvoirs que grâce à d’activés et puissantes intercessions. M. Ricard fit une opposition constante à l’Empire et ne tarda pas à se signaler comme un des plus brillants avocats de la province. Le 6 septembre 1870, le gouvernement de !a Défense nationale te nomma préfet des Deux-Sèvres. Il donna sa démission le 20 du même mois ; mais, quelques jours après, il fut chargé de remplir les fonctions de commissaire extraordinaire dans les trois départements des

Deux-Sèvres, de la Vendée et de la Charente-Inférieure. Dans ces difficiles fonctions, il montra autant de patriotisme que de modération et, le 8 février 1871, les électeurs deâ Deux-Sèvres l’envoyèrent siéger à l’Assemblée nationale. À Bordeaux, il vota pour les Préliminaires de paix et, après la réunion de Assemblée à Versailles, il fit partie du centre gauche, dont il ne tarda pas à devenir un des Membres les plus influents et qui le choisit pour président à diverses reprises. En même temps, il assista aux réunions de la gauche républicaine ; mais il se prononça vivement, au mois d’août lS7l ? contre un projet de fusion entre ce dernier groupe et le groupe de l’union républicaine. Sous le gouvernement de M. Thiers, il appuya sa politique et fut membre de la première commission des Trente. Après la chute de M. Thiers, il fit partie de la minorité qui vota constamment contre la politique de réaction à outrance inaugurée par M. de Broglie, et sa prononça notamment contre l’établissement du septennat (13 novembre 1873). Soit dans les commissions, soit dans les groupes parlementaires dont il faisait partie, M. Ricard s’était fait remarquer par une éloquence incontestable. La netteté de ses idées, l’habileté de son argumentation et jusqu’aux avantages physiques du geste, du port et de la voix, tout semblait le désigner pour les lutte8 parlementaires. Le 1er mars 1873, il avait abordé pour la première fois la tribune pour