Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 14, part. 1, S-Scip.djvu/255

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SATU

le plus intérieur. Il est grisâtre, faiblement lumineux, et ne parait s être formé qu’aux dépens de la matière fluide des anneaux préexistants. En recherchant, par l’analogie, les conditions auxquelles doit satisfaire un pareil éelafaudage pour se maintenir contre toutes le ; j causes de destruction, Laplace a trouvé que les anneaux devaientêtre animés d’un mouvement de rotation dans leur propre plan, rotation dont la durée serait égale a la révolution d’un satellite placé dans la même région. L’observation a confirmé co résultat : on a constaté que les anneaux tournent autour de leur centre commun en dix heures et, demie environ. C’est cette vitesse de rotation qui les conserve ; sans elle, la matière dont ils sont composés céderait à l’attraction de Saturne et tomberait sur la planète.

Du temps de Galilée, Saturne était une boule avec deux anses, ou encore un chapeau de cardinal. Plus tard, on l’ ; tssimila à une savonnette au milieu d’un plat à barbe. Au milieu du xvnie siècle, Maupertuis conjectura que l’anneau n’était qu’une queue de comète enroulée comme un turban autour du

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globe saturnien. Nous n’en finirions pas avec les hypothèses et les ressemblances dont cet anneau célèbre a été l’objet.

Les astronomes de Poulkowa, Struve et Winnecke, ont signalé à la surface de l’anneau de Saturne un phénomène extrêmement curieux. Aux mois de mai et de juin 1862, ayant observé cette planète à l’aide de la grande lunette de l’Observatoire central de Russie, ils ont aperçu, sur les deux anses de l’anneau, des nuages ou appendices lumineux. L’existence de ces nuages, niée parquelques observateurs, est affirmée par d’autres. Elle paraît toutefois continuée par les apparences reproduites sur les belles photographies de Saturne obtenues par M. Warren de La Rue.

Au delà de l’anneau de Saturne, et autour de lui, on voit circuler huit lunes ou satellites, dont le plus rapproché est séparé del’anneau extérieur par une distance de 12,000 lieues ; le plus éloigné suit une orbite éloignée du centre de la planète de 922,000 lieues. Saturne commande donc un monde qui ne mesure pas moins de 1,844,000 lieues de diamètre, c’est-à-dire près de 6 millions de lieues de circonférence.

Voici quelques mesures relatives aux anneaux et satellites de Saturne :

Diamèt e extérieur de l’anneau

extérieur 71,000 lieues

Diamètre intérieur de l’anneau

extérieur 62,500 Diamètre extérieur de l’anneau

intérieur 61,000 I Diamètre intérieur de l’anneau

| intérieur 47,000 lieues

j Distance des anneaux à la plane te g^oo —

j Intervalle des deux anneaux.. 720 Epaisseur du système 50 ’ Largeur du système 11,900 1 Durée de la rotation des an I r-eaux 10h2ml5s

NOMS

des satellites.

1"

Mimas.. Encelade Téthys.. Dioné, . Rhéa... Titan... Hyper on Japhet..

AUTEURS

de leur découverte.

Herschel....

Id

Cassini

Id

Id

Huyghens.... Bond et Lassell. Cassiui

NKEES

1789 17S9 1634 16S4 1C72 1655 184S 1671

DISTANCE

à la planète :

47,988 i

61,600

75,646

97,800

130,374

315. S66

442,600

922,000

DUREK

dés révolutions.

22s

6 25

S 10 25

8 40

Enfii, les principaux éléments de la planète sont :

Distante au soleil, comparée

à ce.le de la terre 9,539

Distance réelle en lieues... 364,351,600 Diamètre comparé à celui de

la terre 9,022

Diamètre réel en mètres... 114,875,448 Surface comparée k celle de

la terre 81,396

Surface réelle en myriamèt.

carrés 414,530,893,470

Voluire comparé à celui de

la terre 734,359

Voluire réel en myriamèt.

cubes 793,742,722,600

Durée de la rotation 10h 16m os

Durée de la révolution.... 29.ans isi j 4m

Durée des saisons. 7 ans 4 m 15 s

Masse comparée à celle de

la terre 101,411

Densi.é comparée à celle de

la tîrre o, U

Pesarteur comparée à celle

de la terre 1,09

Lumière et chaleur comparée» à celles de la terre., 0,011 Excentricité de l’orbite.... 0,056t Iuchi.aisou de l’orbite.... 20 30’ Inchi aison de l’axe 31° 19’

Saturne n’a pas été ménagé dans le monde îles poètes, non plus que dans celui des astrologues. Nous demandons au lecteur la perin.ssion de lui soumettre quelques citations :

« Saturne, dit La Martinière, est une planète pesante, diurne, sèche, nocturnale et malveillante, à qui l’on attribue les lièvres longues, quartes et quotidiennes, les incommodités de la langue, des brus et de la vessie, la paralysie universelle, les gouttes, les tubes, les abcès, apostumes, obstructions du foie dtdelarate, la jaunisse noire, les cancers, polypes, les maladies des intestins, connue

I sont les coliques venteuses, pituiteuses, les

! hémorroïdes douloureuses, les hernies, les va,

rices, cors aux pieds, crachement de sang j pulraonin, appétit canin, difficultés de respij rer, sourdites, pierres tant aux reins qu’à ta ■ yessie, l’épilepsie, alopécie, opiasie, cachexie, > hydropisie, mélaucholie, etc., etc.» Toute

la nomenclature médicale du temps y a

passé.

Saturne, écrivait Corneille Agrippa, répond aux lieux qui sont puants, ténébreux, souterrains, pieux et funestes, comme les cimetières, les bûchers, les habitations abandonnées, les vieilles masures, les cavernes, les puits, a

Comment s’étonner, après cela, queV. Hugo ait aussi jeté sa pierre k l’astre tant maudit ? Saturne, sphère énorme, astre aux aspects funèbres ! Bagne du ciel ! Prison dont le soupirail luit I Monde en proie a la brume, aux sou t lles, aux ténèbres ! Enfer fait d’hiver et de nuit !

Son atmosphère flotte en zones tortueuses. Deux anneaux flamboyants, tournant avec fureur, Font, dans son ciel d’airain, deux arches monstrueuses D’où tombe une éternelle et profonde terreur.

Ainsi qu’une araignée au centre de sa toile, Il tient sept lunes d’or qu’il lie à ses essieux ; Pour lui, notre soleil, qui n’est plus qu’une étoile, Se perd, sinistre, au fond des cieux.

SATDRNE ou CBONOS, divinité de l’Olympe hellénique et dieu italique. C’était à l’origine, sous ses deux noms et dans ses deux patries, un dieu créateur, allié à la puissance créatrice féminine, Ops ou Rhéa. Il devint le symbole du temps (xçovoç pris pour xfovoi), et sa légende s’empreignit surtout de cette idée que le temps détruit ce qu’il a lui-même créé.

Cronos est donné le plus souvent comme fils à’Ouranos et de Gxa, le Ciel et la Terre, comme époux de Rhéa ou Cy bêle, comme père de Hestia, de Déinêtêr, de Héra, d’Adès, de Poséidon et de Zeus.

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Saturne, considéré comme divinité italique, était fils de Cœlus ou Cœlum et de Tellus, époux d’Ops et père de Picus.

Zeus est le plus jeune des enfants de Cronos, comme Cronos lui-même était le plus jeune des enfants d’ouranos. La tradition voulait que son frère ainé Titan ou que ses frères les Titans eussent consenti à le laisser régner à la condition qu’il dévoierait ses enfants. Cronos avait exécuté fidèlement cette condition jusqu’à la naissance de Zeus, qui fut dérobé par Cybèle et remplacé par une ’ pierre emmaillottée dans une peau de chèvre. Alors, à 1, ’aide d’un breuvage, Cybèle aurait fait rendre à son époux les enfants qu’il avait déjà dévorés. Nous verrons plus loin que, suivant une autre tradition, ce fut Zeus qui sauva ses frères et ses sœurs ; il détrôna Cronos et le força à se réfugier en Italie, dans le Latiuin. Saturne devint roi de ce pU3rs dont il civilisa les habitants et où il fit fleurir l’âge d’or. Nous verrons que cette tradiiion est tout autre que la précédente et n’a pu y être ajoutée que par un travail d’assimilation postérieur.

0 C’était Saturne, dit Cicéron, qui gouvernait le cours du temps et des saisons ; ce que marque son nom en grec. » Cicéron commet là une faute d’étymologie sur laquelle nous reviendrons.

On l’appelait Saturne parce que, disaient les interprétateurs, il est rassasié d’années, quad saturetur annis. On ajoutait que ce nom se rapporte à la fable d’après laquelle il mangeait ses enfants, ce qui revient à dire qu’il dévore tes espaces du temps et qu’il se remplit des années qui passent. Ces explications ne font que confondre des idées très-diverses. Nous donnerons plus loin la véritable étyinologie du mot Saturne.

Saturne, ou plutôt, sous sou nom grec, Cronos, l’époux de Rhéa ou Cybèle, appartient à l’ensemble de ces divinités chthuniennes dont le culte caractérisait les Pékisges. Son adoration et sa légende s’étaient, comme celles de son épouse, surtout développées dans lu. Crète (Cicéron, De natur» deorum, ne mentionne ce dieu qu’à propos du Zeus crétois), mais avec cette différence que, totalement étranger à la Phrygie, Cronos n’emprunta vraisemblablement que quelques attributs aux divinités phéniciennes ; emprunts qui s’expliquent par ce fait que, la Crète ayant eu déjà, dès les temps les plus anciens, une population très-mélée, des cultes divers durent s’y trouver réunis.

On trouve aussi le culte de Cronos établi à une époque reculée en Attique et en Elide. Cécrops passait pour avoir élevé un autel à Cronos et à Rhéa, ou du moins on rapportait à cette antique origine l’existence d’un hiéron, consacré à ces deux divinités, qui se trouvait’au pied de l’Acropole, à Athènes.

Les sacrifices qu’on offrait à Cronos sur les montagnes annoncent un dieu du ciel analogue au Zeus Lyeœos d’Arcadie. Cronos était, en effet, le dieu des laboureurs ; c’était le Zeus Càthonien, opposé au Zeus Olympien de Dodone.

Cronos avait comme Zeus une origine asiatique, et l’on retrouve dans sa légende un reflet de la lutte d’Indra et des Asouras, chantée sans cesse dans les Védas. Cette lutte répond, en effet, à celle des Titans contre l’Olympe, qui est racontée dans la Cosmogonie d’Hésiode (v. Titans). M. Guigniauc, après avoir expliqué la signification du traitement brutal infligé, d’après Hésiode, à Uranus (v. ce nom) par son propre fils Cronos, explique également la défaite de Cronos eu face de sa propre progéniture. ■ Le temps, qui consomme toutes choses, dit M. Guigniaut dans sa Dissertation sur la théogénie (1835), vient mettre à fin l’œuvre de la création ; mais, pouvoir aussi jaloux que ce pi’re jadis mutilé par lui, en même temps qu’il achève le monde et qu’il lui donne ses principes organisateurs, il veut en paralyser l’action. Il engendre successivement trois filles et trois fils : d’abord, Hestia, Démêler et Héra ; ensuite Adès, Poséidon et Zeus, le plus jeune de tous, celuilà même qui doit ravir à Cronos son empire. Aussi, redoutant un successeur parmi ses enfants, ce dieu les engloutit-il dans son propre sein à l’instant de leur naissance. Mais Zeus lui échappa. Par le conseil de Gaea et d’Uranos, la Terre et le Ciel, qui reparaissent ici comme fondements du monde, Rhéa, sa mère, le mit au monde secrètement dans l’île de Crète. »

Ottfried Millier attribue à cette tradition une origine crétoise, et M. Maury trouve dans la légende de la naissance de Zeus, fils de Cronos, une relation étroite avec les croyances de la Phrygie. Il fait remarquer le caractère astronomique du Zeus crétois, mais il ne l’identifie pas avec le Zeus pélasgique, qui n’est plus le fils de Cronos. « Les Crétois taisaient, dit-il, de Zeus un fils de Cronos et de lîhéa, c’est-à-dire du Ciel et de la Terre. C’était pour eux la troisième personne d’une triade qu’on retrouve en Asie et en Égypte, mais qui paraît avoir été, au contraire, inconnue des Pélasges ; car, chez les populations de cette race, Zeus a pour épouse, et non pour mère, la Terre, et l’on ne voit pas que le Ciel soit personnifié par un autre dieu que lui. » Ces distinctions expliquent peut-être pourquoi le culte de Saturne a eu si peu d’importance chez les Hellènes. À Sparte, Zeus et la Terre avaient un temple commun : Jupiter était ainsi substitué à Saturne ; nous

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verrons plus loin comment il en vint à le remplacer complètement.

C’est par un de ces jeux de mots ou nue de ces erreurs si fréquentes chez les Grecs que le dieu Cronos, Kçsvo ;, est. uevenu le dieu du temps, en grec jrp-ivoî. Il n’y avait originairement aucun rapport entre les idées exprimées par ces deux mots. Kjovoç, frère de Kpùuv et de C’érès, est comme ces divinités un roi de la création ; son nom, comme Kptit»v, comme Ceres, comme creare, comme xpaivw, se rattache au sanscrit kr, avec le sens de faire.• « fà-ros, c’est le pouvoir provenant du fuit de la création. Loin de là, y.pôvo ;, le temps, la duréfi, se rattache, avec x«p, avec herus, avec aifiw, etc., au radical hr : le temps est celui qui ravit toute chose. Cette image est entrée dans le caractère prêté au dieu Cronos, mais évidemment par suite d’une confusion dans les termes.

Il n’est pas d’explications bizarres qui n’aient été données par les anciens de tous les détails qui se rattachent au mythe de Saturne, rempli lui-même de supeifétations par suite de l’ignorance des mythographes. Ce dieu fut chargé de liens par Jupiter, de peur, disait-on, que sa course ne devînt immodérée. Les étoiles devaient lui servir de liens. D’autres voyaient dans les liens qui étaient fixés à ses pieds une allégorie relative aux semences de la terre, qui sont liées et comme inanimées jusqu’à l’époque dos saturnales, où elles commencent à croître dans le sein de la terre ; nous donnerons la véritable explication en parlant de Saturne dieu italique et agriculteur.

Outre les enfants qu’il eut de Rhéa, Cronos devint encore le père de Chiion, un des dieux de lu médecine, qu’il eut de Naïs selon Xénophoii, de Phyllira selon Pline.

Au règne de Suturne se rapportent les traditions si répandues chez les anciens sur l’âge d’or primitif de l’humanité. Suivant Hésiode, les hommes de lu première époque ont été créés par les immortels pour goûter une félicité sans mélange. Phuon fait dire à Socrate, dans son PhitêLe : u Les anciens, qui valaient mieux que nous et qui étaient plus près des dieux... » Le même philosophe développe tort au long dans son Politique ces mythes relatifs à nos origines. Il nous montre les hommes gouvernés d’abord par un démon qui était leur maître et leur pasteur, puis délaissés des dieux, mais conservant encore le souvenir des jours fortunés qu’ils menaient sous le roi Cronos. Ces récits se plaçaient en tête de toutes les histoires des temps héroïques. Dicéarque, traitant des mœurs des anciens Grecs, parle beaucoup de l’heureuse vie des premiers temps. « Il n’y avait point alors, dit-il, de guerre, puisque l’injustica était bannie de dessus la terre. » Pausanias, imbu de la même croyance, s’exprimait ninsi en parlant de l’époque de Lycaon : « En effet, les hommes de ce temps étaient, à cause de leur justice et de leur piété, les hôtes et les commensaux des dieux ; c’est pourquoi les dieux les récompensaient promptement lorsqu’ils étaient vertueux et les punissaient de même lorsqu’ils commettaient quelque crime... Mais aujourd’hui que la méchanceté est poussée à l’excès et a gagné toutes les villes et tous les pays, on ne voit plus d’hommes placés au rang des dieux, si ce n’est par de vaines apothéoses qu’invente la flatterie, et la vengeance divine, plus lente et plus tardive, n’atteint les méchants que lorsqu’ils ont quitté la vie. »

Ju vénal rappelle la même croyance lorsqu’il s’écrie, opposant à la prétendue pudeur des premiers âges les mœurs de son temps : Credo pudicitiam Saturât) rege moratam In terris...

Mais à cette tradition vient s’opposer l’objection naturelle tirée de la grossièreté des sens et de la nourriture des premiers hommes, nourris de glands avant que la bienfaisante Cérès et les dieux de l’agriculture leur eussent appris à se servir de la charrue, suivant la pensée de Virgile :

.... Vestro si nnmere tellus Chaoniam pingui glandem mutavit arisla.

Amyot traduisant Plutarque fait ainsi parler ces hommes primitifs, envieux de notre culture et de nos arts : ■ O que vous estes heureux et bien aimez des dieux, vous qui vivez maintenant ! En quel siècle vous êtes nezl Quelle affluence de toutes sortes de biens vous jouissez ! Combien de fruietz vous produit la terre !, .. Vous pouvez vivre en toutes délices sans vous souiller les mains, là où nostre naissance est cheute en la plus dure et la plus redoutable partie de la vie humaine et de l’aage du monde, estant force que nous encourussions pour la récente création du monde en grande et estroite indigence de plusieurs choses nécessaires : la face du ciel estoit encore couverte de l’air, les estoiles estoient mestées parmy l’humeur trouble et instable, et avec le feu et les orages des vents. Le soleil n’estoit point encore bien estably, ayant un cours arresté, certain et asseuré : De l’Orient jusques en Occident, Ains retournoit en arrière évident Par les saisons en contraire changées De fleurs et fruicts, et de feuilles chargée !.

La terre estoit outragée par les courses de ; rivières qui n’a voient ne fond ne rive ; la plupart en estoit guustée par des lacs et des profonds mureseuges, l’autre estoit sauvage pour