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1.005.135 hectares ; total : 2.044.70G hectares. Ces forêts sont principalement composées de chênes-lièges, de chênes zéens, de chênes ballottes, de chênes verts, de pins d’Alep, de pins maritimes, de cèdres, de thuyas, d’ormes, de frênes, de Ientisques, d’oliviers sauvages, de caroubiers, d’eucalyptus, etc. La superficie du domaine forestier est, on le voit, relativement considérable ; mais les produits qu’on en retire sont encore bien au-dessous de ce qu’ils pourraient être. Sous la domination des Turcs, même longtemps après notre conquête, et principalement dans les régions qui ne nous étaient pas soumises, les Arabes avaient coutume d’incendier leurs forêts, tant pour empêcher les attaques inopinées des tribus voisines, que pour obtenir, par le jet de nouvelles pousses, une nourriture abondante pour leurs troupeaux. C’était aussi leur manière habituelle de défricher. Le sol, reposé par plusieurs années d’abandon, engraissé par les cendres des arbres brûlés, donnait ainsi, après un labourage peu profond et avec un faible travail, une récolte abondante. Les forêts ont donc disparu peu à peu des sommets et des pentes des montagnes. Or, on sait de quelle importance sont les forêts au point de vue de l’hygiène, de la richesse agricole, du climat d’une contrée (v. forSt au tome VIU du Grand Dictionnaire) ; c’est pourquoi l’on s’occupe sérieusement aujourd’hui du reboisement des

forêts algériennes et de la conservation et de l’entretien de celles qui existent.

La qualité supérieure des blés d’Algérie est maintenant incontestée. On n’y cultive que les blés durs et les blés demi-tendres. Le blé dur était la seule variété connue des indigènes, qui le cultivent encore à peu près exclusivement. L’épi est barbu, presque toujours carré, souvent bleuâtre, la tige plus ou moins pleine, le grain assez gros, un peu allongé, paie ou rougeâtre et cassant sous la dent. A poids égal, la farine de blé dur fournit notablement plus de pain que celle du blé tendre, et ce pain est beaucoup plus nourrissant. On en fait la semoule avec laquelle les Arabes préparent le kouss-kouss, leur mets favori. Le blé demi-tendre a été importé par les colons ; l’épi est généralement long, cylindrique, jaunâtre ; la tige toujours creuse. Le grain, d une couleur dorée, s’écrase facilement sous la dent et présente une farine plus blanche que celle du blé dur. Il y u deux espèces d’orge ; l’une indigène, l’autre apportée par les colons. L’avoine est d’importation européenne ; il y a celle d’hiver et celle de printemps. Le mais {blé de Turquie), utilisé comme aliment par les Arabes, y réussit parfaitement, ainsi que toutes les autres céréales, toutes les plantes fourragères et tous les légumes de France. Parmi les autres végétaux qui ne viennent pas ou viennent mai en France et qui sont cultivés avec succès en Algérie, nous citerons : parmi les plantes commerciales, le tabac, Te coton ; parmi les plantes textiles, l’agave, l’alfa, i’aloès, le ûiss, le latanier, le palmier nain ; parmi les plantes oléagineuses, l’olivier ;

Êarmi les plantes tinctoriales, la garance, le enné, l’indigotier, le nopal, le sumac. La culture de la vigne s’étend aussi considérablement. Les arbres fruitiers sont très nombreux ; ce sont, outre tous ceux qui poussent en France, l’arbousier, arbrisseau très élégant, l’azerolier, le bananier, le caroubier, le cédratier, une des variétés du citronnier, le dattier, le goyavier, le grenadier, le jujubier, l’oranger et le pistachier.

— Animaux. Toutes les espèces d’animaux domestiques, à l’exception du dromadaire, ont leurs congénères en Europe : l’âne, le bœuf, le cheval, la chèvre, le mouton, le porc, quoique d’une taille moins élevée, vivent et prospèrent en Algérie ; toutes les races canines y sont représentées ; il en est une toutefois, celle des lévriers slougfiis, spéciale au Sahara. Parmi les animaux sauvages, nous citerons : ialcélaphe bubale, qui vit dans les parties montagneuses de l’Algérie méridionale ; il tient du genre bœuf, et on le rencontre en troupes dans le Souf et dans le pays des Touaregs ; Vantiiope addax, qu’on rencontre dans le Sahara algérien ; le cerf, dans les cercles de Bône, de la Calle et de Tébessa, près de la frontière tunisienne ; le chacal, la bête fauve la plus commune du pays ; le daim, dans la province de Constantin© ; la gazelle, dont on distingue deux esÎièces, vivant en troupeaux nombreux dans e S. de l’Algérie ; la hyène, le lion, le mouflon k manchettes (le larouy des Arabes) ; deux espèces de panthères ; le renard, moitié plus peut que celui d’Europe ; le vulpes fenec, qu’on pourrait appeler le renard des sables ; le sanglier, enfin les singes, qu’on rencontre dans les environs de Bougie, de Collo et de Stora (prov. de Constantine) et dans les gorges de la Chifla (prov. d’Alger). Ajoutons que les lynx, les chats-tigres, les servals, les carocals, les loutres, les belettes, les hérissons, les porcs-épics, les gerboises, les lapins et les lièvres sont très communs. On trouve en Algérie, soit en tout tentps, « oit de passage, la plupart des oiseaux de l’Europe méridionale, tels que les alouettes, les perdrix rouges, les cailles, les vanneaux, les tourterelles, les poules de Carthage, etc., et de nombreuses espèces de gibier d’eau : la bécassine, le canard, la. cigogne, le cormoran, le cygne, l’échasse à manteau noir,

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le Marnant rose, la grèbe, le héron, l’outarde blanche, le pélican, la poule sultane, etc. ; et parmi les oiseaux de proie : les aigles, les vautours, les éperviers, les milans du Cap, les faucons. Enfin, dans le Sahara, on rencontre les autruches. Les reptiles sont communs ; très peu sont dangereux. Les caméléons sont absolument inoffensifs ; les scorpions, comme ceux que l’on rencontre souvent en Provence, sont nombreux, mais leur piqûre n’entraîne jamais d’accidents graves. Il en est de même de la scolopendre et de l’araignée. La vipère, plus dangereuse, y est plus rare. Les tortues de terre sont très communes. Citons parmi les insectes : l’abeille, la cochenille, le kermès, In bombyx, le bombyx-Cinthia et enfin, le fléau de l’Algérie, les sauterelles, qui, réunies en bandes innombrables, s’abattent parfois sur les plaines du Tell et dévastent les moissons. Les Sahariens s’en nourrissent. Parmi les poissons qu’on rencontre le long du littoral, il faut mentionner : les homards, les langoustes, les crevettes, les crabes, les mulets, les dorades, les écrevisses de mer. Il existe dans la rade de Sidi-Ferruch un banc d’huîtres qu’on exploite pour la consommation d’Alger. On les pêche k l’aide de madragues à Arzeu, à Sidi-Ferruch, aux caps Matifou et Falcon ; enfin les sardines sont très abondantes. Les rivières de l’Algérie sont peuplées d’anguilles plus ou moins grandes, d’une espèce de barbeau qui atteint d’assez fortes dimensions et d’une infinité de poissons blancs. Ces poissons ont presque toujours un goût très prononcé de vase et sont peu recherchés. Le lac Fetzara contient, outre l’anguille et le barbeau, des aloses, des mulets, quelquefois la dorade et le bar ou loup de mer, si apprécié jadis par les gourmands romains. On rencontre quelques coraux sur différents points de la côte ; les bancs des environs de la Calle sont considérés comme les plus riches. Presque tous les marais de l’Algérie contiennent des sangsues. Ceux des environs d’Aumale, de Constantine, de Saint-Denis-du-Sig, de Sidi-Bel-Abbès, de Tiaret, etc., en sont particulièrement peuplés.

Histoire.. Malgré les recherches des archéologues, il est à peu près impossible de dire précisément quels sont les premiers peuples qui ont habité la partie de l'Afrique septentrionale appelée aujourd'hui Algérie. On a trouvé çà et là, dans notre colonie, des sépultures, des tombelles renfermant des débris d'ossements que l'on a supposés appartenir aux races primitives, des instruments grossiers de l'époque de la pierre taillée ; mais les Algériens actuels descendent-ils de ces hommes ? En un mot, sont-ils autochtones ? Des crânes, allongés d'avant en arrière et s'élargissant sur la nuque, rencontrés dans ces sépultures, semblent présenter tes mêmes caractères que ceux des nomades sahariens de nos jours ; d'autres crânes, d'une forme plus régulière, ressemblent à ceux des habitants de nos oasis. Qu'en faut-il conclure ? Il est avéré que, bien avant la période historique, les populations do l'Afrique septentrionale avaient dû subir de nombreux croisements. Salluste, bien placé pour avoir les renseignements les plus positifs, et que son génie même poussait à des investigations ethnographiques, n'a pu recueillir et ne nous a transmis que de vagues traditions. Selon lui, l'armée d'Hercule se trouvant sans chef à la mort du héros, les Perses, les Mèdes et les Arméniens qui en composaient une partie s'établirent au N. de l'Afrique, où ils avaient été conduits, tandis que leurs compagnons restaient en Espagne. Ils se mêlèrent aux peuples qui déjà habitaient ces rivages, et qui s'appelaient Gétules et Libyens ; de ces croisements sortirent deux peuples principaux : les Numides et les Maures. Plus tard, des colonies phéniciennes vinrent se fonder sur ces mêmes rivages, et, sans doute après des luttes dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir, se rendirent maîtresses du littoral, où elles fondèrent Carthage, Utique, Thapsus, Hadrumète, Hippone, Leptis, Russicada, etc. (900 ans environ avant l'ère chrétienne), repoussent vers l'O. et vers le S. les premiers possesseurs. L'Afrique septentrionale était donc ainsi constituée : à l’E., les colonies phéniciennes et Carthage, occupant à peu près la Tunisie actuelle ; au centre, les Numides (Algérie) ; à l'O. les Maures, dont le pays, appelé Mauritanie, a formé plus tard le Maroc. Nous n'avons pas à revenir ici sur l'histoire de la Numidie au moment de la conquête romaine ; rappelons seulement que Salluste, l'historien de la lutte des Romains contre Jugurtha, trace des Numides d'alors un portrait qui s'applique à tel point à nos Arabes de l'Algérie, tribus nomades ou tribus sédentaires, qu'on le croirait écrit sur eux. Mêmes habitudes de combat, même mélange de générosité et de ruse, même ténacité indomptable : admirables cavaliers alors comme aujourd'hui, toujours en fuite, toujours vaincus et jamais absolument soumis ; même tactique, mêmes ruses de guerre, mêmes retraites, de sorte que nos généraux de 1830 à 1850 n'ont eu qu'à lire l'historien latin pour combattre la stratégie des Arabes, et pour apprendre, par le récit de ce que firent alors les préteurs romains, ce qu'il fallait faire pour vaincre.

L'histoire de l'Algérie ne doit être reprise par nous que du jour où la Numidie fut tout à fait réduite en province romaine, lorsque Ptolémée, son dernier roi, fut étranglé par ordre de Caligula (40 ans après J.-C.). Elle s'étendait alors depuis les Syrtes (Gabès) jusqu'aux colonnes d'Hercule (Tanger). Malgré les exactions des proconsuls, malgré les révoltes nombreuses des montagnards, entre autres celle de Tacfarinas, et malgré les discordes civiles des Romains, l'Afrique du N. traversa une période de prospérité qui dura cinq siècles et dont nous trouvons encore des traces. La Numidie était, comme l'Afrique propre (Tunisie), la Sicile et l'Égypte, l’un des greniers de Rome. Le blé, l'huile, la laine étaient, comme aujourd'hui, les principales productions de ce vaste territoire, dont les habitants étaient riches. Des villes grandes et magnifiques se fondèrent de toutes parts, des bords de la Méditerranée aux contins du désert, mais principalement sur la côte et dans les plaines de la province de Constantine. Tous les gouverneurs, tous les administrateurs municipaux voulaient, comme dans toutes les cités des provinces, laisser trace de leur passage au pouvoir par de splendides et utiles monuments. “ Partout, dit M. Wahl, des aqueducs, des thermes, des temples, des théâtres, des arcs de triomphe ; les travaux utiles et les constructions luxueuses sont ce qui indique l'aisance et les loisirs heureux... La carte de l'ancienne Afrique nous montre le pays couvert de routes qui la sillonnent dans tous les sens ; Sétif, Cirta, Lambessa, Hippone, étaient autant de riches carrefours où se croisaient les communications. Dix routes passaient à Sétif, six à Cirta et à Hippone, cinq à Lambessa, sept à Théonte. ” Ces routes étaient des voies grandioses, pavées de larges dalles, passant les fleuves sur des ponts, et l'on en admire encore les restes en maints endroits de l'Algérie, notamment à Constantine, ainsi que les ruines d'un canal, d'un cirque, d'un arc de triomphe, etc.

La population africaine se distingua, dans la littérature et dans la politique, par sa subtilité d'esprit, sa puissance d'imagination, son obstination de caractère : l'empereur Septime Sévère, l'empereur Gordien, Apulée, Tertullien, saint Cyprien, Arnobe, saint Augustin étaient originaires d'Afrique. Le christianisme s'y répandit assez rapidement (en l'an 120) ; il eut ses martyrs et, avant l'invasion des Vandales, on y compta plus de 690 évêchés. Cependant la religion officielle des Romains et les nombreuses sectes orientales y conservèrent toujours à côté du christianisme de nombreux adhérents. Les chrétiens eux-mêmes étaient très divisés. La lutte entre les orthodoxes et les hérétiques y fut aussi souvent sanglante qu'en Orient. Les catastrophes continuelles qui marquent alors l'histoire du monde romain ont toutes leur contre-coup en Afrique. En 297, Julianus se fait proclamer empereur à Carthage, et en même temps les tribus qui habitent la partie centrale et montagneuse de l'Algérie actuelle se révoltent. Il faut la présence de l'héritier du trône impérial, Maximilien Galère, pour vaincre cette double insurrection. C'est alors que l'Afrique du Nord est scindée en deux parts : l'une sous le nom de Bysacène, l'autre sous le nom d'’’Afrique proconsulaire,’’ proprement dite. La Numidie, assimilée à la Bysacène, fut gouvernée, comme elle, par un consulaire. La Mauritanie césarienne fut partagée en deux provinces: l'une retint le nom de Césarienne et eut pour capitale Césarée (Cherchell) ; l'autre emprunta à son chef-lieu, Sitifis (Sétif), le nom de Sitifienne. La partie comprise entre les deux Syrtes conserva le nom de Tripolitaine ; sa capitale était . AEa (Tripoli). Quant à la Mauritanie tingitane, nommée ainsi de Tingis (Tanger), sa capitale, elle fut annexée à l'Espagne. Malgré cette nouvelle organisation, les révoltes sont continuelles chez ces peuples indomptables et, surtout dans la Mauritanie, elles déploient un acharnement profond. En 374, un chef maure, Firmus, est sur le point de détruire la puissance romaine en Afrique : il prend et brûle Césarée, bat le comte Romanus en plusieurs rencontres ; déjà la Numidie et la Mauritanie se rangent sous ses ordres : il faut que l'empereur Valentinien envoie le célèbre général Théodose pour vaincre le rebelle, et cependant celui qui venait de soumettre la Grande-Bretagne, le plus habile tacticien de l'époque, ne vient à bout de Firmus qu'après bien des échecs et au prix d'une campagne énergique et sans trêve, analogue à celles de nos généraux. Rappelons qu'il paya de sa tête la gloire qu'il avait conquise, et que son fils, l'empereur Théodose, confia plus tard au frère de Firmus le commandement de l'Afrique, tant les empereurs romains sentaient la puissance de ces chefs barbares. Ce frère de Firmus, Gildon, soumit alors l'Afrique à la plus épouvantable tyrannie, et il fallut encore une guerre pour que l'empereur pût lui arracher le pouvoir. Mais, trente ans après à peine, les Vandales, qui déjà occupaient l'Espagne, furent appelés par le comte Boniface, gouverneur de l'Afrique au nom de l'impératrice d'Orient, Pulchérie. Ils accoururent, ayant à leur tête lé fameux Genséric (428), et alors des forêts du Grand Atlas, du fond des déserts, sort une foule d'indigènes qui se réunit aux envahisseurs pour assouvir leur vengeance sur ceux qu'ils nommaient les usurpateurs de la terre natale. Le récit des malheurs de ce pays, tracé par les historiens contemporains, est tellement sombre qu'on l'a accusé d'exagération. Aux haines de peuple à peuple, de civilisé à barbare, se joignent les haines de catholiques à ariens, et toute l'Afrique est un vaste champ de carnage. Les Vandales prennent Hippone et la réduisent en cendres (436), s'emparent de Carthage (489), dont ils font leur capitale et d'où ils partent pour brûler Rome (455), piller l'Italie, écumer l'archipel jusque sur les côtes de l'Asie Mineure, battre l'empereur d'Orient Léon au cap Bon. Mais quand Genséric mourut (477), ses successeurs ne surent ni se faire aimer des indigènes, ni s'en faire craindre ; ils reculèrent d'année en année devant les Maures, les Numides et les Gétules ; la Mauritanie leur échappa d'abord, à l'exception de Cherchell ; en Numidie, ils se laissèrent refouler au N. du petit Atlas, l'Afrique proprement dite et la fertile Bysacène furent sans cesse ravagées par les tribus nomades. De plus, il se déchiraient entre eux. Ce fut alors que Justinien crut le moment venu de reprendre l'Afrique ; il y envoya l'illustre Bélisaire, qui eut bientôt vaincu le roi Gelimier, repris Carthage et mis fin à la domination des Vandales en Afrique (538).

Les Grecs du Bas-Empire ne purent réparer les ruines qu'avaient faites les Vandales. D'abord, dès la première nouvelle du succès de Bélisaire, “ une nuée d'agents de toute espèce envahit la province, moins pour assurer la conquête que pour l'exploiter. On s'y rendait pour s'y enrichir, n'importe par quels moyens. Justinien lui-même allait au-devant de toutes les mesures qu'on s'empressait de lui suggérer pour tirer de ses nouveaux sujets les plus fortes contributions possibles : les subtilités du fisc impérial remplacèrent les extorsions des Vandales... Un des successeurs de Justinien, Anastase, alla jusqu'à imaginer d'imposer le droit de respirer l'air. ” Puis, tout le temps de leur domination (538 à 630) fut employé à combattre les tribus indigènes, qui, non seulement ne reconnaissaient pas leur suprématie, mais avaient des rois à elles, des chefs intrépides comme Stoza, Antalas, lesquels ne craignaient pas d'attaquer l’armée impériale en bataille rangée et la battaient souvent. Aussi la désolation du pays devint telle, que beaucoup de colons émigrèrent. Procope dit que, sous le règne de Justinien, l'Afrique perdit cinq millions d'habitants ; un voyageur pouvait marcher des journées entières sans rencontrer personne. Ceux qui restèrent, accablés de tributs, appelèrent les Arabes, qui, déjà maîtres de l'Égypte, avaient enlevé Tripoli aux Grecs, en 648. Ils accoururent, et cette invasion vint subitement arracher l'Afrique du Nord à la civilisation occidentale décrépite, y apporter le Coran, des mœurs nouvelles et une civilisation jeune, qui eut plusieurs siècles d'une brillante activité. Ces nouveaux venus n'étaient guère plus de 40.000 hommes d'abord, mais ils étaient emportés par l'élan irrésistible que leur donnait leur foi religieuse. L'Afrique n'était défendue que par les débris des troupes byzantines, commandées par le patrice Grégoire, qui venait de se déclarer indépendant. Ces troupes furent vaincues à la bataille de Yacoubé (664), par le cheik Abd-Allah, et la conquête de l'Afrique se poursuivit rapidement. Un autre chef arabe, Sidi-Akbah, fonda (678) la ville sainte de Kairouan, au S. de Tunis, à 12 milles de la côte ; les Arabes redoutaient les flottes grecques : ils ne redoutaient pas le désert, leur domaine. Il s'avança ensuite dans l'ouest, jusqu'à l'océan Atlantique. La véritable résistance ne vint pas des Byzantins, mais des indigènes, de ces montagnards que nous appelons aujourd'hui Berbères ou Kabyles. Dès le VIIe siècle, nous les voyons combattant les Arabes, comme ils avaient combattu les Romains, comme ils nous combattent au XIXe siècle, souvent vaincus, jamais lassés et toujours prêts à recommencer la lutte. Sidi-Akbah succomba sous les attaques des Maures. Mais, sous le calife Abd-el-Melek (692-698), Hassem établit la domination arabe tout le long du littoral africain par la conquête de Carthage, qui fut livrée aux flammes. Une dernière révolte des indigènes, conduits par leur reine Kahina, fut comprimée (709). Deux ans après, les Arabes d'Afrique franchissent sous la conduite de Tarik, le détroit qui les sépare de l'Espagne, lui donnent le nom de Gibraltar (djebel Tarik, Montagne de Tarik) ; ils vont conquérir la péninsule (711-719). C'est là que, pendant des siècles, fut placé le siège de leur empire d'Occident. Tolède, Cordoue, Grenade furent capitales en même temps que Tunis, Fez ou Tlemcen. Les villes romaines furent détruites ; mais des villes nouvelles surgirent de tous côtés, remplies de monuments d'un goût merveilleux. De bonne heure le Maghreb (c'est-à-dire le pays du couchant) se sépara du khalifat de Cordoue, et la dynastie des Aglabites régnait à Kairouan pendant que les Edrisites dominaient à Fez. L'empire des Almoravides, fondé par un Berbère, Youssef-ben-Tachefir, prit pour capitale la ville de Maroc. Les Almoravides ne durèrent qu'un siècle (de 1070 à 1150) ; les Almohades leur succédèrent et ne durèrent pas davantage (1150-1273). En effet, la période de la décadence était arrivée pour les monarchies arabes. La foi,