Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 17, part. 1, A.djvu/410

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Voici ce qu’il vous dit : Vous êtes jeunes, rêvez donc de conquérir le monde. Le métier vous glacera assez vite. Chaque conquête sur la convention est marquée par une

floire, personne n’est grand s’il n’apporte ans ses mains saignantes une vérité. Le champ est immense, toutes les générations peuvent y moissonner. Je vous cède la place par une loi fatale, je crois k la marche de l’humanité vers toutes les certitudes scientifiques. Et c’est pourquoi je vous crie de reprendre mon combat, de ne pas avoir peur des conventions que j’ai entamées et qui céderont devant vous, dussiez vous un jour, par des œuvres plus vraies, faire pâlir les miennes. »

M. Victorien Sardou est encore plus maltraité que M. Dumas. Voici, entre autres, certain passage qui fit quelque peu scandale.

« M. Sardou, jeune encore, compte derrière lui une longue suite de succès. La Famille Benoilon a révolutionné Paris ; on a prononcé le nom d’Aristophane après Baba g as ; h la première représentation des Intimes, les dames ont cassé leur petit banc d’enthousiasme ; Patrie a été mis à côté du Cid ; il est l’homme-événement deux, ou trois fois par année ; les journaux du boulevard le tutoient avec tendresse ; des bœufs gras ont porté le nom de ses héros ; mais il n’a pas notre estime littéraire. » Et par trois fois, a la fin de trois paragraphes, revient ce refrain inévitable : • mais il n’a pas notre estime littéraire I » En terminant, c’est k M. Sardou rapporteur des prix de vertu à l’Académie française que s’attaque M. Zola, et avec quelle âpretét « On parle du style de M. Sardou ; mais bon Dieu l M. Sardou ne se doute même pas comment on fait une phrase. J’ai l’air de m’acharner, mais en vérité, on n’étudie pas assez ces morceaux-là. C’est une question d’bygièDe littéraire. Il faut montrer que M. Sardou n’est qu’un Prudhomme de la forme, un Prudhomme qui a la danse de Saint-Guy si vous voulez, mais un Prudhomme employant les locutions vicieuses, les expressions toutes faites, les Sottises courantes, ■

Après ces deux éreintements de premier ordre, le ton de M. Zola se radoucit quand il arrive à M. Eugène Labiche. ■ C est un rieur, rien de plu» ; mais ne rit pas qui veut, au théâtre surtout. • Et M. Zola conclut en admirant non seulement un des fantaisistes les plus sains et les plus vigoureux que nous ayons eus, mais aussi un auteur dramatique d un vol plus large, s’élevant parfois jusqu’à la grande comédie.

MM. Meilhac et Halévy trouvent aussi grâce devant le terrible critique, surtout parce qu’ils ont fait avec leurs œuvres aimables une rude besogne contre les charpentiers dramatiques, et donné un coup de pied dans le code de Scribe, qui a volé en éclats. M. Zola en profite pour prédire l’évolution qui se prépare. Suivant lui, le public ne se soucie plus des pièces bien faites ; la réalité monte sur la scène ; le public supporte chaque jour une somme de vérités plus grande. M. Zola voit poindre alors le chef-d’œuvre d’un avenir prochain, un drame d’une grande simplicité, puissant par la solidité de sa structure, mettant sur les planches la vie telle qu’elle est, en une série de tableaux qui découleront logiquement l’un de l’autre.

Sur le même rang que MM. Meilhac et Halévy, M. Zola place M. Edmond Gondinet comme démolisseur des antiques conventions ; c’est dire que cet auteur a toutes ou presque toutes ses sympathies littéraires, à l’inverse du malheureux Victorien Sardou. M. Pailleron remporte un succès presque égal, grâce k l Age ingrat, qui donne le dernier coup à la comédie bien faite de Scribe. L’Etincelle a moins de succès ; c’est une romance sentimentale, «un petit rien gentiment présenté ».

Les dernières pages du volume englobent huit auteurs dramatiques de valeur diverse, et que M. Zola apprécie aussi fort différemment. Voici d’abord M. Adolphe d’Ennery :

« Que les jeunes auteurs apprennent de lui comment on charpente un mélodrame ; qu’ils se rendent compte du mécanisme du théâtre ; mais, grands Dieux 1 qu’ils tâchent d’écrire en français, et qu’ils n aient jamais l’indignité de battre monnaie avec des histoires bêtes. ’ Dans les Faux bûnhommes de Théodore Barrière, M. Zola trouve quelques scènes vraiment remarquables ; mais » la pièce lue est d’un assez pauvre effet, parce qu’elle n’est pas écrite, et que le comique y est souvent dans le jeu des artistes •. M. Octave Feuillet est « un écrivain charmant, d’un talent très fin et très souple, dont les beaux succès sont mérités » ; seulement il écrit pour un monde qui lui défend trop de puissance, et son tempérament ne le dispose guère à l’analyse des réalités de ce monde. Quant k George Sand, elle plaît, ou du moins une partie de son théâtre plaît à M. Zola, justement pour les raisons qui faisaient refuser au romancier le don des planches : « parce qu’elle est littéraire, simple et humaine. ■ M. Théodore de Banville t est un poète exquis avec lequel je ne commettrai pas la grossièreté de discuter ». Ainsi commence T’article de M. Zola sur l’auteur de Deidamia et de Gringoire. Dans la première de ces pièces, M. Zola trouve non l’antiquité, mais le rêve de l’antiquité, et le rêve lui semble exquis... ■ M. de Banville

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est la fantaisie. Je l’admets et je l’aime. Il ne me dérange pas plus que les étoiles ne me gênent : nous sommes trop loin l’un de l’autre. ■ Le théâtre de M. Alphonse Daudet envoie à M. Zola une bonne odeur littéraire ; cela sent la belle langue. • M. Daudet enterrera tous les dramaturges habiles avec l’Arlésienne, même si l’Artésienne n’a jamais le succès scénique qu’elle mérite. ■ Le volume se ferme sur l’Ami Fritz de MM. Erckmann-Chatrian ; M. Zola admire beaucoup le jet si naturel et si vrai de la pièce « qui va d’un bout k l’autre sans une secousse, avec le beau développement d’une histoire k laquelle ou a assisté •. Il aime la pièce parce que « toute l’émotion, les rires et les larmes, vient des entrailles du sujet». 11 remercie les auteurs qui « grâce à des côtés patriotiques et poétiques ont fait monter le naturalisme sur les planches >.

Tel est l’ouvrage de M. Emile Zola, œuvre de polémique s’il en fut. On a réédité a cette occasion la fameuse formule : le théâtre sera naturaliste ou ne sera pas. Mais jusqu’ici nous n’avons pas vu se réaliser l’espérance de M. Zola, ni pu applaudir cette œuvre naturaliste qu’il annonce en terminant son livre, ■ œuvre bien équilibrée, faite pour le succès, qui viendra me donner raison, j’en ai la certitude •.

  • AUTOCHTHONE adj. et s. m. — S’écrit

AuTOCHTONB, d’après la nouvelle orthographe de l’Académie (éd. de 1877),

AUTOCOPISTE s. m. (ô-to-ko-pi-ste — du gr. autos, soi-même ; et de copiste). Appareil autographique dans lequel la pierre est remplacée par une feuille de parchemin recouverte de gélatine et tendue sur un châssis.

— Encycl. Dans ces derniers temps, on a fait de nombreuses recherches pour reproduire autographiquement les écritures et les dessins d’une manière plus simple, plus prompte on plus économique que par les moyens ordinaires. On doit à ces recherches le petit appareil appelé chromographe, pectographe ou polycopie, qui, inventé à Prague, en 1876, par un nommé Schmitt, a été introduit en France, en Angleterre et en Belgique, vers la fin de 1878, par M. Otto Lelm. Des appareils analogues, à la plupart desquels il a servi probablement de modèle, ont été mis dans le commerce sous les noms les plus divers, tels que ceux de printographe, palygraphe, vélocigrapke, campolilhographe, etc. Ils ne différent du chromographe que par des détails peu importants. Comme ce dernier, ils reposent sur l’emploi d’une plaque à base de gélatine qu’il faut renouveler de temps eu temps, et d’une encre de couleur à base d’aniline, qui est ordinairement violette, mais à laquelle on peut donner tout autre nuance. Uaulocopisle noir sert au même usage, mais est bien supérieur à ces appareils. Au lieu d’une plaque gélatineuse, il emploie un papier-parchemin préparé d’une certaine façon, ce qui dispense de la petite cuisine nécessitée par le renouvellement de la gélatine. Aux encres de couleur il substitue une encre noire, ce qui est un avantage pour l’organe de la vue. Enfin, il donne jusqu’à 150 et même 200 copies bien nettes du même original, tandis que les autres appareils ne peuvent en fournir que 40 à 50. Ajoutons que l’autocopiste est une invention de M. Otto Lelm, l’importateur du chromographe, et quelle date du milieu de l’année 1880.

  • AUTO-DA-FÉ s. m. — S’écrit AVTQDAFÈ,

sans traits d’union, d’après la nouvelle orthographe de l’Académie (1877), et prend 's au pluriel : Des autodapés.

AUTO-EXCITATRICE adj. et s.f, (ô-to-eksi-ta-tri-se — du gr. autos, soi-même ; et de excitatrice). Phys. Se dit des machines dynamo-électriques dans lesquelles le courant continu, indispensable pour aimanter les inducteurs, est fourni par une machine excitatrice montée sur le même axe que la machine principale, ou par une partie du courant induit que l’on redresse à cet effet.

AUTOFÉCONDATION s. f. (ô-to-fé-kon-dasi-on — du gr. autos, soi-même ; et de fécondation). Bot. physiol. Action de se féconder soi-même, en parlant de deux éléments de sexes différents qui appartiennent à une même plante, et dont l’union donne naissance à un œuf fécond : Si, à chaque passage d’une génération à la suivante, (œuf résulte de l’union directe des cellules sexuées d’une même plante, en un mot d’une autofécondation, la descendance est directe et la race pure. (Van Tiegherti.)

’AUTOGRAPHE s. m. — Encycl. Depuis

l’article que nous avons consacré aux autographes dans le tome 1er du Grand Dictionnaire, la passion pour ce genre de documents et l’acharnement avec lequel les collectionneurs se les disputent ont pris des proportions que ceux qui ne sont pas collectionneurs ne manqueront pas de trouver exagérées. Un seul fait le démontre suffisamment : les hauts prix atteints par les autographes un peu rares et curieux. Dans la liste que nous en avions donnée, le maximum, 1.200 fr., était atteint par un autographe de Napoléon Ier ; un Corneille montait à 1.000 francs ; un Molière à 950 francs ; le plus grand nombre ne dépassaient pas 300 ou 400 francs. Aujourd’hui, un autographe adjugé au-dessous

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de 500 francs est une pièce de si mince importance qu’il ne vaut pas la peine d’en parler, et il n est guère de vente un peu sérieuse où les prix de 4.000 et de 5.000 francs ne soient résolument abordés. Relevons, avec M. Paul Eudel pour guide (l’Hâlel Drouot et la Curiosité, 1881-85, 5 vol.), les principaux prix que l’on a donnés de certains autographes au cours de ces dernières années.

Une signature de Duguesclin, 520 francs ; du général anglais Chandos, son adversaire, 1.000 francs ; de Gilles de Rais, l’original de Barbe-bleue, 250 francs ; une lettre de Guillaume Gouffier, favori de François Ier, t.000 fr. ; du duc de Montmorency à Catherine de Médicis, 500 francs ; du duc de Montpensier à la même, 1.000 francs ; du duc de Guise à M. de Cypierre, 2.500 francs ; de Marie Stuart, 1.000 francs ; de Crillon à Henri IV, 1.000 fr. ; de la marquise de Verneuil au même, pour se plaindre de ses infidélités, 530 francs ; de Bianca Capello, 600 francs ; de Corneille k Pellisson et contenant quelques vers inédits, 4.000 francs ; une signature de Corneille et de quelques autres membres de l’Académie française au bas d’un pouvoir, 1.785 francs ; une signature de Molière sur un acte notarié (le notaire n’était autre que le fameux Rollet dont Boileau a dit : « J’appelle un chat un chat... •), 2.500 francs ; une lettre de Louis XIV à Philippe V, i.OÛO francs ; de Mme de Maintenon, 1.300 francs ; de Turenne à sa ferame, 1.700 francs.

La fameuse Ninon de Lenclos avait beaucoup moins d’orthographe que de beauté ; on s’en convaincra en lisant le billet suivant, adressé à l’abbé d’Hautefeuille (elle écrit labé Dotefeuillel) et passé dans une vente en 1881 :

« Je trouve cette laitre très bien aicrite et d’un homoi d’esprit. Je vous remersie d’avoir et tay tout droit à Mad* de Bouillon, car je ne doute pas que vous na liayés de mendez cette grasse de ma par. Le procès de Made de Nemours contre le prince de Conti est remis à lanée qui viens on luy fera bien avaler des couleuves elle a bien torde nesestre pas acoumodée. A dieu je vous aten avec impasience. •

Voici maintenant des documents pontificaux :

Une lettre de Grégoire XIII à Charles IX et relative à la Saint-Barthèlemy, 2.000 francs ; de Pie V, 500 francs ; de Clément VIII, 500 fr. ; de Sixte-Quint, 1.000 francs ; de ClémentXIV, 1.000 francs ; de Pie VII, 500 francs.

Les lettres de Voltaire, toujours assez abondantes, atteignent rarement un haut prix, à moins qu’elles ne soient inédites ou réunies en dossier. Une seule, adressée à J.-B. Rousseau, s’est vendue l.Oûo francs. Son testament, tout entier écrit de sa main, est monté à 5.000 francs, et un dossier de trente-deux lettres inédites à 1.000 francs. L’une d’elles, écrite en 1760, est assez forte en gueule : ■ Jansénistes, Molinistes, convulsionnaires, Jeun-Jacques voulant qu’on mange du gland, Palissot monté sur Jean-Jacques, maître Joly de Fleury braillant des absurditez, que ces Jean-f.., viennent donc dans la terre de Ferney, je les mettray au pilori. J’ai conservé mes fonctions de gentilhomme ordinaire du Roy, et pardieu l%n ne sait pas qu’il a des bontés pour moi. Je suis très bien avec Mme de P. (Pompadour), avec M. le duc de Ch. (de Choiseul). Je ne crains rien et je me f... de... et de..., et je leur donneray sur les oreilles k l’occasion. >

Une lettre de J.-J. Rousseau, 600 francs ; la dernière lettre de Camille Desmoulins à Lucile,3.000 francs ; une lettre de Bonaparte, lieutenant-colonel de la garde nationale corse, 1.000 francs ; de Napoléon à Marie-Louise, au moment de quitter Fontainebleau pour se rendre à l’Ile d’Elbe, 3.800 francs ; du maréchal Duroc, 2.000 francs ; de Carnot à Napoléon, pour lui offrir ses services en 1814, 1.050 fr. ; quatre vers signés du duc de Reichstudt, 520 francs ; un billet du maréchal Berthier, 550 francs ; une lettre de Joseph Bonaparte, 610 francs ; d’André Chénier, 810 francs ; de Joseph de Maistre, 1.000 francs ; de Mozart, 2.050 francs.

C’est la plupart du temps la curiosité seule et la rareté qui font le haut prix des autographes ; de là les prix excessifs qu’atteignent les simples signatures de Corneille et de Molière. Quelquefois aussi c’est l’intérêt historique de la pièce. La lettre de Grégoire XIII à Charles IX citée plus haut est bien dans ce cas. Elle est tout entière de la main du pape, fait peu fréquent, les papes écrivant rarement eux-mêmes, et si on considère qu’elle avait pour but de lever les scrupules du roi de France qui hésitait à ordonner les massacres de la Saint-Barthélémy, on se rendra compte des motifs qui engageaient Grégoire XIII à ne pas suivre la règle générale. Voici la traduction de cette lettre curieuse, dont les historiens catholiques avaient nié l’existence : ■ Grég. P. P. XIII.

« Très cher fils en Notre-Seigneur, salut et bénédiction apostolique.

« Nous nous reconnaissons tant d’obligations envers Notre-Seigneur Dieu de provoquer l’accroissement de la Sainte-Ligue contrôles infidèles que, pour mieux faire connaître à Votre Majesté combien la chose est importante, j’ai voulu lui envoyer mon présent Légat a latere. Nous la prions en toute affec- I

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tion et charité, qu’Elle veuille se souvenir de son nom de Très-Chrétien et de l’exemple de ses prédécesseurs qui, par leur dévouement au service du Christ, ont acquis le susdit nom, Qu’Elle veuille aussi se souvenir que cette guerre est une guerre de Dieu, qui se fait pour la gloire de son nom.

« Il ne convient donc pas que Votre Majesté en reste en dehors, et pour beaucoup de raisons. Elle doit être, au contraire, l’instigatrice de ceux qui, avec l’aide de Dieu, ont été du monde ces tristes hérésiarques, lesquels ont, depuis tant d’années, inquiété Votre Majesté et tout son royaume ; ce qui lui permettra d’avoir peu de difficulté k ramener son royaume à sa première candeur et à la pureté de la foi catholique, et je la prie de faire toute diligence afin que je sois averti par elle de ce qui en arrivera. Que Dieu, Notre-Seigneur, conserve Votre Majesté et lui donne tout contentement.

■ A notre très cher fils en Dieu, Charles, roi très chrétien des Français. •

Parmi les autres documents curieux passés dans les ventes d’autographes, notons un billet de Louis XV à l’une de ses maltresses, Mni« de Mailly, qui venait d’accoucher : « Vous ferez dire au curé, Sous le secret de la confession, de qui est cet enfant, de n’en jamais parler et de ne point parler ny de donner d’extrait de baptême que de ma part, si cela luy est possible comme je le eroy. L’enfant s’appellera Louis-Aimé. » A rapprocher de cette preuve des fantaisies royales un bon de chaussons délivré à Louis XVI dans la prison du Temple : « Commune de Paris ; du huit janvier 1793, l’an II de la République. Sur la demande du prisonnier, le conseil du Temple autorise le citoyen Ballier, rue du Pot-de-Fer, à faire deux paires de chaussons de peau, pour l’usage dudit prisonnier, > Signé « Richard Chanlay ■ ; un petit dossier de pièces émanant aussi de la Commune de 1793 et relatives k la mort de Louis XVI : arrêtés invitant les citoyens k illuminer pendant le procès, prescrivant le calme dans les rues, la fermeture des barrières pendant l’exécution (vendu 2.000 fr.) ; une page d’écriture de Louis XVII (310 fr.) ; une lettre du cordonnier Simon, son geôlier (740 francs) : « Paris, 19 novembre 1792. Louis a passé la nuit assez tranquillement, ayant moins toussé que la précédente, de l’avis du citoyen Monier, médecin. Il a pris ce matin du petit lait et le continuera quelques jours. Ensuite il prendra quelques légers purgatifs, ce qui n’annonce qu’une légère indisposition, à L’ordre d’arrestation d’André Chénier, signé d’Élie Lacoste, Vadier, Jagot. Dubarreau et Louis (du Bas-Rhin) avec cette mention : • La renommée a publié depuis le commencement de la Révolution sa conduite incivique ■ (vendu 210 francs). Bien curieuse aussi cette lettre d’un autre poète Gilbert, k Baculard d’Arnault : • J’ai besoin d’un louis ; j’ai le courage de vous le demander, je ne doute point que vous n’ayez assez de noblesse pour me le prêter si vous pouvez. •

Les correspondances inédites, les dossiers de lettres, ont, outre l’intérêt de curiosité, une valeur documentaire qui les fait vivement rechercher. Nous avons parlé plus haut de trente-deux lettres inédites de Voltaire achetées 1.000 francs ; un autre dossier, composé de cent cinquante lettres et comprenant de plus la minute de l’interrogatoire subi par le poète k l’occasion des vers qui le firent mettre k la Bastille sous la Régence, s’est vendu 2.875 francs ; Voltaire y est appelé Arais ; treize lettres de Sehouvalow, favori de la reine de Russie, Elisabeth, à Voltaire, 4.000 francs ; cinquante-trois lettres de Marie-Elisabeth, gouvernante des Pays-Bas, 3.000 francs ; trois cent quarante lettres du prince Eugène de Savoie, 1.625 francs ; neuf lettres du prince Henri de Prusse, père du grand Frédéric, 1.000 francs ; vingt-et-une lettres du comte de Tressan, 1.950 francs ; un dossier de lettres et autres documents concernant le fameux marquis de Sade, 710 francs ; cent-vingt lettres de Rouget de l’Isle à Mm» Rodet, 1.000 francs ; trois lettres de F. de Gentz, relatives k la campagne d’Austerlitz, 3.050 francs.

Les autographes des contemporains atteignent rarement, ou plutôt n’atteignent jamais, ces chiffres élevés. Cependant, une lettre de Proudhon s’est vendue 500 francs, à cause de son intérêt spécial : c’était une consultation matrimoniale, de quatre pages d’écriture serrée, adressée à une jeune fille dans l’embarras. Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo lui-même, se vendent à des prix minimes ; on a vu, par extraordinaire, une lettre de Lamartine, datée de juillet 1830, quelques jours avant les Glorieuses, monter k 70 francs. Victor Hugo vaut couramment de 5 francs k 30 francs ; Rochefort a monté à 35 francs, mais ce n’était pas un simple autographe ; on a vendu k ce prix le manuscrit d’un petit poème de sa jeunesse, intitulé Mila, qui commence ainsi :

Vous ce connaissez pas les filles de Cayenne, Avec leurs madras bleus, leurs corsages d’indienne Et leurs pendants d’oreille aux perles de Java. Astres d’un autre ciel, fleurs d’un autre hémisphère. Enfants gâtés passant, sous leur chaude atmosphère. Leur jeunesse à dormir, leur vie à ne rien faire, Entre l’amour qui vient et l’amour qui s’en va.

Rochefort a bien eu tort de ne pas faire imprimer ce petit poème ; cette première strophe