Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 2, Fj-Fris.djvu/315

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mourut en 987, empoisonné, dit-on, par la reine, son épouse. Il ne laissait pas de fils. Hugues Capet se fit proclamer roi (v. ci dessus). Avec Louis V se termina la dynastie carlovingienne, qui avait duré 235 ans et donné treize rois à la France.

Hugues Capet eut pour successeur son fils Robert, qu’il avait fait sacrer de son vivant. On était alors aux approches de l’an 1000, et c’était une croyance générale, que le monde devait finir avec cette année fatale. L’an 1000 s’écoula sans autre fait digne de remarque qu’une fertilité extraordinaire. On s’étonna beaucoup de vivre encore ; ce fut une sorte de résurrection ; on eût dit, suivant un historien, que chacun dépouillait le vieil homme et que le monde allait commencer une vie nouvelle. Robert, que les chroniques du temps appellont le bon roi Robert, fut, malgré sa piété, excommunié pour avoir épousé Berthe de Bourgogne, sa parente à un degré prohibé. Après avoir résisté pendant quelque temps aux lois canoniques, il se décida a renvoyer la reine et épousa Constance, fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui fit affluer en France (Neustrie) les enfants d’Aquitaine. Ce mariage eut donc une grande importance au point de vue du rapprochement de la race du Nord et de celle du Midi. Le duc de Bourgogne, Henri, étant mort sans enfants, son fief, qui devait revenir au roi, fut réclamé par un fils que la duchesse de Bourgogne avait eu d’un premier mariage, et il s’ensuivit une guerre de quatorze ans, à laquelle mit fin un traité assurant le duché de Bourgogne à Robert, et laissant le comté de Dijon avec la Franche-Comté au prétendant. Robert mourut à Melun en 1031, à l’âge de soixante-dix ans, après avoir vu ses dernières années attristées par les intrigues ambitieuses de la reine Constance. Henri Ier, qui lui succéda, eut tout d’abord à combattre sa mère et le parti puissant qui soutenait son frère cadet, Robert. Ce dernier fut vaincu à Villeneuve-Saint-Georges ; mais, pour assurer la paix, Henri lui céda le duché de Bourgogne. Cependant, aux horreurs de la guerre civile se joignirent celles de la faim, et d’un mal terrible, connu sous le nom de mal des ardents, et des guerres privées que les seigneurs se faisaient sans cesse entre eux. Grâce à son influence, le clergé fit établir la Trêve de Dieu, qui défendait d’exercer le droit de guerre privée depuis le mercredi soir de chaque semaine jusqu’au lundi matin. C’est aussi à cette époque que commença à paraître la chevalerie, espèce d’institution militaire qui prit un si grand développement au temps des croisades.

Henri Ier, après avoir assuré la paix entre lui et son frère cadet, eut aussi quelques démêlés avec le duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, fils et successeur de Robert le Diable. La guerre se termina à l’avantage de Guillaume, à qui le traité de Rouen assura la libre possession de son duché de Normandie (1055). Philippe n’avait que sept ans quand il succéda à son père (1060). La régence du royaume fut confiée à Baudouin V, comte de Flandre. Pendant cette minorité, deux grands événements s’accomplirent : la conquête des Deux-Siciles par les Normands, et celle de l’Angleterre par Guillaume le Bâtard (1060). Devenu roi, Philippe, ayant voulu enlever la Flandre à Robert le Frison, se fit battre à Cassel (1071), et il irrita Guillaume le Bâtard, qui marchait sur Paris avec 10,000 lances en guise de cierges, lorsque la mort l’arrêta à Mantes (1087). Mais ce n’étaient pas seulement les comtes ou ducs de Flandre et de Normandie qui devenaient aussi puissants que le roi de France. Le Vermandois grandissait sous Hugues, frère du roi ; dans le Midi, l’Aquitaine et la Gascogne se réunissaient sous la main d’une même famille, qui possédait ainsi la moitié de la France méridionale. De plus, quelques villes du Midi, Avignon, Marseille, Toulouse, se gouvernaient elles-mêmes et faisaient la paix et la guerre à leur gré. Des seigneurs aquitains allèrent guerroyer en Espagne contre les Maures ; ce fut comme l’avant-garde des croisades.

« Sur le sommet volcanique de l’Auvergne, cette vieille patrie gauloise des Arvemes, dont le chef Vercingétorix fit pâlir un instant César, retentit alors, dit un historien, le cri de la guerre sainte, qui émut le monde chrétien : Déjà un Arverne pur sang, Gerbert, obscur paysan gaulois, que la science éleva à la papauté sous le nom de Sylvestre II, avait jeté sur le monde chrétien le cri des croisades. Ce fut en 1095 qu’un autre Gaulois, Urbain II, réunit dans Clermont, la ville arverne, cinq cents évêques et abbés, plusieurs milliers de grands seigneurs, de barons, et une foule de peuple qui se répandit partout en criant : Dieu le veut ! Austrasie, Neustrie, Aquitaine, tout s’émeut à ce cri puissant. » Des croix d’étoffe rouge furent distribuées à chaque guerrier, qui fit serment de partir : de là le nom de croisés et celui de croisades. Le départ fut fixé au 15 août 1096 ; mais les plus pauvres ou les plus enthousiastes se mirent en route avant cette époque, sous la conduite de Pierre l’Ermite et d’un certain Gauthier surnommé sans Avoir ; ces bandes indisciplinées, après avoir tout saccagé et pillé sur leur passage, furent massacrées sur plusieurs points des pays qu’elles traversaient, notamment en Hongrie. L’armée régulière partit à l’époque fixée. Elle était forte de 600,000 guerriers. Ses principaux chefs étaient Godefroy de Bouillon, duc de la basse Lorraine ; Robert Courte-Heuse, duc de Normandie ; le comte de Flandre, le comte de Toulouse, etc. Les croisés, parvenus à Constantinople, passèrent le Bosphore, s’emparèrent de Nicée et d’Antioche, et arrivèrent enfin sous les murs de Jérusalem, mais réduits à 25,000 combattants. Ils entrèrent dans la cité le 15 juillet 1099, après un siège de quarante jours. Godefroy de Bouillon fut proclamé roi de Jérusalem. Philippe Ier resta étranger à tout ce mouvement, qui, en épuisant la noblesse, devait augmenter la puissance du roi et amener le prestige qui environna la royauté sous saint Louis. Les croisades, produisirent aussi l’émancipation des communes, qui, soutenues par les rois dans leur lutte contre les vassaux oppresseurs, appuyèrent à leur tour l’indépendance de la royauté contre les seigneurs féodaux. Cette émancipation, qui aura pour résultat la fondation de l’unité par la royauté, commença sous Louis VI, dit le Gros (1120). Ce monarque eut à lutter d’abord contre les intrigues de sa propre belle-mère, Bertrade, qui avait excité ses grands vassaux à la révolte, et, pendant dix ans, il guerroya sans relâche contre les rebelles, dont il fit raser les donjons féodaux. Mais le plus redoutable de ces grands vassaux fut sans contredit le roi d’Angleterre, Henri Ier, troisième fils de Guillaume le Bâtard, qui fit à son suzerain une guerre longue et acharnée. Ce fut le premier début de cette lutte de sept siècles, qui a ensanglanté et dévasté tant de contrées. Louis tourna ensuite ses regards vers le Sud, où il voulut faire reconnaître son autorité. Les rois de France ne possédaient, en effet, au delà de la Loire, que la vicomté de Bourges, achetée par Philippe Ier (1100), mais plusieurs fois aliénée. Il fut bien inspiré quand il unit son fils, Louis VII le Jeune, à Eléonore d’Aquitaine, qui lui apportait en dot presque tout le midi de la France. Dans une guerre contre le comte de Champagne, Thibaut IV, le roi, ayant ordonné de mettre le feu à l’église de Vitry (Marne), 1,300 personnes qui s’y étaient réfugiées périrent. Dévoré de remords, ce prince crut expier ce meurtre en partant, malgré son sage ministre Suger, pour la terre sainte, où le sultan Nour-Eddin avait fait Un épouvantable massacre de chrétiens. La seconde croisade fut prêchée par saint Bernard (1147), ce moine célèbre, fondateur de l’abbaye de Clairvaux. Cette expédition eut une issue fatale. Trahis par les empereurs grecs, harcelés par les musulmans, tourmentés par la famine en Asie Mineure, les croisés attaquèrent vainement Damas et revinrent en Europe sans gloire et sans armée, après deux années de revers et de malheurs (1149). Mais une chose plus funeste à la France fut le divorce de Louis VII et de la reine Eléonore, qui avait accompagné le roi en Palestine et lui avait donné de nombreux sujets de plainte par sa conduite. Eléonore reprit sa dot et porta ce riche héritage à la maison d’Anjou, en épousant Henri Plantagenet, duc de Normandie, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine, qui devint l’année suivante roi d’Angleterre sous le nom de Henri II, et qui fut la tige de cette redoutable maison des Plantagenets, l’ennemie acharnée de la maison de France. Ainsi la royauté retombait dans sa faiblesse primitive ; elle avait à peine en souveraineté un quinzième du royaume, tandis que Henri Plantagenet en avait près du tiers. La partie qu’il possédait s’étendait depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à celle de l’Adour, sauf la Bretagne, son arrière-fief, dont il fit la réunion par alliance (1171). Il était impossible que Louis VII vît sans inquiétude une telle puissance entre les mains d’un de ses vassaux. La lutte commença entre le roi d’Angleterre et le roi de France, son suzerain, qui triompha. Henri II, à la paix de Montmirail (1169), cédait à ses enfants ses possessions sur le continent, à la condition de rendre hommage au roi de France. Il est vrai que ces conditions furent éludées. Les souverains d’Angleterre, rois purement français, regardaient l’Angleterre comme une terre étrangère, qu’ils possédaient à titre de conquête, et ils préféraient le séjour de Rouen ou de Bordeaux à celui de Londres. Philippe-Auguste, quoique fort jeune quand il succéda à son père, montra tout d’abord beaucoup d’énergie, et prouva qu’il était bien l’homme qu’il fallait pour augmenter le domaine royal et porter de nouveaux coups à la féodalité. Il réunit d’abord à son domaine les comtés de Vermandois, de Valais, d’Amiens, d’Artois, puis il fit cause commune avec les fils de Henri II, révoltés contre leur père, et imposa au vieux Plantagenet le traité d’Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire). Le mariage de Philippe-Auguste avec Isabelle de Hainaut, dernier rejeton du sang carlovingien, confondit les droits des deux dynasties. La prise de Jérusalem par Saladin appela sur ces entrefaites Philippe-Auguste à la troisième croisade. Les trois plus grands princes de la chrétienté, le roi de France, l’empereur d’Allemagne, Frédéric Barberousse, et le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, prirent la croix. L’empereur partit le premier et périt en Asie Mineure, dans les eaux du petit fleuve Sélef ; Philippe-Auguste, après avoir confié la régence de son royaume à l’archevêque de Reims, son oncle, eut avec Richard une entrevue dans laquelle les deux rois se jurèrent une amitié éternelle, appelant l’anathème sur celui qui violerait le premier ses serments. Ils s’embarquèrent, l’un à Gênes, l’autre à Marseille, et allèrent passer l’hiver en Sicile. Au printemps, Philippe fit voile pour Saint-Jean-d’Acre, tandis que Richard allait soumettre l’île de Chypre et la donnait à Gui de Lusignan (1191). Après la prise de Saint-Jean-d’Acre, Philippe revint dans ses Etats, et, malgré.la foi jurée, tenta de profiter de l’absence de Richard pour lui reprendre quelques-unes des provinces qu’il possédait en France. A cette nouvelle, Richard reprit la route de ses Etats ; mais, retenu prisonnier par l’empereur d’Allemagne, il dut payer une rançon pour obtenir sa liberté. Une partie de la Normandie était déjà réunie au domaine royal de France quand Richard reparut. Son frère, Jean sans Terre, qui avait fait alliance avec Philippe-Auguste, effrayé de son retour, massacra la garnison française d’Evreux pour obtenir son pardon. Le roi de France, affaibli par cette défection, fut battu à Fréteval, près de Vendôme, et cet événement mit fin aux hostilités. Richard succomba au siège de Chalus (1199), dans une guerre contre le vicomte de Limoges, son vassal.

Jean sans Terre, s’étant emparé du trône d’Angleterre, au détriment de son neveu, fut cité par le roi de France à comparaître devant la cour des pairs, qui prononça la confiscation de toutes les terres qu’il tenait comme fiefs de la couronne de France. Philippe se chargea d’exécuter lui-même la sentence, et recouvra, dans une courte et heureuse guerre, la Normandie, l’Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou (1204). Cependant l’empereur Othon IV, le comte de Flandre, Ferrand, les peuples d’Aquitaine et ceux de l’Anjou, du Maine et de la Normandie se liguèrent avec Jean sans Terre contre le roi de France. L’armée ennemie envahit la France par le nord-est et rencontra l’armée de Philippe près du pont de Bouvines, entre Lille et Tournai, le 27 juillet 1214. La victoire se déclara pour le roi de France.

Pendant que ces événements se passaient dans l’Occident, une quatrième croisade avait lieu en Orient. L’enthousiasme religieux s’exalta sous l’éloquence de Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne. Cette fois, ce sera la Neustrie qui en aura toute la gloire, en envoyant le comte de Flandre Baudouin monter sur le trône de Constantinople (1204). Le ducs de Bourgogne, les comtes de Champagne l’avaient suivi et étaient allés s’embarquer sur les flottes de Venise. Pendant ces merveilleuses expéditions, la Lorraine, la Bourgogne, la Provence étaient toujours étrangères à la France. Metz était la capitale de la Lorraine inférieure ; Toul, Verdun, Strasbourg en étaient les cités importantes. Besançon recevait quelquefois la visite de son suzerain, l’empereur d’Allemagne. Lyon, Vienne, etc., étaient florissantes. Arles, séjour brillant des comtes de Provence, contrastait fortement avec la rudesse demi-barbare des villes du Nord.

Une croisade d’un nouveau genre fut entreprise à cette époque contre des hérétiques que l’on désignait sous le nom d’Albigeois, parce qu’ils étaient répandus autour d’Albi, dans le Languedoc et dans la Provence. Cette horrible croisade fut prêchée par le pape Innocent III. La guerre ne fut qu’une longue suite de massacres. Le comte de Toulouse, qui soutenait les hérétiques, fut dépouillé de ses Etats, et le pape les donna au comte Simon de Montfort, qui commandait l’armée des croisés. Philippe-Auguste mourut en 1223, avant la fin de la croisade, mais après un règne fécond en événements importants, qui contribuèrent beaucoup à l’agrandissement du domaine royal. Louis VIII continua d’abord l’œuvre de son père contre les Anglais, auxquels il enleva l’Aunis, la Saintonge, le Limousin, le Périgord et presque tout le pays jusqu’à la Garonne. Il reprit ensuite la guerre contre les Albigeois et s’empara d’Avignon, conquête qui amena la réunion à la couronne de quelques provinces voisines ; mais il mourut bientôt en Auvergne, à Montpensier, en 1226. La minorité de son fils Louis IX vit se terminer la guerre contre les Albigeois par le traité de Meaux, qui ajouta au domaine royal les comtés de Carcassonne, de Béziers, de Nîmes, de Narbonne, d’Agde, de Maguelonne, etc. Ce traité préparait, en outre, la réunion du comté de Toulouse, par le mariage de Jeanne, fille de Raymond VII, avec Alphonse de Poitiers, frère du jeune roi. Les grands vassaux du royaume voulurent profiter de la minorité de Louis IX pour relever leur puissance ; mais Blanche de Castille, régente du royaume, déjoua tous leurs projets. Bientôt même Thibaut, comte de Champagne et l’un des chefs des révoltés, acheta la protection du roi en lui cédant les comtés de Blois, de Chartres et de Châteaudun. Devenu majeur, Louis IX songea d’abord à régler ses rapports avec l’Angleterre. Une nouvelle révolte des seigneurs avait éclaté, et Henri III était venu lui-même à leur secours. Saint Louis marcha contre les étrangers et les vainquit à Taillebourg et à Saintes (1242). Le traité d’Abbeville, conclu en 1359, régla les droits respectifs de la France et de l’Angleterre. Henri III renonça à toute prétention sur la Normandie, le Maine, la Touraine, le Poitou, et prêta hommage au roi de France comme duc d’Aquitaine ou de Guyenne. Louis IX, de son côté, lui abandonna la Saintonge et l’Aunis. Pour accomplir un vœu fait pendant une maladie qui avait mis ses jours en danger, le roi dévot entreprit la septième croisade. Il s’embarqua à Aiguës-Mortes (1248), accompagné des ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Brabant, et d’une foule d’évêques et de seigneurs qui auraient pu troubler la royaume pendant son absence. Les désastres de cette expédition accablèrent la France de douleur. De retour en France, après avoir acheté sa liberté par la restitution de Damiette, dont il s’était emparé au début de l’expédition, saint Louis trouva la paix rétablie dans son royaume et la consolida pur un repos de quinze années. C’est dans cet intervalle qu’il conclut le traité d’Abbeville (v. ci-dessus). Une seconde et dernière croisade l’enleva malheureusement à la France. Il s’embarqua à Aigues-Mortes avec ses trois fils (1270) et fit voile vers Tunis. A peine était-il arrivé dans cette ville qu’une maladie pestilentielle décima l’armée chrétienne. Attaqué lui-même de la peste, saint Louis se fit étendre sur un lit de cendres, où il mourut après avoir langui vingt-deux jours. Il eut pour successeur Philippe III le Hardi. Les conquêtes dans le Midi amenaient les rois da France à porter leurs armes au delà des Pyrénées. Philippe soumit la Navarre révoltée contre Jeanne, qui épousa plus tard Philippe le Bel, et réunit ainsi à la couronna la Navarre et la Champagne. Le Comtat-Venaissin fut donné au pape par la France (1273). Philippe le Bel sut réunir à son domaine la Marche et l’Angoumois : il fit épouser à l’un de ses fils l’héritière du comté de Bourgogne, enlevé ainsi à l’empire germanique ; puis il menaça les Anglais en Gascogne et en Guyenne. Mais ceux-ci avaient alors pour roi l’habile Edouard Ier, qui pourtant ne put empêcher le roi de France d’envahir la Flandre, la plus riche conquête qu’eût encore faite un roi capétien. Cependant la sanglante défaite que les Flamands firent éprouver aux Français à Courtrai (1302), où périt Robert d’Artois avec trois cents des plus illustres chevaliers, et que ne répara point la victoire de Mons-en-Puelle (1304), fut cause que la France ne posséda la Flandre que jusqu’à la Lys. Mais, tandis que Philippe le Bel guerroyait si rudement contre les Flamands et les Anglais, il triomphait dans la grande lutte qu’il avait engagée contre la papauté. Délivré du redoutable Boniface VIII, il élevait au pontificat Clément V, qui se fit couronner à Lyon, transporta à Avignon le siège pontifical, et signa, dit-on, au concile de Vienne, la suppression de l’ordre des Templiers, mesure qui eut des conséquences déplorables (1212). A son retour du concile, Philippe s’empara de Lyon, ville du royaume d’Arles, libre da l’autorité allemande et gouvernée par son archevêque. Elle voulut résister ; mais une armée soumit à la France cette antique capitale de la Gaule romaine (1314). L’évêque de Strasbourg, prince de l’empire germanique, conquit le landgraviat de la basse Alsace. Ce fut à cette époque que la loi saligue, qui ne concernait que les terres féodales, fut appliquée à la couronne de France par l’exclusion des femmes (1317). Les trois fils de Philippe le Bel régnèrent successivement après lui sur la France et la Navarre. Louis X, l’aîné, surnommé le Hutin, favorisa les progrès des villes en leur vendant des privilèges, et, par un édit publié en 1315, il affranchit tous les serfs de ses domaines ; mais il leur fit payer cet affranchissement, qu’il ne leur fut pas permis de refuser. Une cruelle famine et une inutile expédition en Flandre sont les seuls faits importants du reste de ce règne. Philippe le Long succéda à Louis X (1316). Ce prince, auquel on doit de sages règlements sur l’administration des finances et de la justice, mourut en 1322, et, comme il ne laissait que des filles, Charles IV, troisième fils de Philippe le Bel, fut appelé au trône. Quelques hostilités contre les Anglais en Guyenne amenèrent la conquête de l’Agenais, qui fut suivie d’un traité de paix.

Avec Charles le Bel s’éteignit la famille des capétiens directs (1328). Elle fut remplacée par la famille des Valois, que l’on partage en trois branches : la première, celle des Valois directs, a donné sept rois à la France (1328-1498) ; la seconde, celle des Valois-Orléans, ne compte qu’un seul roi (1498-1515) ; la troisième, celle des Valois-Angoulème, a fourni cinq rois (1515-1589).

A la mort de Charles le Bel, trois prétendants réclamèrent la couronne : Philippe, comte de Valois, neveu de Philippe le Bel par son père ; Édouard III, roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère ; enfin, Philippe, comte d’Evreux, qui avait épousé Jeanne, fille de Louis X. L’assemblée des pairs et des grands barons de France porta son choix sur Philippe de Valois. Ce prince céda la Navarre à Philippe d’Evreux. Édouard III vint d’abord prêter hommage au roi de France pour le duché de Guyenne ; mais il ne tarda pas à renouveler ses prétentions à la couronne. Alors éclata entre la France et l’Angleterre cette longue guerre que l’on appelle la guerre de Cent ans. Commencée en 1348 par la révolte de la Flandre, elle ne fut terminée qu’en 1453 par la prise de Bordeaux. Pendant qu’Édouard III comprimait un soulèvement des Écossais, les cités flamandes s’insurgeaient contre le comte de Flandre. Philippe alla lui-même au secours de son vassal, gagna une bataille sous les murs de Cassel et s’empara de cette ville, que les Flamands regardaient comme imprenable. Le pays, sou-