Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 4, Gile-Gyz.djvu/45

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mède dans la mêlée, celui-ci, qui avait pour le chef lycien une grande estime, abaissa sa pique devant lui, et, en signe d amitié, les deux guerriers échangèrent leurs armes. Celles de Glaucus étaient d’or, celles de Dioraéde étaient d’airain. Telle fut l’origine de la phrase proverbiale : ■ C’est le troc de Diomède et de Glaucus, « dont les anciens se servaient pour désigner un. échange inégal.

GLAUCUS, statuaire grec, né il Chio, Il vivait au.vio siècle av. J.-C. et appartenait à l’école de Samos. Son ouvrage le plus célèbre fut une base de fer où l’on voyait enchâssées des figures d’animaux., d’insectes et de plantes, et qqi supportait un cratère d’argent. Cette base fui, donnée au temple de Delphes par Alyatte, roi de Lydie. Ce fut Glaucusqui inventa, dit-on, l’art de souder les métaux.

GLAUCUS, athlète grec’du ve siècléav. J.-C, né dans la ville de Caryste. C’était un descendant de Glaucus le pécheur, devenu dieu marin. Il se rendit célèbre par sa force et son adresse. Pour redresser sa charrue, il se servait d’un de ses poings comme enclume et de l’autre comme marteau. S’étant fait athlète, il fut une fois vainqueur aux jeux Olympiques, deux fois aux" jeux Pythiens, huit fois aux jeux Néméens et aux jeux ltshiniques. On voyait à Olyinpie sa statue, œuvre de Glaucias, qui l’avait représenté s’exerçant au pugilat.

GLAUCUS D’ATHENES, poète grec qui vivait à une époque incertaine. Il est l’auteur de quelques épigrammes recueillies dans l’Anthologie grea/ue.

GLAUKODO s. m. (glô-ko-do). Miner. Nom donné par Breithanger à un arsenico-sulfure de fer et de cobalt, qu’on trouve près de Huasco, au Chili, et à Orawicza, en Hongrie, et qu’on a reconnu être une variété de dana’ite renfermant.une plus forte proportion de cobalt que la danaïte ordinaire.

GLAUMET s. m. (glô-mè). Ornith. Nom vulgaire du pinson.

GLAUQUE adj. (glô-ke — gr. glau/coa, vert). Hist. nat. Qui est d’une couleur vert blanchâtre ou bleuâtre : Des yeux glauquks. Le fin a une tige haute d’unpied, grêle et d’une couleur glauque. (A.. Karr.) ’ Ses yeux, où le ciel se reflète. Mêlent à. li : ur azur amer

Les teintes (//nuques de la mer.

Tu. Gautier.

— s. m. Ichthyol. Nom vulgaire d’unscombre et d’un squale.

— Moll. Genre de mollusques.gastéropodes dépourvus de coquille : Les GLauquijs soûl de charmants petits mollusques ornés des plus riches couleurs. (S. Rang.) Il PI..Famille de mollusques gastéropodes uudibranches, ayant pour type le genre glauque. ’.

— s. f. Bot. Genre de plantes de la famille des primulacées.

— Encycl. Ichthyol. Le glauque, poisson cartilagineux du genre squale, est ainsi nommé à cause de la couleur de son-dos, qui rappelle celle do l’aiguë-marine ; le ventre est blanchâtre. On le trouve dans presque toutes les mers. On le pêche assez souvent dans la Méditerranée et l’Océan, dans la mer du Sud, aux Indes orientales, à la Jamaïque, à Taïti, etc. Il atteint la dimension du requin et n’est pas moins redoutable que ce dernier. Ses lents sont en plus petit nombre que celles des autres squales ; néanmoins, sa voracité est extrême. On mange rarement sa chair ; mais son foie, à l’aide de quelques préparations, fournit un assez bon mets aux habitants des bords de la Méditerranée. On le connaît aussi sous le nom de bleu.

— Moll. Les glauques sont do jolis petits mollusques" marins, à corps gélatineux, allongé, un peu aplati, terminé en pointe en arrière, et orné des plus riches couleurs. Leur peau est très-contractile, et leurs branchies, d’un beau bleu foncé, sont disposées pour la natation. Par contre, leur pied est très-étroit et presque rudirnentaire. Aussi ces mollusques’ rampent-ils très-peu ; mais ils sont fort bons nageurs. On les rencontre en troupes nombreuses dans la haute mer, et ils nagent tantôt lentement, tantôt avec agilité, à la surface des Ilots, mais toujours dans une position renversée. Quand ils éprouvent quelque souffrance, on les voit se contracter et se rouler en cercle ; exposés hors de l’eau, ils se décomposent promptement. Un en connaît deux espèces, qui vivent dans l’Océan et la Médi- / terranée.

GLAUXs. m. (glô). Bot. Genre de plantes de la famille des salicariées, qui croît surtout sur les plages maritimes. ! ! On dit aussiGLMjCEs.f.

— Encycl. Le glaux maritime est une petite plante à tiges menues, rameuses, étalées sur le sol, garnies de petites feuilles très-rapprochées, sessiles, ovales, glauques, un peu charnues ; les rieurs sont petites, axillaires, blanches, teintées de pourpre. Le fruit est une petite capsule globuleuse, à cinq valves, à une seule loge polysperme. Celte plante croit ; comme I indique son nom spécifique, dans les lieux maritimes ; elle est plus commune dans le Nord que dans le Midi. Les bestiaux la broutent, et, si elle ne leur fournit pas une nourriture abondante, elle contribue néanmoins k la bonté des pâturages maritimes et a la saveur de la chair des animaux. On attribuait autrefois au glaux, pris en décoc GLED

fion, la propriété d’augmenter la sécrétion du lait chez les nourrices. Cette croyance existe encore dans quelques pays.

GLAYE s. f. (gîê). Techn. Fermeture de la tonnelle du four à glaces.

GLAYEUL s. m. (gla-ieul). Bot. Autre orthographe dll mot GLAÏlvUL.

GLAYRE (Maurice), homme d’État suisse, né à Lausanne en 1743, mort en 1820. Pendant un voyage qu’il fit en Pologne, il fut présenté à Stanislas Poniatowski, qui, devenu roi, le nomma son secrétaire de cabinet (1764), puis l’envoya à Saint-Pétersbourg en qualité de secrétaire d’ambassade. Bientôt après, Glayre fut nommé ministre résident auprès de la même cour. Les services qu’il rendit dans ces fonctions lui valurent des lettres de grande naturalisation et le titre de conseiller intime (177 1). Lorsque, l’année suivante, la Russie, la Prusse et l’Autriche procédèrent au premier partage de la Pologne, Glayre engagea le roi Stanislas à déposer une couronne qu’il ne pouvait plus porter avec honneur, et s’efforça de le dissua-der de se rendre à Mohilew auprès de l’impératrice Catherine et de l’empereur Joseph (1787). Voyant qu’il ne pouvait plus servir utilement son pays d’adoption, Glayre retourna en Suisse, où il se maria. Lorsque éclata dans ce pays une révolution qui suivit —bientôt celle dont la France était le théâtre, il prit une grande part à l’émancipation du canton de Vaud, où il était né, mais, en même temps, il fit tous ses efforts pour empêcher les violences, pour ramener ses concitoyens a la modération et à la concorde. Devenu membre du Directoire de la république helvétique (1798), il se rendit à Paris pour obtenir que le territoire de la Confédération fût considéré comme un territoire neutre. Il échoua, se démit de ses fonctions et vécut, à partir de ce moment, dans la retraite. On a de lui des Lettres sur l’Helvétie.

GLÈBE s. f. (glè-be — du lat. gleba, motte de terre). Motte de terre ; sol en culture ; fonds de terre : Les esclaves attachés à un domaine, à une métairie, chez les Romains, s’appelaient esclaves de la glébk, attachés à la GUîuLi. (Acad.) Combien de gens sont amoureux de ta glèbe qu’ils ont remuée ! (Buff.) Pour rendre la Qlêbe féconde, De sueur.il faut ramollir.

Lamaïitinb.

— Féod. Sol auquel les serfs étaient attachés : L’esclavaye de la glèbe s’établissait quelquefois après une conquête. (Montesq.) En Itussie, on vend toujours les serfs avec la glèbe à laquelle ils sont toujours attachés. (De Custine.) il Droit de la glèbe, droit annexé à la glèbe, Nom donné à certains droits incorporels attachés à une terre, comme te

droit de patronage et le droit de justice.

— Acal. Nom donné à un corps marin que l’on regarde comme étant un organe natatoire d acalèphe.

GLÉCHOME ou GLÉCOME s. m. fglé-ko-me

— du gr. gtechon, espèce de menthe). Bot. Genre de plantes de la famille des labiées.

— Encycl. Le genre j/éc/iome.renferme un petit nombre d’espèces, dont la plus connue est le gléckome hédéracé, qui est vulgairement désigné sous les noms de lierre terrestre, herbe de Saint-Jean, rondotte, terretle, etc. C’est une plante vivace, à racines fibreuses, à tiges rampantes, portant das feuilles opposées, arrondies, crénelées, de l’aisselle desquelles naissent des rieurs violettes.ou purpurines. Elle est commune dans toute 1 Europe et croit dans tous les lieux humides, dans les buissons et les haies, le long des murs, etc. Ses fleurs s’épanouUsent un premier printemps. Cette plante exhale une odeur aromatique assez ugréable ; sa saveur est acre et amère. Elle possède les propriétés générales des labiées. On emploie ses feuilles en infusion théiforme. Le gléchotne ou lierre terrestre est fréquemment employé en médecine. Son infusion est légèrement excitante et facilite l’expectoration. Ou l’a vantée contre les catarrhes pulmonaires chroniques, l’asthme, les affections ealculeuses, la phthisie, les maux de tête, etc. Sa réputation était bien plus grande autrefois. On la rangeait parmi les meilleurs vulnéraires. Sa décoction passait pour un remède souverain contre les chutes, l’épaississement du sang, la difficulté de respirer, les douleurs de la colique, la dyssenterie, etc. Enfin, on l’estimait comme diurétique. On prétend que les feuilles de cette plante, infusées dans la bière, lui donnent plus de limpidité. Les bestiaux broutent le lierre terrestre, mais sans le rechercher. Il se forme souvent, dans la substance même des feuilles de cette labiée, des galles dures et globuleuses.

GLEDITSCH (Jean-Théophile), botaniste allemand, né à Leipzig en 17U, mort en 1788. Il se fit recevoir médecin, mais s’occupa à peu près exclusivement de botanique, surtout de botanique appliquée à l’économie rurale, fit de nombreuses excursions scientifiques en Allemngrie, et devint, en 1740, professeur à l’amphithéâtre anatomique et directeur du jardin botanique de Berlin. Il fut enfin chargé de faire un cours publie sur la science • forestière. Gleditsch acquit une grand» réputation par son enseignement et surtout par ses ouvrages, pleins de recherches exactes et savantes, et écrits avec une

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grande clarté. Clayton a donné, en son honneur, le nom de gleditschia à une plante de la famille des légumineuses. Ses principaux ouvrages sont : Methodus fungorum (Berlin, 1753, in-8°) ; Systema plantarum a staminum situ (Berlin, 1764) ; Mélanges de physique, de botanique et d’économie (1765) ; Considérations sur l’apiculture (1769) ; Catalogue de plantes utiles et agréables aux amateurs, aux jardiniers, etc. (Berlin, 1773, in 8°) ; Introduction systématique à la science forestière ramenée à ses principes physiques et économiques (1774) ; Histoire théorique et pratique de toutes les plantes médicinales, culinaires, etc. (1777) ; Botanique médicale (1788-1789, 2 vol. in-8°) ; Mélanges économiques et botaniques (1789, 3 vol. in-8»),

GLEDITSCHIA s. m. (glé-di-tchi-a — de Gleditsch, bot. allem.). Bot. Nom scientifique du genre févier. Il On dit aussi gléditsii ;.

GLEE s. ta. (gli — mot angl, qui signifie gaieté). Mus. Genre de musique usité en Angleterre, et qui consiste en des morceaux à 2, 3, 4 ou 5 voix uniques.

GLÉE s. f. (glé — du gr. gloios, faible). Eniom. Syn. de cérastis, genre d’insectes.

GLEI Cil (Joseph-Aloys), postédramatique et fécond romancier allemand, né à Vienne en 1772, mort en 1841. Il a composé près de 200 romans, la plupart dans le genre d’Anne Radelilfo, tels quo le Chevalier noir, Herald pu la Guerre des couronnes, etc. On a aussi de cet infatigable écrivain un grand nombre d’ouvrages dramatiques populaires. Son Théâtre comique a été publié à Brùnn en 1821.

GLEICHEN, château fort de l’Allemagne, dans l’ancienne Thuringe, entre Gotha et Arnstadt. C’est, à proprement parler, un groupe de trois châteaux : celui de Vandersleben, celui de Muhlberg et celui de Waohsenburg. Le château de Vandersleben est

mentionné pour la première fois dans l’histoire en 1088 ; cette année-là, Ëkbert II, margrave de Thuringe, y fut assassiné par l’empereur Henri IV. Le château de Milhlberg, situé à l’ouest du précédent, et dont la tour a 23 mètres de haut, offre des ruines très-pittoresques. Il a appartenu tour à tour aux

comtes de Milhlberg, aux margraves de Meissen, à l’archevêque de Mayence, aux comtes de Henneberg, à la ville d Erfurt, et enfin à la Prusse, qui le possède aujourd’hui. Le château de Wachsenburg, fondé, en 933, par l’abbé de Hersfeld, changea souvent de possesseurs. Des ruines de cette forteresse on découvre un magnifique panorama.

Le château de Gleichen a donné son nom à un comté, dont les possesseurs s’appelaient, antérieurement au xine siècle, comtes de Tonna. La famille, de ces comtes s’est perpétuée jusqu’en 1630. Ses différentes possessions passèrent alors aux maisons de Waldeck, de Hohenlohe et de Schwarzbourg, tandis que le château et les parties qui.relevaient de l’électorat de Mayence furent donnés en fief à la maison de Hatzfeld-Trachenberg, après l’extinction de laquelle ils retournèrent à l’électoral de Mayence et, de là, par suite des événements politiques du commencement de ce siècle, à la Prusse et’ au grand-duché de Saxe-Weimar.

D après une légende, un des comtes de Gleichen, fait prisonnier en combattant contre les Turcs et’ emmené en esclavage, fut délivré par la fille de son maître, sous promesse qu’il l’épouserait ; mais, comme il avait femme et enfants, et que, cependant, il ne voulait pas manquer a sa promesse, il détermina sa femme légitime à accepter la compagnie de la jeune musulmane, et ils firent & trois un ménage fort heureux. Une pierrecommémorative, sur- laquelle ce comte de Gleichen est représenté avec ses deux femmes, et qu’on voyait dans l’église du couvent de Petersberg, près d’Erfurt, est placée depuis 1813 dans la cathédrale d’Erfurt. Des recherches récentes ont prouvé que la forme au moins de cette légende est empruntée à l’un de nos vieux romans, où il est question do la bigamie de Gilles de Trasignies, chevalier du Hainaut.

GLEICHEN (Frédéric-Guillaume de), surnommé Kuaanorui, savant allemand, né a Baireuth en 1717, mort en 1783.11 suivitavec distinction la carrière des armes, devint lieutenant-colonel et grand écuyer de la cour

de Baireuth, prit sa retraite en 1756 et reçut le titre de conseiller privé, À partir de ce moment, Gleichen s’adonna entièrement à l’étude de la philosophie, des sciences naturelles et, pendant plus de vingt ans, fit des observations, à l’aide du microscope, sur les infusoires et les animalcules spennatiques. En même temps il s’occupa de chimie, inventa une espèce de toile imperméable, découvrit un procédé pour sécher le tabac, etc. Gleichen a composé en allemand plusieurs ouvrages, dont les principaux sont : Découvertes les plus nouvelles dans le domaine des plantes ou Représentations et observations microscopiques des organes générateurs (Nuremberg, 1764, in-fol., avec planches), irad. en français par Isenflamra (1770) ; Principales découvertes microscopiques faites chez tes plantes, fleurs, insectes, etc. (1777) ; Truite des animalcules sperniatigues et infusoires et de la génération (1778, iti-S0) ; De la naissance, du développement, de la transformation et de la destinée du globe terrestre (mi, in-8°) ; Traité du microscope solaire (1781, in-4").

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GLEICHEN (Charles-Henri, haron de), diplomate danois, d’origine allemande, né à Reinersdorf, principauté de Baireuth, en 1735, mort à Ratisbonne en 1807. Il est surtout connu par les intéressantes études qu’il fit, à Paris et à Versailles, comme ministre de Danemark, sut la société française du xvme siècle. Au sortir de l’université de Leipzig, OÙ il eut Gellert pour ami, il Ht à Paris, âgé de dix-neuf ans a peine, un promier voyage, où il ébaucha quelques connaissances ; on le présenta à Mtae Geoffiin, à Mme de Graftigny et dans les salons philosophiques ; il y prit un tel goût pour la société et les lettres françaises qu’il devint dès lors presque Français. Déjà, en 1743, il avait vu Voltaire à Baireuth, chez la margrave ; cette digne sœur du grand Frédéric retrouvant Gleichen, en 1755, jeune homme déjà accompli et d’excellentes manières, le choisit pour l’accompagner en Italie.

« L’année 1756, dit-il dan9 ses curieux Mémoires, a été la plus heureuse de ma vie ; elle m’a comblé, à l’âge de vingt ans, de toutes les jouissances de l’Italie et de Paris. Je vivais à Rome au sein des beaux-arts et chez le comte de Stainville, alors ambassadeur de France ; dans l’intimité d’une sociè.é dont les agréments étaient au-dessus de tout ce que j’ai trouvé depuis, à Paris, de plus exquis en ce genre. »

Le comte de Stainville, dont il est ici question, n’est autre que le duc de Choiseul, ’ qui portad’abord le nom de Stainville. Gleichen se rencontra aussi avec la duchesse de Choiseul, alors comtesse de Stainville, pour laquelle il conçut, dit-on, des sentiments plus tendres que ne le comporte la simple amitié. Chargé

f>ar son souverain d’une instance à suivre àv a cour de France, il revint faire à Paris un séjour de quelques mois (1759), qu’il passa dans l’intimité de Grimm, du baron d Holbach, de Diderot. Les rares qualités du jeune diplomate, ses manières ouvertes, sa bonne mine, l’agrément de sa conversation lui attirèrent partout de puissantes sympathies. Le duc de Choiseul s employa activement pour lui faire obtenir un poste plus considérable que celui de ministre d’un petit État comme Baireuth ; il eût voulu lui faire confier d’emblée les fonctions de ministre de Danemark à Paris ; mais la faveur dont jouissait le titulaire, qu’il eût fallu éloigner, empêcha d’abord la réalisation de ce projet ; on obtint seulement du roi de Danemark que Gleichen. serait envoyé en la même qualité à Madrid. Il y passa irois années, de 1760 à 1763. Rappelé près la cour de Versailles en juin 1763, il occupa jusqu’en 1770 le poste ’diplomatique qu’il ambitionnait, et son rappel coïncide presque, avec la chute de son protecteur, le duc de Choiseul. Pendant cette période, il eut à s’occuper, pour le Danemark, des questions les plus délicates, soulevées par 1 ambition de la Russie et nécessitant un rapprochement plus étroit de la cour de Copenhague avec celle de Versailles ; il coopéra à l’entente qui s’établit en tre les pays Scandinaves et la France, pour dérober le commerce maritime au despotisme de l’Angleterre et de la Hollande, et régla le payement d’anciens subsides dus par la France depuis les traités de 1749 et 1753. Ces services éminents lui méritèrent la croix de chevalier de l’ordre de Danebrog. Lors du voyage que fit en France le roi de Danemark, en 1768, ce fut le baron de Gleichen qui le reçut et l’accompagna partout. Il encourut néanmoins la défaveur du comte de Bernstorf, qui le lit rappeler et qui, revenu de ses préventions mal fondées, l’envoya à Naples. Il y conclut, en 1770, un traité avantageux pour le commerce danois ; mais, l’année suivante, son prédécesseur à cette cour, le comte d’Ostein, ayant remplacé Bernstorf au roi nistère, supprima le poste diplomatique de Naples. On offrit au baron de Gleichen, comme compensation ; celui de Stuttgard ; mais il refusa et demanda à prendre sa retraite.

Libre à trente-six ans de toute charge publique et suffisamment riche pour s’en passer, il résolut de se livrer tout entier à son goût , pour les lettres et la société française, et re’ vint se fixer à Paris. Le duc de Choiseul était disgracié ; il alla le voir dans son exil, à Chanteloup, et, renouant tous les liens que ses diverses missions diplomatiques avaient momentanément relâchés, il vécut en France

jusqu’aux approches de la Révolution. À cette époque, il retourna à Baireuth, puis se fixa à Ratisbonne, où il mourut âgé de soixante-douze ans, au moment où Napoléon foulait toute l’Allemagne en conquérant.

À Ratisbonne, le baron de Gleichen employa ses loisirs à étudier la philosophie et publia, entre autres ouvrages, ses Hérésies métaphysiques (1791), traduites en français sous le titre À Essais theosophiques (1792) ; Pensées sur divers sujets de la politique et des arts libéraux (1797). Enfin il composa le plus remarquable de ses livres, ses Denkwùrdigkeitea (Mémoires), qui n’ont été imprimés qu’en 1847 (Leipzig, in-8°). Il a consigné dans ces Mémoires tous ses souvenirs et divers témoignages de l’affection de ses amis ; on y trouve, entre autres, de curieuses lettres de ilmo de Choiseul, de la margrave de Baireuth, du marquis de Mirabeau et de quelques autres personnages du xvme siècle. Doué d’un rare esprit d’observation, il a finement étudié toute cette société, si raffinée et si portée à la superstition, si audacieuse dans ses idées de réformes religieuses et sociales,