Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/117

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de se réconcilier, de s’aimer pour lui, de lui épargner ces douloureuses disputes qui pouvaient lui faire tort dans Maleval…

L’après-midi d’un jeudi, Jean était sorti avec les enfants pour faire une promenade aux environs. Il avait voulu profiter d’une éclaircie qui avait refoulé aux bords de l’horizon les nuées errantes. Rose et Paul marchaient auprès de lui et il poussait dans une voiture d’enfant les deux bessonnes. Il était presque tranquille, car depuis plusieurs jours Caussette et Louise ne s’étaient point chamaillées et il les avait laissées, calmes en apparence, dans la cuisine. Même Caussette, importunée par ses instances et pour avoir la paix, lui avait promis de descendre un moment sur le perron chauffé par les rayons clairs du soleil.

Une demi-heure s’écoula après le départ de Jean et des petits. Louise ravaudait des bas près de la fenêtre, au soleil. Caussette, immobile, était assise non loin du feu presque éteint, près de la porte de sa chambre, en sentinelle.

Le silence régnait ; on n’entendait que le tic-tac du réveil posé sur un coin de la cheminée et au dehors les guilleris des moineaux et la voix grave d’un paysan qui labourait son champ et qui, par intervalles, gourmandait les deux mules de son attelage.

Louise, à travers la vitre, le regarde faire ; les allées et venues du laboureur l’intéressent. La charrue luisante s’enfonce dans la terre grasse et humide, ouvrant un large sillon rougeâtre qui fume au soleil. Au fond, sur le ciel bleu, s’élèvent les montagnes que piquent d’un bouquet de verdure les platanes de la promenade. Deux ou trois vieillards adossés à un mur de pierres sèches, en face de l’école, causent entre eux, les yeux mi-clos, comme près de sommeiller, la tête appuyée sur leur bâton. Ce simple et paisible tableau charme le regard de Louise. Elle regrette de ne pas être sortie avec Jean : il doit faire si bon au dehors. Elle se sent mieux. Le