Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/119

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— Si c’est possible de pleurnicher ainsi pour un simple rhume, — murmure Louise, agacée et s’agitant sur sa chaise qui craquète.

— Pardi ! — riposte l’aveugle qui a entendu, — un rhume ce n’est rien. En tout cas, j’en connais de plus douillettes que moi et qui aiment à se faire dorloter comme de belles madames.

— Vous êtes une mauvaise ! — s’écrie Louise blessée et toute à ses rancunes. — Vous n’avez jamais su dire et faire que des méchancetés.

— Si je les dis, d’autres les pensent. Ah ! je n’ai qu’un simple rhume ! Pardi, vous préféreriez me clouer entre quatre planches, je le sais bien… Mais je ne suis pas prête à partir encore. Il y en a qui seraient trop heureux de me voir crever là.

— C’est trop, c’est trop, — crie Louise, hors d’elle-même. — Vous n’êtes qu’une vilaine femme et puis… et puis… tant pis, si vous mourez, on ne mettra pas, bien sûr, le crêpe à l’âne. Une fameuse avare de moins.

Caussette s’est levée et, le bras tendu comme pour une malédiction, elle clame, haletante :

— Avare, moi !… Ah ! je le sais bien que tu veux me faire dépouiller par mon fils… C’est toi, toi qui le pousses… Tu me fais espionner par les enfants… Ce n’est pas vrai que j’aie de l’argent.

— Alors, pourquoi faites-vous si bonne garde ? Vous êtes toujours fourrée dans votre chambre et ce n’est pas étonnant, si vous avez pris mal… Est-il permis de se méfier ainsi, d’être si avare et de laisser son fils dans la misère plutôt que de toucher à son magot… Mauvaise mère ! mauvaise mère !

— Non, non… Oh ! la vilaine femme qui m’a gâté mon fils.

— Menteuse, ce n’est pas vrai…

— Si, si, tu veux me voler… tu veux qu’il m’envoie à l’hôpital… Mangeuse, sans-le-sou !… Non, je ne la vendrai