Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/120

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pas ma terre… Ah ! il te faut de l’argent pour soigner ton joli museau… On travaille alors, feignante ! on ne fait pas la malade pour se payer de bonnes tranches de gigot. Tu nous as ruinés, tu nous mines, paresseuse, paresseuse ! propre à rien !…

— Oh ! mon Dieu ! — s’exclame Louise vibrante de colère. — Etre traitée ainsi !… ma mère ! ma mère ! je veux m’en aller, je veux m’en aller.

— C’est ce que tu pourrais faire de mieux… Quel débarras pour mon pauvre enfant qui se tue pour toi !…

Ces mots exaspèrent Louise ; elle s’avance vers l’aveugle qui semble la défier. Pâle comme une morte, la voix sifflante, elle lui crie, à mots entrecoupés :

— Non, je ne m’en irai pas… je suis ici chez moi… Ah ! vous m’accusez de vouloir vous voler… Eh bien ! oui, je le ferai… je briserai votre malle… je prendrai tout, tout… et je le jetterai dans la rue, mauvaise mère…

Caussette a peur ; elle recule, les bras en avant dans un geste de défense ; puis tout à coup, à tâtons, renversant sa chaise, elle s’enfuit dans sa chambre, s’y enferme d’un tour de clef, terrifiée par la voix furieuse et égarée dé sa belle-fille qui la menace encore :

— Oui, vieille sorcière, méchante avare… je te volerai, je te volerai…

Louise n’en peut plus ; sa surexcitation tombe et elle s’affale sur une chaise, sanglotant éperdument, le cœur battant à se rompre, presque défaillante. Dans sa chambre, Caussette ne remue point ; assise sur sa malle, les dents claquant de peur et de froid, elle redoute que sa belle-fille ne mette sa menace à exécution.

— Seigneur Jésus ! — soupire-t-elle ; — elle en est capable, elle me volera, elle me volera !

Elle écoute ; elle entend pleurer Louise. Sa crainte disparaît aussitôt et, le visage haineux, elle ajoute :