Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/128

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Jean qui, à cause du délire affreux de sa mère, avait refusé tout secours des voisins, se hâta de clore les paupières rebelles de la morte et de jeter un coin de drap sur ce masque terreux, encore si grimaçant d'épouvante et de haine qu'il ne put le regarder une dernière fois sans éclater en sanglots...

La nuit suivante, Louise et Jean, après le départ des voisines, restèrent seuls dans la chambre mortuaire. La fin terrible de Caussette les avait laissés éperdus de honte et d'effroi. Ils n'osaient rien dire, ni tourner les yeux vers le cadavre, rigide sous la blancheur du suaire qui le recouvrait entièrement. Deux bougies brûlaient sur la commode, auprès d'une assiette pleine d'eau bénite où trempait un rameau d'olivier.

Cependant, à la fin, Jean tressaillit et s'arracha à son rêve douloureux; il regarda sa femme et murmura :

— A quoi bon rester là, Louise ?... tu te fatigues en vain... Va te coucher, je veillerai seul et je dormirai sur cette chaise.

Louise obéit; mais, avant de se retirer, elle embrassa nerveusement son mari ; puis, après une hésitation, lui dit d'une voix blanche :

— Dis, pourquoi ne regarderais-tu pas dans la malle maintenant ?...

Jean sursauta et se dressa d'un bond. Il devint blême :

— Non, non, pas encore, — dit-il. — Attends qu'on l'ait emportée... Demain, demain...

Il frissonna comme s'il semblait craindre que la morte ne se levât, au premier pas fait vers la malle qui reposait, noire, au pied du lit funéraire.

Pourtant, quand Louise se fut éloignée, il ne put s'empêcher de se dire, au fond de lui, que sa situation allait enfin changer et s'améliorer ; mais il aurait souffert dans sa piété filiale de s'en réjouir, surtout dans la terreur que lui laissait la mort de sa mère. Aussi pour chasser ces mauvaises idées