Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/129

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d'argent, il contempla le drap, plaqué d'ombres, où s'accusaient les formes grêles du cadavre. Il se reporta au temps lointain de son enfance et se recorda les soins de sa mère alors que, non aigrie par le malheur, elle était la femme douce et bonne qui, souriante, se penche sur le berceau. Accablé de désespoir et de regret, il eut une révolte contre cet argent qui, seul, aux derniers jours, les avait séparés. Tout à sa douleur, il passa la nuit à sangloter et à rêver du passé, dans l'isolement et le silence de cette veillée funèbre, le cœur plein de reconnaissance et de pardon.

XIX

Le jour de l'enterrement, Jean pleura sincèrement sa vieille mère. Au cimetière comme à l'église, il ne voulut se rappeler que la vie misérable de la brave femme d'autrefois. Au moment où le cercueil disparaissait dans la fosse, il envoya du fond du cœur un dernier adieu à sa mère. Ce fut avec une grande tristesse qu'après avoir reçu la poignée de main banale et les condoléances gauches des paysans, il reprit le chemin de sa maison.

Mais à peine eut-il pénétré dans le vestibule et fermé la porte derrière lui, Jean se sentit tout à coup débarrassé d'un poids énorme. Une joie, imprécise d'abord, submergea toutes ses tristesses. Impérieuse, l'idée de l'argent que lui laissait sa mère s'empara de son esprit. Puis, il en eut honte, car la vision nette de Caussette agonisante et accroupie sur sa malle lui apparut brusquement. En montant l'escalier, il décida qu'il attendrait encore, pour se punir du désir impatient qu'il avait eu de courir à la chambre de sa mère. Les quelques marches qu'il avait déjà enjambées, il les redescendit et