Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/134

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— La pauvre chère vieille ! — murmura-t-il tout triste et attendri ; — a-t-elle dû s’en donner du mal pour amasser tout cela, avec le peu qu’elle gagnait… Ce n’est pas étonnant qu’elle y tînt tant… C’était là le fruit de bien des peines, l’épargne de bien des repas faits avec un morceau de pain biset quelques figues ou amandes sèches… Pauvre mère, combien peu de joie elle a eu dans sa vie misérable… Et elle est morte, en croyant que nous voulions la dépouiller, et que nous lui mentions !…

Deux grosses larmes roulèrent de ses yeux. Sa profonde émotion gagna Louise. Ils s’embrassèrent en pleurant. Ils remirent l’argent dans le sac.

— Deux cent cinquante-deux francs ! — dit Jean, — c’est une fort jolie somme pour nous. Avec ce que je retirerai de la vente de la terre, nous voilà bien remis à flot… Si nous ne sommes pas riches, au moins nous ne devrons plus rien et nous aurons désormais la tranquillité.

Et il déclama :

Qui vit content de peu possède toute chose !

De nouveau, à manier cet argent qu’il avait hier encore tant maudit, il oubliait, malgré lui, son attendrissement de tout à l’heure. La joie aux yeux, la poitrine dilatée, il respirait à l’aise et même il dut faire effort pour ne pas fredonner ainsi qu’il en avait l’habitude, quand il était heureux.

Pendant que Louise reficelait le sac, Coste prit son carnet et, compulsant les factures étalées sur la commode, fit le relevé de toutes ses dettes. Tant au tailleur de Peyras, tant au boucher, tant à celui-ci, tant à ceux-là, il n’en finissait plus d’aligner des chiffres. Tout en additionnant, il trouvait que ces sommes parfois si petites faisaient peu à peu un bien gros total.

— … et 3, — dit-il enfin, — font 42. Soit plus de quatre cents francs à payer, bien entendu avec les frais du médecin