Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/158

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testations s’élèvent, gagnent les groupes qui s’invectivent, grondent jusque dans la salle du vote, malgré les chut énergiques du maire.

Six heures sonnent. A peine le roulement du tambour annonce-t-il que le scrutin est clos, que les discussions et les disputes commencent autour de l’urne. Des injures sont proférées contre le maire. Sans hésiter, M. Rastel donne l’ordre aux gendarmes de faire évacuer la salle. Les scrutateurs restent seuls autour de la table où l’on compte les bulletins. Parmi eux, un conservateur — le seul — gesticule très irrité. C’est Gustou, maigre et long comme un jour sans pain, celui qui aspire à remplacer Coste comme secrétaire de la mairie.

Les autres se massent, au fond, sur le palier, où l’on vient de les refouler non sans peine et non sans protestations indignées. Les vantaux de la porte sont restés grands ouverts ; de chaque côté un gendarme, le sabre au poing. On entend les dents grincer de colère. La chaleur est suffocante ; par intervalles, un roulement sourd de tonnerre se mêle au brouhaha du dehors, où l’on paraît se chamailler ferme. Dans la salle, on discute âprement chaque bulletin taché, mal rayé ou douteux.

La voix de Gustou clame tout à coup :

— C’est trop fort, il n’y a que nos bulletins qui soient tachés ou annulés.

Et tandis que son poing martelle la table, il se tourne vers la porte et hurle :

— On nous vole, camarades !

Une clameur lui répond ; un remous se produit sur le palier ; des bras se tendent, des poings menacent. Les boiseries de la porte craquent sous la poussée. Les gendarmes ont peine à empêcher l’invasion de la salle. Puis une reculade, mais les cris redoublent dans l’escalier où l’on entend glapir des voix de femmes et s’injurier des voix d’hommes.