Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/159

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M. Rastel, cramoisi, s’éponge de plus belle, mais, digne, il ne cesse de répéter :

— Du silence et du calme, messieurs ; respect à la loi et à l’autorité.

Soudain, il est apostrophé par Gustou qui crie :

— Monsieur le maire, on a escamoté nos bulletins… c’est scandaleux.

— Fous la boîte par la fenêtre… Zou, Gustou ! — clame une voix venant du palier.

Coste qui est debout près de la fenêtre du fond croit devoir dire en s’avançant :

— Vous donnez là un fort mauvais conseil à votre ami… Il risque la prison.

— Toi, tais ton bec, — lui riposte-t-on. — Tu es de la clique et tu es aussi voleur qu’eux !

Fouetté par ces mots, il ouvre la bouche pour répondre vertement à l’insulteur. Mais un bruit s’élève dans la salle, derrière lui. En même temps, les hommes dégringolent l’escalier, les uns furieux, les autres criant :

— Bravo, Gustou, bravo !

Coste s’est retourné ; il a tout au plus le temps de voir Gustou se jeter sur l’urne ouverte et contenant encore la moitié des bulletins, s’en emparer avant qu’on pût s’interposer, courir vers le balcon et flanquer le tout au dehors.

Ahurissement. M. Rastel se frotte les yeux, comme s’il rêvait. Les gendarmes ont saisi au collet Gustou qui se débat et cherche à s’enfuir.

En bas, des clameurs retentissent. Aux clartés du soleil rouge que couvrent déjà les nuées orageuses qui montent et envahissent le ciel, l’urne vole de main en main, tombe et rebondit sur le sol, mise en pièces à coups de talon. Les bulletins s’éparpillent çà et là, piétinés, déchirés en un rien de temps. Les femmes sont les plus enragées. On se bouscule, on échange des coups de poing.