Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/165

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depuis que l’état général de sa santé s’améliorait. Ses nuits étaient calmes, ses insomnies moins fréquentes ; elle aussi renaissait à l’espoir, se sentait pleine de courage et commençait, quoique aidée encore par Jean, à s’occuper des travaux de la maison.

La femme de ménage ne venait plus que pour laver le gros linge et faire les besognes les plus pénibles. Même on parlait de la congédier avant peu. Depuis la venue des beaux mois, les dépenses de bois et de lumière étaient presque nulles. Aussi vivait-on assez bien, quoique au jour le jour. Les bessonnes, alimentées par le lait de la chèvre qui ne coûtait rien à nourrir, prospéraient. Jean avait recouvré sa gaieté insouciante. Rêves et projets s’envolaient des lèvres caqueteuses et l’appartement, ouvert à la joie du dehors, s’emplissait de chants et de baisers. Enfin, on avait quelques sous dans l’armoire et Jean qui était fumeur se permettait comme extra, deux ou trois fois par semaine, un cigare de dix centimes. Il en aspirait voluptueusement la fumée, soit pendant ses promenades, étendu à l’ombre sur l’herbe nouvelle, soit dans son jardinet en fleurs, tout en lisant son journal, en bras de chemise. Il se flattait d’avoir surmonté la déveine et se déclarait heureux.

Presque chaque soir, après la classe, il partait, suivi de tout son monde, alors que la grosse chaleur était tombée. Paul flanqué de Rose conduisait fièrement Mémé, ainsi qu’ils appelaient la chèvre. Jean poussait la voiture où tête-bêche étaient allongées les deux bessonnes. Louise cheminait à côté, de nouveau jolie et coquette ; elle bavardait avec son mari ou riait avec lui des efforts combinés de Paul et de Rose tirant sur la corde pour maîtriser les écarts indociles de la chèvre et la ramener dans le droit chemin. On s’en allait, vers les combes qu’embaument la lavande et la férigoule, paître Mémé parmi les herbes odorantes et savoureuses qui pointent aux fentes et dans les éboulis de rocs ou qui surgis-