Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/169

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palité, vous allez avoir vos coudées franches… Vous pourrez venir plus souvent à la cure…

Mais il remarqua le trouble de Coste et lui demanda :

— Qu’avez-vous donc, mon ami ?… Vous êtes si pâle et si abattu…

— Ah ! monsieur le curé, je suis trop malheureux. Ce qui me désole, c’est justement la nouvelle municipalité. Dès que le maire sera élu, paraît-il, je vais être révoqué de mes fonctions de secrétaire…

— De vaines menaces pour vous faire peur… Je n’y crois pas… Allons donc, est-ce possible ? qui mettraient-ils à votre place ?

— Mais Gustou, le cousin de M. Pioch, le futur maire.

— De quoi irait-il se mêler celui-là ? n’a-t —il pas assez de besogne avec ses terres ?

— C’est cependant ce qu’on va faire, j’en suis certain… et c’est pour moi un coup terrible… la misère…

Coste avait prononcé ce dernier mot à voix basse, dans un sanglot. Alors le souvenir de ce qu’il avait souffert jadis lui remonta au cœur ; humblement, sans honte, il raconta sa vie passée au prêtre ému ; depuis la mort de sa mère, grâce à son héritage, il avait enfin retrouvé le calme, presque le bonheur, dans la paisible médiocrité de son existence. Faudrait-il le perdre une fois encore ?

— Car, — ajouta-t-il, — si l’on m’enlève ces deux cent cinquante francs, c’est à recommencer… Déjà, je joignais tout juste les deux bouts… j’ai tant de charges, vous le savez, et pas d’autres ressources que mon modique traitement… Vingt francs de moins par mois, c’est tout de suite la gêne… Avec soixante-dix-neuf francs, cinquante-deux sous par jour, que ferai-je ?… Je vais être obligé de m’endetter, car la santé de ma femme exige encore de grands soins… et les dettes, ça croit comme les champignons… D’ailleurs, je n’ai plus un sou à espérer de personne… Comment m’acquitterai-je, si je