Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/168

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et ne songeait guère plus à l’avenir, satisfait à jouir du présent…

Et Jean Coste se demandait anxieusement, l’angoisse au cœur, si ce bonheur calme, fait de normales et sûres joies, allait crouler tout d’un coup et l’affreuse, la terrible gêne dont il avait tant souffert jadis se glisser, s’installer dans son ménage. Hélas ! il ne pouvait s’y tromper. Les nouveaux élus, dès le lendemain, prirent bruyamment possession de la mairie, abandonnée par M. Rastel, qui avait juré de se confiner désormais dans son mas, et ils s’y établirent tout de go comme en pays conquis. Leur attitude blessante, leurs mines renfrognées, les ordres brefs qu’ils donnèrent, tout disait assez l’animosité qu’ils avaient contre l’instituteur-secrétaire. Celui-ci se multipliait, aurait voulu les attendrir par son humilité et s’évertuait en vain à faire preuve de soumission et presque de servilité. Et eux, triomphants, de ricaner sans pitié et de se dire :

— Il crève de peur ; mais il a beau faire, trop tard… Ah ! mon bonhomme, tes deux cent cinquante francs vont boire un coup.

Coste redoutait trop l’avenir pour se révolter devant ces mines hostiles et ces chuchotements qu’il devinait pleins de menaces.

— C’est pour les miens, — murmurait-il.

Et cette pensée le soutenait et lui donnait la force de tout supporter. Pourtant, il comprit qu’à lui seul il ne désarmerait pas l’hostilité qu’on lui témoignait. C’est pourquoi un soir, il entra au presbytère, désolé, crevant de peur, en effet, à l’idée de retomber dans la misère des jours anciens et n’ayant plus comme unique ressource que l’espoir de la démarche qu’il allait prier le curé de tenter en sa faveur.

En l’apercevant, l’abbé Clozel dit :

— Eh bien ! mon ami, qu’est-ce qui vous amène chez moi ?… Il est vrai que maintenant, avec la nouvelle munici-