Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/174

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enfants chez eux. D’ailleurs, à cette époque de l’année, l’école est peu fréquentée, chôme presque, à cause des travaux champêtres. Parmi ceux même qui furent les plus fidèles, beaucoup petit à petit s’arrangèrent pour ne pas payer le maître. Au surplus, ils prétendaient que l’instituteur n’avait pas grand’peine et qu’au lieu de faire travailler les enfants, — ce qui n’avait nullement été convenu, — il les laissait presque toujours en récréation et s’occupait alors de ses propres affaires.

Tant il y a que Coste, en fin de compte, eut moins de loisirs, de nouveaux soucis en plus, et peu de profits.

Il se désespéra de son impuissance. En outre, cette vie de peines et de privations avait son contre-coup sur la santé délicate de Louise qui recommença à s’affaiblir et à se plaindre. Derechef, elle dut s’aliter à certains jours ou se traîna de chaise en chaise, sans forces. Au lieu de congédier la femme de ménage, comme ils l’espéraient, celle-ci leur devint plus nécessaire, juste après la diminution du traitement. Pendant que ses occupations le retenaient dans sa classe, Coste ne pouvait abandonner à eux-mêmes ses enfants, surtout lorsque la mère était au lit, souffrant de troubles cardiaques ou brûlée par la fièvre. Par ailleurs, on le tenait en suspicion depuis les élections dernières et il ne voulait pas prêter le flanc aux critiques. Ses absences, pendant les classes, auraient été divulguées au dehors, par ses élèves, dont quelques-uns étaient les fils des nouveaux conseillers, et, par point d’honneur autant que par sentiment du devoir, il tenait à ce qu’on ne pût l’accuser de négligence dans son travail.

On vécut donc chichement, épargnant sur tout, afin que Louise eût de temps en temps la tranche de viande ou la côtelette que sa débilité aurait exigée à chaque repas et qui était si dispendieuse et si difficile à payer ensuite. Seules, les bessonnes, toujours allaitées par la chèvre, ne souffraient de rien et prospéraient de jour en jour.