Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/20

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III

Tout en cheminant, Coste, de plus en plus attendri, se remémorait ainsi ou plutôt, grâce aux prestiges de son imagination, voyait, par scènes incohérentes mais lumineuses, se dérouler en lui tout ce passé si cher. Il s’attristait, souffrait presque maintenant à l’idée de laisser derrière lui une partie — la meilleure peut-être — de son existence, en quittant, si brusquement et pour l’inconnu, cette ville paisible et aimée. À chaque pas, à chaque tournant de rue, ne lui rappelait-elle pas tant de doux souvenirs qu’y avait semés son amour et dont elle semblait s’embellir, se parfumer, plus souriante, plus familière, plus parlante, ce matin-là, comme pour mieux se faire regretter ?

Et Jean se sentit très triste tout d’un coup. Il est vrai que sa tristesse s’évapora, tandis qu’il causait avec l’inspecteur primaire chez qui il venait de monter et qui ne fit aucune difficulté pour lui octroyer une liberté entière.

De là, il traversa obliquement la place Gambetta, si vaste et si nue sous la coruscation du soleil ; il longea, un moment, la promenade avec ses quatre rangées hautes et profondes de platanes, où il se rappela les rendez-vous qu’il y donnait jadis à Louise, par les soirs sans lune et si mystérieux d’automne. Il franchit le pont jeté sur le ruisseau, presque à sec, qui baigne Peyras et arriva enfin devant la maison dont il occupait le second étage, loué deux cents francs.

Avant de grimper, deux à deux, les marches usées de l’escalier, il eut une minute d’hésitation. Il se promit d’annoncer sans brusquerie son changement à sa femme. Louise avait besoin de ménagements, car elle était de nouveau enceinte de sept mois et très fatiguée par une grossesse pénible.

Au bruit de ce pas bien connu, Paul et sa petite sœur