Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/44

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le dimanche ; que nous n’y retournerons qu’un mois par an, aux vacances, comme des étrangers ; qu’enfin toute notre vie s’écoulera ici, dans ce trou ou dans tout autre pareil, Dieu sait où, au milieu de figures inconnues… Ah ! tu es heureux, toi, de te trouver bien partout et de te consoler si vite !

Elle eut un geste de souffrance, joignit les mains et soupira fortement.

— Toujours tes papillons noirs, folie adorée !… Tu m’envies, dis-tu, mais c’est que je suis philosophe, moi… Le fonctionnaire, c’est l’oiseau sur la branche ; ça va au gré du vent ; ça n’a plus de pays, quoi !…

Il s’interrompit, car Louise sanglotait. Il comprit combien sa réponse maladroite l’avait fait souffrir. Il l’attira sur ses genoux et, la berçant presque, il murmura :

— Allons, ma Louise, ne pleure plus… je t’ai fait de la peine, malgré moi… Pardonne-moi… c’est mon caractère. Mais si je suis étourdi, je t’aime bien, va… Pourquoi te désoler ?… n’as-tu pas avec toi tes enfants, nos beaux enfants, et ton mari ?.. cela ne vaut-il pas mieux que ton pays ?…

— Oh ! si, si, mon Jean, mais je me sens si triste, si triste !…

— Bah ! on y reviendra plus tard, à Peyras, et comme directeur, je te le…

Rose, suivie de Paul qui riait sournoisement, entra en coup de vent, porte claquante, et fit diversion.

— Papa, papa, — s’écria la fillette en zézayant, — Paulou qui me dit que ces montagnes, c’est en sucre. Est-ce vrai, qu’il y a du bonbon, beaucoup, beaucoup, et qu’on ira en cercer ?

Jean et Louise se déridèrent et, par la fenêtre ouverte, regardèrent la montagne qui ruisselait de lumière, au soleil de midi. Certains pans de calcaire, éblouissants de blancheur, avaient des apparences cristallines qui expliquaient les paroles de Rose. Paul riait maintenant aux éclats. La