Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/43

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le temps des sept vaches maigres écoulé, à prendre sa revanche et à faire chère lie au retour de chez le percepteur. Mais c’était la première fois qu’ils se trouvaient dans un tel dénuement.

Des réflexions grises assaillirent Coste : il se surprit à regretter son départ de Peyras et l’argent qu’avait coûté le déménagement. Il fut obsédé par la pensée des cinquante francs prêtés par son collègue et d’une note, montant à cent vingt-cinq francs, laissée en souffrance chez son tailleur, à Peyras, et qu’avant de partir il avait promis d’acquitter par mensualités.

Cependant cet accès de découragement se dissipa vite. Au seuil de sa maison, la vue du paysage montagneux, resplendissant de soleil ; quelques coups de chapeau donnés, en passant, par des villageois endimanchés, réunis sur la place ; les cris joyeux de Rose et de Paul, s’ébattant dans le jardinet, chassèrent toute mélancolie. Coste retrouva sa gaieté. D’ailleurs pourquoi se désespérer ? l’indemnité qu’il allait demander le remettrait à flot et l’on vivrait comme jadis à Peyras.

— Tiens, — dit-il aussitôt à Louise, — j’oubliais… Avant de m’occuper d’autre chose, je vais faire ma demande d’indemnité… mais d’abord que je t’embrasse, chérie.

Louise, en train de ranger la batterie de cuisine, tendit ses lèvres. Jean s’aperçut qu’elle avait les yeux rougis.

— Tu as pleuré, vilaine ? Qu’as-tu donc, petite femmette, — s’écria-t-il d’une voix caressante et en s’empressant auprès d’elle. — Quoi ! voilà que tu pleures encore !… Pourquoi donc, chérie ?…

— Je languis Peyras… Toute la matinée, pendant ton absence, je n’ai fait que penser à mes parents… à là-bas… Vois-tu, — ajouta-t-elle, cependant que des larmes glissaient sur ses joues, couleur de cire, — vois-tu, je ne puis m’habituer à cette idée que c’est fini d’y demeurer, de s’y promener