Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/53

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menuisier. Celui-ci, lier de son gendre l’instituteur, serait heureux de jouer au monsieur et de dépouiller son bourgeron parmi des paysans ébaubis de ses allures et de son bagou. Il s’acoquinerait volontiers à Maleval, mangeant et buvant sans compter, payant des bocks à l’un et à l’autre, en bon prince, et faisant ainsi au café des dettes au nom de son gendre, à qui il laisserait sûrement le soin de régler ses fantaisies et ses beuveries coûteuses. Oui, un réel tourment pour Coste qui, néanmoins, n’en soufflait mot à sa femme, trop aveugle pour ses parents qui l’avaient gâtée et qu’elle adorait. S’ils venaient, il leur ferait, quelque dépit qu’il en eût, bon accueil et bon visage comme un fils. Jamais Jean n’aurait avoué, d’ailleurs, sa gêne à son beau-père et à sa belle-mère. Ils lui auraient amèrement reproché sa misère, inexplicable pour eux, comme une tromperie odieuse.

Et il sentait son cœur se serrer jusqu’à lui faire mal.

Une lettre, timbrée de Peyras, lui parvint enfin. Jean poussa un soupir de soulagement après l’avoir lue. Sous prétexte que le travail pressait, son beau-père lui mandait l’impossibilité où ils se trouvaient de s’absenter un seul jour. Ils étaient heureux, ajoutait-il, de savoir Louise délivrée et hors de danger. Il ne fallait donc pas compter sur eux pour le baptême des bessonnes ; mais le beau temps venu, ils espéraient que Louise et les enfants iraient passer quelques jours chez eux, à Peyras.

Si Jean respira d’aise, il ne se trompa pas sur la valeur du prétexte invoqué par son beau-père. Il connaissait les habitudes dépensières du menuisier, ouvrier excellent, mais joueur enragé.

— Heureusement pour moi qu’ils n’ont pas eu le sou pour le voyage, murmura-t—il. Sans doute, la dame de pique a nettoyé le gousset du beau-père…

Louise pleura en apprenant la résolution de ses parents. Elle aussi, sans en rien dire, en comprit la véritable cause et