Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/80

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cette fleur de l’espérance quand même. Aussi, tout en allant jeter sa lettre à la poste, il respirait plus à l’aise, plein d’alacrité, croyant voir enfin l’avenir aplani. Il était sauvé.

Deux jours passent. Le cœur dilaté d’espoir, il attend patiemment une réponse. Assis auprès de Louise, que son assurance gagne, ils se concertent, font des plans, règlent d’avance l’emploi de la somme. Quatre cents francs suffiront largement pour éteindre toutes les dettes et renouveler vêtements et chaussures. Le reliquat constituera une réserve précieuse de cent francs pour l’achat du vin de quinquina, des ferrugineux, et d’un tas de douceurs et de nourritures choisies qui remettront Louise sur pied. Après quoi, on aviserait, et, le redoutable cap franchi, vogue enfin la galère, sans nul doute vers des mers bleues et éternellement calmes !

Ces colloques, tenus à voix basse dans un coin de la cuisine, n’étaient pas sans inquiéter la vieille Caussette. Que complotaient-ils donc, en se cachant d’elle ainsi ? Elle se promettait de veiller, la nuit surtout. Sa main sèche et crispée serrait plus fortement les clefs enfouies dans sa poche, et derrière ses prunelles blanches, tournées vers son fils et opiniâtrement fixes, on sentait comme la tension d’un regard aigu, inquiet, intérieur, qui voulait voir et en vain faisait effort pour percer le voile opaque s’étendant sur les yeux. Jean ne s’en apercevait point ; tout en chantonnant maintenant, il souriait à Louise qui lui souriait.

La réponse arriva au bout de trois jours. Afin de ne pas être dupé par des gens peu délicats, disait le prêteur, sa maison avait l’habitude de s’entourer de garanties, avant d’expédier la somme demandée. De là, nécessité d’une enquête, conduite avec toute la discrétion possible d’ailleurs, pour s’assurer que le demandeur était bien instituteur et jouissait intégralement de son traitement. Pour faire face à ces frais obligatoires, que la maison ne pouvait prendre à sa charge, un envoi de dix francs était exigé. Si les rensei-