Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/87

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Le cadran d’une horloge marquant deux heures lui rappela que le moment du départ approchait. Il rentra dans la ville, se hâta de faire ses achats. Sur les boulevards, où circulait une foule animée, il acheta, pour son déjeuner, — car il était à jeun — un croissant de deux sous et une tablette de chocolat. Il cassait son pain et son chocolat dans sa poche, par menus morceaux qu’il avalait presque sans mâcher, la main devant la bouche.

Un clair soleil printanier jouait parmi les graciles verdures des marronniers, des acacias et des platanes. Les voitures sillonnaient le boulevard. La même envie qu’il avait éprouvée lors de son dernier voyage, étreignit tout d’un coup le cœur de Coste, encore plus âprement. Le triomphe insolent des parvenus qui déblaient sous ses yeux, jouissant de la vie et de la lumière, souffletait sa misère.

XIII

Par discrétion et par goût, l’institutrice, mademoiselle Bonniol, continuait de vivre à l’écart et fréquentait peu chez les Coste. Ceux-ci, d’ailleurs, de crainte qu’elle ne soupçonnât leur complet dénuement, ne lui faisaient guère plus d’avances.

Les rares fois que la vieille demoiselle avait pénétré dans leur logis, l’attitude embarrassée, le trouble visible, l’accueil hésitant de Coste et de Louise, malhabiles à dissimuler, avaient frappé Mlle Bonniol. Elle crut comprendre qu’on désirait vivre en bons voisins, mais pas plus. Dans son égoïsme de vieille fille, douce et un peu