Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/89

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Cependant, les deux collègues s'estimaient fort : lui, à cause des manières et de la figure avenante de cette vieille demoiselle si discrète et si proprette ; elle, par pitié pour ce grand garçon très doux, chargé de famille, sans cesse besognant après sa classe aux soins du ménage et remplaçant sa femme malade, sans jamais se plaindre.

Mlle Bonniol ne se doutait pas de la misère profonde où se débattait Coste. Elle le croyait seulement gêné, ce qui, d'ailleurs, ne la surprenait guère, car si son traitement lui suffisait largement, à elle seule, elle comprenait quels miracles d'économie il fallait réaliser quand on avait les charges de Coste.

Cependant, quelques jours avant la conférence pédagogique, elle crut bien faire en lui proposant de partir ensemble avec la diligence et de descendre dans le même hôtel du canton.

— C'est au Cheval Blanc que nous allions avec votre prédécesseur, — se hâta-t-elle d'ajouter en remarquant qu'une légère contrariété plissait le front de Coste.

A quoi celui-ci lui fit observer, en balbutiant :

— C'est que j'avais projeté de faire la route à pied... Nous sommes si sédentaires... J'aime tant marcher...

Mais il se reprit vite, car il crut apercevoir un certain étonnement dans le regard de l'institutrice. Plus à l'aise, il se serait certainement tenu à son idée, y aurait donné suite, sans s'occuper d'autrui ; mais très pauvre, c'est-à-dire très susceptible, il s'effarait d'un rien, craintif au dernier point de laisser entrevoir l'étendue de sa misère. C'est pourquoi son amour-propre ombrageux lui fit ajouter aussitôt, avec empressement :

— Mais non, réflexion faite, c'est trop loin... tant vaut-il que je prenne la diligence avec vous. Donc, entendu, mademoiselle, nous ferons lundi comme vous faisiez avec mon prédécesseur.