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LES GAIETÉS DU CONSERVATOIRE


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Pour l’intelligence de ce qui va suivre, il est nécessaire que l’on sache que j’ai été intimement lié avec le célèbre médecin homœopathe Love, qui s’était fait presque une spécialité des soins à donner au larynx des chanteurs et comédiens.

Je tenais de lui, et confidentiellement, la formule de deux médicaments très curieux qu’il ne manquait jamais d’administrer à ses clients à la veille des « premières » ou représentations sensationnelles, médicaments qui ont pour double effet d’éclaircir momentanément la voix et de supprimer le trac, le terrible et stupide trac qui vous serre à la gorge et paralyse tous vos moyens.

Que ce soit dû à la suggestion, ou à la puissance réelle de ces doses infinitésimales de substances très énergiques, ce qui est absolument certain, c’est que je n’ai jamais vu ce système manquer son effet, et pourtant il me serait impossible de me souvenir combien de fois j’ai préparé mes deux petites fioles (car la formule m’ayant été confiée en secret, je ne la trahissais pas), soit pour mes propres élèves, jugés trop impressionnables, soit pour des chanteurs ou chanteuses, soit pour des petites filles des classes de solfège.

Parmi ces dernières se trouvait, il y a quelques années, la jeune et gentille Regina Samper, qui depuis deux ans déjà était sans nul doute parfaitement capable de décrocher une médaille quelconque, mais qui ratait régulièrement tous ses concours à cause d’une excessive nervosité qui lui faisait perdre toute espèce de sang-froid.