Page:Lavisse - Une certaine manière d’arranger l’Histoire, paru dans Le Temps, 29 juin 1913.djvu/24

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M. Funck-Brentano, lui, ne croit pas au retour vers le passé. Il nous prédit pour notre avenir la « tyrannie », et il souhaite que du moins s’ouvre à l’essor de la France un siècle des Antonins. Mais composer, arranger, au moyen de traits arbitrairement choisis, la physionomie presque divine d’un roi père de son peuple, s’attendrir sur cette paternité, effacer, de l’ancien régime, les taches et les laideurs pour n’en montrer que les très certaines beautés, c’est ne pas déplaire à ceux qui ne veulent voir dans notre temps que les laideurs et rêvent des restaurations impossibles. Glorifier le passé devient une mode élégante, engageante. Mais il faut avertir ceux qui la suivent que, s’il est utile et juste de défendre notre histoire d’avant la Révolution contre les calomnies dont elle fut si souvent insultée par des ignorants ou des fanatiques, c’est compromettre la cause de la vieille France que de la plaider, comme vient de faire M. Brentano, avec un mépris si audacieux de la vérité.

En somme, il est regrettable que M. Frantz Funck-Brentano ait rencontré M. Henri Pirenne à Bruges, « au bord des canaux tranquilles ».

Ernest Lavisse.