Page:Lazare - Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844.djvu/574

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Henri III, en 1576, donna des itinéraires réguliers à toutes les villes ayant parlement ; enfin Henri IV, pour faciliter les communications et rendre les voyages plus fréquents, créa en 1597 un établissement destiné à fournir aux voyageurs des chevaux de louage de traite en traite, sur les grands chemins. Les considérants de l’édit du roi méritent d’être rappelés. « Comme les commerces accoutumez cessent et sont discontinuez en beaucoup d’endroits, et ne peuvent nos dicts subjects vaquer librement à leurs affaires, sinon en prenant la poste, qui leur vient en grande cherté et excessive dépense ; à quoy désirant pourvoir, et donner à nos dits subjects les moyens de voyager et commodément continuer le labourage, avons ordonné et ordonnons que par toutes les villes, bourgs et bourgades de nostre royaume, seront establis des maistres particuliers pour chacune traite et journée ; déclarant néanmoins n’avoir entendu préjudicier aux privilèges et immunités des postes. »

Bientôt on réunit en une seule les deux institutions des relais et des postes. Sous Louis XIII, il fut ordonné que les courriers partiraient de Paris pour les principales villes du royaume deux fois par semaine, et qu’ils feraient nuit et jour une poste par heure. Louis XIV exempta les maîtres coureurs, de la taille pour 60 arpents de terre, de la milice pour l’aîné de leurs enfants et le premier de leurs postillons, du logement des gens de guerre, de la contribution pour les frais de guet, gardes et autres impositions.

À Louis-le-Grand appartient encore l’honneur d’avoir créé la Poste-aux-Lettres, ou Petite-Poste. Voici le titre relatif à cette fondation.

« Louis, par la grâce de Dieu, etc… Considérant que la grande estendue de notre ville de Paris, et la multitude des personnes qui la composent, causent beaucoup de longueur et de retardement au nombre infini des affaires qui s’y traitent et qui s’y négocient, nous avons reconnu qu’il étoit nécessaire d’apporter quelque ordre particulier, afin d’en avoir une plus prompte et diligente expédition, et après avoir examiné plusieurs propositions qui nous ont été faites sur ce sujet, nous n’en avons point trouvé de plus innocente pour les particuliers, ni de plus advantageuse pour le public, que l’établissement de plusieurs commis dans notre d. ville de Paris, lesquels étant divisés par quartiers, auront la charge et le soing de partir tous les matins, et de prendre chacun dans un bon nombre de boistes, qui seront mises en différents endroits des d. quartiers pour la commodité de tous le monde, les billets, lettres et mémoires que l’on est obligé d’écrire à tous moments et à toutes rencontres, et de là les porter dans une boutique ou bureau qui sera dans la cour du pallais, pour y être distribuez par ordre de quartier, et rendus par les d. commis sur le champ, diligemment et fidèlement à leurs adresses, d’où retournant, rapporter au pallais sur le midy et à trois heures, et même plus souvent, s’il est nécessaire, les billets, lettres et mémoires qui auront été mis dans les d. boistes pendant le dit temps, etc… etc… Considérant aussi que ceux qui sont à Paris ont plus d’affaires avec les personnes qui sont dans la d. ville, qu’avec ceux qui sont dans les provinces, dont on a bien souvent plus facilement des nouvelles et des réponses que de ceux qui sont dans les quartiers esloignés, et qu’il est bien à propos d’establir, pour la facilité du commerce et pour la commodité du public, une correspondance si nécessaire à tout le monde, et particulièrement aux marchands qui ne peuvent quitter leur boutique, à l’artisan qui n’a rien de si cher que le temps et son travail qui le nourrit, et à l’officier qui de quelque condition qu’il soit, devant l’assiduité à son exercice, ne le peut abandonner.

« À ces causes, etc… Voulons et nous plait qu’il soit establi dans notre bonne ville et fauxbourgs de Paris, tel nombre de boistes, de commis et de bureaux qu’il sera nécessaire, et dans les lieux qui seront jugés être plus à propos, afin que ceux qui voudront se servir de cette voye en puissent user. N’entendant y contraindre personne, voullant aussi que le salaire des d. commis soient modicque et modéré, et qu’il ne soit que d’un sol marqué, quelque grosseur que puisse avoir le billet, lettre ou mémoire, etc… Nous avons donné à nos chers et bien amez les sieurs de Nogent et de Villahier, maistres des requêtes, en considération des bons et agréables services qu’ils nous ont rendus et rendent tous les jours, la permission et faculté de faire le dit établissement dans notre ville et fauxbourgs de Paris et autres villes de notre royaume, où ils verront qu’il sera nécessaire, à l’exclusion de toutes autres personnes, pendant le temps et espace de quarante années, durant les quelles nous voulons et entendons que les d. sieurs de Nogent et de Villahier jouissent seuls de la dite faculté, de tous les profits et émoluments qui en pourront venir. Données à Paris au mois de mai de l’an 1653, et de notre règne le 11e. Signé Louis. »

Cette institution ne réussit pas d’abord ; aussi Pélisson en parle-t-il comme d’une apparition qui devait bientôt s’évanouir. On trouve dans une annotation écrite de sa main, en marge d’une lettre que mademoiselle de Scudéry lui avait envoyée par l’entremise de la boîte des billets, cette curieuse indication : « M. de Villahier avoit obtenu un privilège ou don du roi, pour pouvoir seul establir ces boistes, et avoit ensuite establi un bureau au pallais, où l’on vendoit pour un sol pièce certains billets imprimés et marqués d’une marque qui lui estoit particulière. Ces billets ne contenoient autre chose sinon : Port payé ce jour de… l’an mil six cent cinquante-trois ou cinquante quatre. Pour s’en servir, il falloit remplir le blanc de la date du jour et du mois au quel vous escrimiez et après cela vous n’aviez qu’à entortiller le billet autour de celui que vous escrimiez à votre ami, et les faire jeter ensuite dans la boiste. »