Page:Lazare - Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844.djvu/584

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La machine, quoique brisée par un rouage trop rapide, portait l’empreinte d’un génie neuf et hardi. Le régent, qui n’était pas sans talent, pleura sur ses débris. On a fait monter à six milliards la masse de cette richesse idéale. Si ce fut le comble de la folie de croire à cette fortune prodigieuse, ce serait une sottise encore plus grande de ne pas apprécier tout le jeu que cette opération, bien montée, sagement conduite, eût pu facilement imprimer au commerce et à l’industrie de la nation.

Quinze-Vingts (église des).

Située dans la rue de Charenton, no 38. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

C’était autrefois la chapelle des mousquetaires noirs. Elle avait été achevée en 1701. Cette église, que la ville tient à location, n’offre rien de remarquable ; elle est aujourd’hui la seconde succursale de la paroisse Sainte-Marguerite.

Quinze-Vingts (hospice royal des).

Situé dans la rue de Charenton, no 38. — 8e arrondissement.

Chaque époque historique compte au moins un homme qui la représente.

« Saint Louis, dit M. de Châteaubriant, est l’homme modèle du moyen-âge ; c’est un législateur, un héros et un saint. Le temps où il a vécu rehausse encore sa gloire par le contraste de la naïveté et de la simplicité de ce temps. Soit que Louis combatte sur le pont de Taillebourg ou à la Massoure ; soit que dans une bibliothèque il rende compte de la matière d’un livre à ceux qui le viennent demander ; soit qu’il donne des audiences publiques ou juge des différends aux plaids de la Porte, ou sous le chêne de Vincennes, sans huissiers ou gardes ; soit qu’il résiste aux entreprises des papes ; soit que des princes étrangers le choisissent pour arbitre ; soit qu’il meure sur les ruines de Carthage, on ne sait lequel le plus admirer, du chevalier, du clerc, du patriarche, du roi et de l’homme. Marc-Aurèle a montré la puissance unie à la philosophie, Louis IX la puissance unie à la sainteté : l’avantage reste au chrétien. »

Parmi les grands établissements créés par le saint roi, l’hospice des Quinze-Vingts figure au premier rang. Mais si tous les historiens se sont trouvés d’accord pour faire honneur de cette pieuse fondation à Louis IX, deux opinions différentes ont été avancées sur la destination première de cet asile.

« Avant le XIIIe siècle, dit Jaillot, dont l’avis est partagé par plusieurs autres écrivains, les pauvres aveugles de la ville de Paris s’étaient réunis dans le but de former une société ou congrégation, dont les membres devaient vivre en commun des ressources que leur procurait la charité des fidèles. Mais souvent ces infortunés manquaient de secours lorsque l’âge et les infirmités ne leur permettaient plus de les aller chercher au loin. »

Saint Louis, le premier, établit un hôpital destiné à recevoir ces aveugles qui devaient être au nombre de trois cents, nourris et entretenus aux frais de la couronne ; c’est ce nombre de 300 qui leur a fait donner le nom de Quinze-Vingts.

Rutebœuf, poète contemporain, espèce de singe qui parodiait tout ce qui était grand et noble, rappelle ainsi cette fondation :

» Li roix a mis en un repaire,
» Mes je ne sais pas pourquoi faire,
» Trois cents aveugles tote à rote.
» Parmi Paris en va trois paires,
» Tote jor ne finent de braire.
» As trois cents qui ne voient gote
» Li uns sache, li autre bote,
» Se se donnent mainte secosse,
» Qu’il n’y a nul qui lor éclaire :
» Si feux y prend, ce n’est pas dote,
» L’ordre sera bruslée tote,
» Saura li roix plus à refère. »

Voici la traduction de ces vers : Le roi a mis dans une retraite, mais je ne sais pourquoi faire, trois cents aveugles qui parcourent Paris par troupes de six et ne cessent de braire toute la journée. De tous ces gens qui ne voient goutte, les uns tâtonnent, les autres buttent, chacun reçoit mainte contusion, car personne ne les conduit. Si jamais le feu prend à leur maison, il n’y a pas de doute que l’ordre entier ne soit brûlé ; si bien que pour le roi ce serait tout à refaire.

D’autres écrivains ont avancé que saint Louis avait fondé cet établissement pour donner asile à trois cents chevaliers auxquels les Sarrazins avaient fait crever les yeux. Les lettres-patentes données au mois de mai 1546 par François Ier, semblent confirmer cette opinion. On lit dans ces lettres portant règlement de l’hospice des Quinze-Vingts

« François, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous présents et advenir salut et dilection… Comme de tout temps et ancienneté, pour la nourriture, hospitalité et entretennement, des povres mallades impuissans de gaigner leurs vies, affluans en nostre royaulme, paiis, terres et seigneuries, aiient esté par nous et noz prédécesseurs roys, fondez plusieurs lieux pitoyables, Maison-Dieu et hospitaulz, ez quels lieux ils sont reçus nourris et alimentez, selon les facultez du revenu, ordonnance et statutz d’iceulz, entre les quels lieux pitoyables auroit esté, par feu nostre progéniteur le roy saint Loys, fondez en nostre bonne ville et cité de Paris, la maison et hospital des 15/20 de Paris, en mémoire et récordation de trois cents chevaliers qui en son temps et règne eurent les yeulz crevés pour soustenir la Foy catholique, etc… »

Telles sont les deux opinions soutenues par les écrivains qui ont fait de l’histoire de Paris une étude spéciale. Quoi qu’il en soit, il parait certain que la fondation de l’hôpital des Quinze-Vingts eut lieu vers l’année 1254. On choisit un terrain appelé Champourri, et