Page:Lazare - Le Nationalisme juif, 1898.djvu/5

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elles nous ont donné des habitudes, plus même, une attitude d’esprit semblable grâce à laquelle, malgré les divergences individuelles nécessaires qui nous séparent et doivent nous séparer, nous regardons les choses sous un même angle. Outre ces traditions et ces coutumes, se sont élaborés, au cours des âges, une littérature et une philosophie. De cette philosophie et de cette littérature nous avons été exclusivement nourris pendant de longues années. Assurément, nous vivons actuellement, et beaucoup de juifs d’autrefois vivaient sur un fonds d’idées générales, idées humaines et universelles que les nôtres ont contribué d’ailleurs à créer, mais nous possédons certaines catégories d’idées et certaines possibilités de sensations et d’émotions qui n’appartiennent qu’à nous parce qu’elles naissent précisément de cette histoire, de ces traditions, de ces coutumes, de cette littérature et de cette philosophie.

Comment traduit-on ce fait pour un certain nombre d’individus d’avoir passé, traditions et idées communes ? On le traduit en disant qu’ils appartiennent à un même groupement, qu’ils ont une même nationalité. Et voilà ce qui fait comprendre cette incontestable fraternité juive que beaucoup cherchent à expliquer par des sentiments humanitaires ; mauvaise explication, puisque ces sentiments se particularisent et que ceux qui veulent répudier leur qualité de Juif les oublient. Telle est la justification du lien qui unit les Juifs des cinq parties du monde :

Il y a une nation juive.

Ce n’est pas la première fois que j’émets cette opinion. Je l’ai développée il y a trois ans dans un livre que l’on m’a beaucoup reproché. On m’a dit qu’en affirmant la permanence et la réalité d’une nation juive, je me faisais l’auxiliaire des antisémites. J’ai beaucoup réfléchi à ce grief si grave et je persiste à rester sur ce point l’allié des antisémites, comme on a bien voulu le dire ; je suis leur adversaire sur tant d’autres que je puis me permettre d’appuyer par des raisonnements précis leurs confuses affirmations. Ce qui me choque en effet de la part des antisémites, ce n’est pas de les entendre dire : « Vous êtes une nation ! », ni même de les entendre affirmer que nous sommes un état dans l’État, je trouve qu’il n’y a pas assez d’états dans l’État, c’est-à-dire, pour préciser mieux, qu’il n’y a pas assez, dans les États modernes, de groupements autonomes et libres liés entre eux. L’idéal humain ne me paraît pas l’unification politique ou intellectuelle. Une seule unification me semble nécessaire : c’est l’unification morale. Ce qui me choque, car c’est