Page:LeMay - Le pèlerin de Sainte-Anne, Tome II, 1877.djvu/303

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un piége. L’un des habitants ramassa la pioche que la femme avait laissée tomber près d’elle, et se mit en devoir d’enlever la terre.

Au premier coup, la femme poussa un cri. Les doigts impitoyables du mourant s’étaient enfoncés de nouveau dans ses chairs.

— Travaillez plus loin, de l’autre côté, dit-elle ; il me serre de plus en plus.

— Qui ? demande-t-on.

— Mon frère.

— Le maître d’école ? s’écrient les habitants stupéfaits.

La femme penche la tête.

— Vite, des bêches ! déblayons le terrain !

Plusieurs avaient commencé leurs guérets et laissaient, chaque soir, leurs bêches plantées dans la tourbe, sur le bord des rigoles. Courir chercher ces instruments fut l’affaire de cinq minutes. L’opération du déblaiement commença. Elle ne fut pas longue. Les bras vigoureux faisaient jouer les ferrées (bêches) avec la force et la régularité d’une machine. La terre volait comme une poussière. Les pièces de bois cassées furent retirées par éclats. L’une des bêches toucha un corps mou, souple,