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GRAINS DE PHILOSOPHIE



ARBRES ET CŒURS


Le ciel n’a plus d’azur, le ciel n’a plus d’étoiles,
Et le dernier rayon s’éteint frileux au nord.
J’entends les bois gémir sous le vent qui les tord ;
Les nuages pesants tombent comme des toiles.

Dedans, l’érable dur qui fait gronder les poêles,
Dehors, des tourbillons qui hurlent. Le froid mord,
La neige monte, monte… On dirait que la mort
Etend sur les champs nus ses blancs et tristes voiles.

Les bois, comme les cœurs, tressaillent-ils souvent ?
Les cœurs, comme les bois, s’effeuillent-ils au vent ?
L’angoisse ou les regrets suivent-ils les ivresses ?

Oui, mais au souffle amer qui les met en lambeaux,
Sous les flocons de neige ou le poids des détresses,
Les arbres et les cœurs apparaissent plus beaux.