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SONNETS RUSTIQUES



LE SOL


Quand le coutre de fer en longs sillons le tranche ;
Quand le hoyau le mord de ses coups violents ;
Quand la bêche le creuse avec des efforts lents,
Il semble qu’il gémit et que son cœur s’épanche.

Se révolterait-il ? Aurait-il sa revanche ?
Il demeure insensible à des soins vigilants ;
Il se dessèche, ici, sous des soleils brûlants,
11 prend, là, sous les eaux, l’aspect d’une mer blanche.

La grange sera vide et la table, sans pain.
L’oiseau chante, à son nid, sans peur du lendemain,
Mais au nid du semeur l’espérance chancelle.

Pourtant, dans les labours où sont morts tous les bruits,
Au milieu des parfums, l’or des fleurs et des fruits,
Au jour marqué par Dieu, tout à coup étincelle.