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FANTAISIE



AU CROQUEMORT


Tu cherches la maison qu’enveloppe le deuil ;
Tu supputes la fin de chaque âme vivante ;
Tu vois sans tressaillir une angoisse émouvante,
Et tu fermes ton cœur quand tu rouvres un seuil.

C’est à parer la mort que tu mets ton orgueil.
Ta main tend le linceul d’une façon savante.
Et, pour que leur aspect jette moins d’épouvante,
Tu parsèmes de fleurs les planches du cercueil.

Les mânes descendus en des lieux de ténèbres,
Pour traverser plus tôt le Styx et l’Achéron,
Appelaient à grands cris le vieux passeur Charon.

Mais ils sont tous muets tes voyageurs funèbres.
Dans ta voiture sombre où les mènes-tu ? Dis…
Aux portes de l’enfer ou dans le paradis ?