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SOUFFLE RELIGIEUX



LE BONHEUR


Est-ce un leurre divin vainement affiché ?
L’ouvrier le demande à sa hache, à sa lime ;
Le poète le cherche en un rêve sublime ;
Le jeune homme éperdu ne l’a pas déniché.

Il n’est point dans le sol âprement, défriché.
Le vieillard croit le voir au passé qui s’abîme ;
Le riche le paierait de son dernier centime ;
L’esprit fort dit que Dieu — s’il existe — a triché.

Ce qu’un jour nous apporte un autre nous l’enlève.
La coupe du plaisir, que notre main soulève,
Mêle une amère lie à son rayon de miel.

Il n’est donc ici-bas nulle paix souveraine…
Vous avez vu, pourtant, plus d’une âme sereine
Accepter la souffrance en souriant au ciel.