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AU FOYER



RÉSIGNATION


J’espérais voir ma nef voguer sur un flot clair,
Mon esprit s’envoler dans une vive idée.
J’ai pris la coupe amère et l’ai toute vidée.
Je voudrais m’endormir sous le feu d’un éclair.

Un sort dur m’a suivi comme un chien par son flair.
J’ai dompté la souffrance ou ma foi l’a guidée.
Mon existence fuit. Elle s’est dévidée
Comme un maigre écheveau dont le brin flotte en l’air.

Et pourtant je ne sais quel regret nous empoigne,
Quand au soir de la vie une amitié s’éloigne,
Une espérance meurt, un doux rêve se fond.

Mais qu’importe, ô mes jours ! que le ciel vous prolonge,
Le monde n’est-il pas un abîme’qu’on longe ?
Et plus on marche loin, plus l’abîme est profond !