Page:LeMoine - Ornithologie du Canada, 1ère partie, 1861.djvu/101

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bois, tout sous sa touche magique revêt des teintes et une actualité qui décèlent la main d’un maître.

Pour lui aussi, il est vrai de dire « Le style, c’est l’homme. » Ses tableaux sont frais comme la rosée de l’aurore ; on croit suivre ses pas aventureux à travers la forêt ; on s’imagine entendre son cri d’admiration, lorsqu’un lac, une vallée inconnue frappe pour la première fois son regard ; on croit ouïr sa joyeuse exclamation, lorsque le Chevreuil timide s’enfonce à sa vue dans l’épaisseur d’un

    de sa compagne, et, pour finale de ce grand concerto, lui donne la traduction la plus exacte de toutes les mélodies, de tous les cris, de tous les sifflements, de tous les accents qui appartiennent aux autres Oiseaux, et même aux Quadrupèdes : c’est l’aboiement du Chien, le beuglement du Bison, le miaulement du Chat-Cervier ; c’est le chant de la Linotte et de la Perdrix, le glapissement du Renard et le caquet de la Poule ; c’est la voix stridente du Hibou, voix si fidèlement imitée, qu’elle jette la terreur parmi les petits Oiseaux du voisinage, et les met en fuite au milieu du jour, comme si leur ennemi nocturne les poursuivait à la clarté du soleil. Enfin, une note particulière de la femelle se fait entendre, c’est un son triste, étouffé, qui impose silence au Moqueur ; aussitôt celui-ci cesse son chant, et le couple s’occupe à chercher un lieu favorable pour l’établissement de son nid. Ce nid est toujours placé à la proximité de quelque maison habitée ; le Polyglotte construit le petit édifice à la jonction de deux rameaux : cinq œufs y sont déposés ; leur forme est ovale, ramassée, leur couleur est d’un vert léger, tacheté de brun.
    « Les planteurs respectent ces aimables voisins, et défendent à leurs enfants de les inquiéter ; leurs ennemis les plus dangereux sont les Chats domestiques et les Serpents. Quant aux Oiseaux de proie, il en est peu qui attaquent le Moqueur, car il se défend toujours avec énergie, et va même au-devant de l’agresseur ; le seul qui le surprenne quelquefois, est le Faucon de Stanley. Ce Faucon vole bas, et enlève le Moqueur sans s’arrêter ; mais, s’il manque son coup, le Passereau devient l’assaillant à son tour ; il poursuit le brigand, en appelant à lui ses pareils, et, quoiqu’il ne puisse atteindre le Faucon, l’alarme donnée, met tout le monde sur ses gardes, déconcerte le maraudeur. »