Page:LeMoine - Ornithologie du Canada, 1ère partie, 1861.djvu/29

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Deux aigrettes de plumes l’ont fait surnommer le Grand Hibou à cornes. « Dans les forêts denses de l’Indiana, dit Wilson, j’ai plus d’une fois entendu pendant la nuit cette sentinelle solitaire, pousser des cris à faire trembler une garnison entière, Waugh O ! Waugh O ! Ses autres solos nocturnes étaient non moins mélodieux et ressemblaient tantôt au hurlement d’un chien qui a perdu son maître, tantôt au râle étouffé d’un assassiné qui crie en vain au secours. » Ce sont les accents lugubres du Duc de Virginie qui éveillent la nuit nos campagnards occupés en mars et avril à la confection du sucre d’érable, sur le versant des collines. Le duc fréquente surtout les bois voisins des rivières. Le jour, on le voit seul, souvent sur les grosses branches les plus touffues ; si on le surprend, il se réveille, siffle, fait rouler ses gros yeux en se balançant d’un pied sur l’autre. Cependant, si l’importun s’approche, il s’envole ; mais ébloui par la lumière du jour, il se dirige mal, et cherche à se cacher dans le fourré le plus voisin. Le Duc de Virginie a le vol élevé, rapide et gracieux ; il plane avec aisance et en grand cercle par la simple inclinaison de ses ailes et de sa queue. De temps en temps, il effleure silencieusement la terre avec vélocité, et saisit sa proie à l’improviste ; quelquefois il s’arrête subitement sur quelque palissade, secoue ses plumes et pousse un cri horrible. Quelquefois, quand on n’est éloigné de lui que de cinquante pas, il dit son hou-hou de manière à faire croire qu’on entend un cri lointain à plus d’un mille de distance. Dans l’intervalle de chaque cri, il fait claquer son bec comme par passe-temps, ou bien il aiguise le bout de ses mandibules, de même qu’un sanglier aiguise ses défenses. Dindes, poules, perdrix, canards, poissons morts, lapins et souris, voilà ses entremets et sa pièce de résistance. Il les avale tout entiers avec la plume,