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AUTOUR DE LA MAISON

Au bas, on écrivait avec le doigt. « Toto, Pierre, Michelle. »

Mais la poudrerie était si forte que les bonshommes et les noms disparaissaient immédiatement, et l’on courait, en enfonçant jusqu’aux genoux, vers le hangar, et vers le grand banc qui était blotti contre lui. On longeait cette montagne blanche. De la fenêtre, tante Estelle nous suivait des yeux en riant. On s’efforçait de marcher droit, mais si vous croyez que c’était facile ! On calait jusqu’à la ceinture, et la neige était si dense et si forte qu’elle pressait nos jambes comme si elle eût voulu les garder, et il fallait de l’aide pour sortir du trou ! Le vent épuisait notre haleine et l’on se renversait sur le dos, la tuque rabattue sur le nez, pour se reposer ! Parfois aussi, on se laissait descendre en roulant jusqu’en bas du gros banc, et on recommençait à l’escalader, essoufflés, enneigés !

On aurait bien voulu grimper sur le hangar et sauter dans la neige. Mais les bancs étaient encore trop bas et nos jambes trop courtes !

Soudain, l’un de nous poussait vigoureusement l’autre en criant « tag », et l’on se lançait dans une course difficile. On avançait avec peine, on tombait, on se relevait, on enfonçait profondément, on se déterrait, puis, à un mo-