Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
109
AUTOUR DE LA MAISON

Le soir venait. On ne voyait pas les graines rouges sur l’arbre, trop loin de nous. Toto me dit : « Veux-tu, on va s’en retourner ? » Je ne répondis pas, et me dégageant, je pris les devants. Mais, à trois pieds de là, une de mes jambes cala, et je tombai et ne pus me relever. Toto vint jusqu’à moi, essaya de me déprendre, n’y réussit pas et poussa de grands cris pour appeler au secours. Un homme, qui fendait du bois dans le hangar, vint me retirer du trou, et… je n’osai pas l’envoyer jusqu’au fond du jardin me chercher du pinbina !

Vous le croirez si vous voulez, mais j’en voulais encore. Au souper, je fus maussade et dis en grimaçant au-dessus de mon assiette :

« Je mangerais du pinbina ! du pinbina !

Et vous m’en apporteriez ce soir, pendant que je vous griffonne ces riens, une corbeille remplie que je n’y toucherais peut-être pas. Je crois que ce n’est pas très bon. Seulement, parce que j’en voulais, j’imaginais que c’était délicieux, et je goûtais d’avance un fruit idéal, qui était mille fois meilleur que le véritable.

Dites que vous en avez eu, vous aussi, de ces idées fixes, lancinantes ? Dites que vous avez désiré des choses embellies par votre imagination et devenues si tentantes que vous