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AUTOUR DE LA MAISON

ressemblaient pas à de vulgaires chaloupes ! Et il me passait dans l’esprit des images colorées.

Les gens se rangèrent soudainement. Un homme venait, menaçant de ses poings. Il était ivre. Il approchait. En m’apercevant, il se mit à crier : « À l’eau, les enfants ! » et il fit le geste de me prendre par l’épaule. Je me dérobai et partis toute effarée, le cœur battant, haletante comme si j’eusse échappé à la mort.

Oh ! je me gardai bien de raconter cela de retour à la maison, et je fus silencieuse, car on se serait probablement moqué de moi, et l’on aurait ajouté : « Tu avais en belle de ne pas t’amuser dehors à pareille heure ! »

Et puis, est-ce qu’on avoue ses humiliations ? C’était choquant que l’homme ivre eût fait sur moi cette menace ! On m’avait regardée. J’avais eu honte dans cette fuite éperdue.

Et vous savez, n’est-ce pas, la mauvaise impression qui nous reste quand on a eu honte ? et ce mécontentement qui subsiste en nous malgré les bons souvenirs de toute une journée de joie, parfois !