Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/136

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
136
AUTOUR DE LA MAISON

rivière avait presque atteint la première route transversale. Sa course s’arrêta, et nous pûmes la contempler sans crainte. Ensuite, nous reprîmes le chemin de la maison, afin d’apprendre cet événement à ceux qui ne l’avaient pas vu.

Plus tard, vers cinq heures, je me sauvai toute seule pour aller voir l’inondation. L’eau était montée jusqu’à la deuxième rue parallèle à la rivière, et les gens se massaient sur le trottoir, regardant les inondés qui sortaient de leurs demeures et s’embarquaient dans des chaloupes. Il y avait une animation extraordinaire, des cris, des chants. C’était nouveau de canoter dans les rues, et même ceux dont l’eau envahissait les maisons riaient comme les autres. Jamais je n’avais vu tant de monde réuni dans mon village. J’avançais vers la rivière, en sûreté sur le trottoir élevé, me faufilant à travers les gens. Il devait être six heures, et je ne songeais pas à retourner chez nous. Étonnée, j’assistais, à ce spectacle nouveau. Je remuais des comparaisons dans ma tête d’enfant. C’était toujours ainsi à Venise ? Est-ce que je ne l’avais pas vu sur les images de mon livre de lecture ? Mais les maisons étaient sans doute d’une beauté de rêve et les gondoles ne