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AUTOUR DE LA MAISON

poupées. Moi, je serai l’engin, Marie, le tender, Michelle, le char à passagers, Pierre, le char à bagages. Ça va y aller sur un temps ! »

Nous nous attachons les uns aux autres. Toto s’élance en criant : pouf, pouf ! sonnant sa clochette, Pierre siffle, Marie et moi, nous suivons en riant. Le train traverse la salle à manger, l’office, la cuisine, fait claquer les portes, prend la galerie à toute vapeur, revient par l’entrée principale, passe le salon, le boudoir, la chambre de maman, retombe dans la salle, puis encore dans l’office, la cuisine, monte l’escalier de service, passe le grenier, la chambre de Julie, la chambre de débarras, la chambre « des étrangers », le passage, dégringole, en hurlant, le grand escalier et… pouf, pouf, pouf ! on recommence le trajet ! À la cuisine, Julie essaye d’arrêter le train, mais vainement. La machine tambourine sur ses plats de vaisselles, frappe sur les chaudrons, lance des acclamations étourdissantes et remonte au grenier pour redégringoler ensuite l’escalier d’en avant. Toto donne l’ordre des accidents. À un cri de terreur, il faut heurter les murs de la tête, s’accrocher aux chaises, tomber à terre sur la galerie ! C’est une ivresse incroyable de fou rire et d’exaltation. Tout notre amour de la vie qui s’exprime dans un délire