Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/144

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
144
AUTOUR DE LA MAISON

XLI


C’est un nouveau mai qui commence et je reviens du mois de Marie… Les mêmes prières répétées d’une voix égale, avec les mêmes intonations, m’ont ramenée très loin, aux offices du soir dans mon église d’autrefois. N’était-ce pas ce vicaire qui m’apprit le catéchisme dans mon village natal, et qui, transplanté en ville lui aussi, récitait aujourd’hui le chapelet, comme il y a tant d’années dans le sanctuaire de là-bas.

Que je la revois bien, en ce moment, l’église un peu obscure où les lampes mal mouchées pétillaient et ne jetaient qu’une pauvre clarté vacillante. Sur l’autel de Marie une douzaine de cierges scintillaient ; c’était mystérieux à cause des coins remplis d’ombre. La Vierge, de sa niche, souriait, les lueurs tremblotantes des lampions mettant des reflets de vie sur son immuable figure de plâtre. Je l’aimais bien, cette immaculée Marie, mais ce qui me plaisait surtout, c’était, à chaque extrémité de son autel, des anges aux ailes d’or, l’un en robe bleue, l’autre en robe rose, les jambes nues et cambrées, la tête levée, une tête d’enfant blond et radieux. Je les admirais follement, ces anges. Je les aurais voulus pour jouer. Je les adorais. J’en avais des