Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/154

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
154
AUTOUR DE LA MAISON

neuve, et j’ai encore ma robe de première communion. Je suis debout sur un banc, appuyée à la maison. Je regarde droit devant moi, vers la rivière. Je ne me souviens pas à quoi je pensais, ainsi immobile et silencieuse. Je n’étais ni exaltée, ni remuée profondément. J’étais contente ; quelque chose de nouveau habitait en moi. Toto venant vers moi, m’apprit que c’était nous qui avions obtenu la pluie. Depuis trois semaines, les neuvaines des habitants et de tout le monde étaient restées sans réponse, tandis que notre première communion avait tout de suite apporté la bénédiction sur le village.

Je le crus. Je le crois encore. Je crois infiniment à la surnaturelle Providence qui bénit les âmes pures et veille sur toute destinée. Je crois toujours que Celui que l’on prie ne refuse rien à la confiance, et que s’il refuse, c’est quand même pour notre bonheur !

Toto parti, je restai comme une statue sur mon banc de bois…

Et voilà que j’ai fini de réveiller mes souvenirs et mes songes d’autrefois, et que vous ne verrez plus jouer ni Toto, ni Pierre, ni Marie. Ils s’en vont. Ils étaient partis depuis longtemps, puisque la vie les a changés ; mais en fermant les yeux, je ranimais les anciennes