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AUTOUR DE LA MAISON

route, de courir dans les champs, jusqu’à Sainte-Mélanie, puisque c’était par là. Ce n’était pas interminable ; des prairies, et les clôtures à sauter, à six ou sept ans, on s’en moque !

« Tante Estelle, puisque c’est là, en face, pourquoi que je ne les vois pas, Toto et Marie ? Si je montais sur la maison, est-ce que je la verrais, leur maison à eux ?

— Mais non, ma pauvre Michelle, tu es folle ! »

Oui, petite fille, tu étais folle. Tu croyais pouvoir, rien qu’en courant un peu à travers les champs, rejoindre Toto et Marie qui avaient, eux, voyagé tout un jour ! Tu ne comprenais pas pourquoi tu ne pouvais les voir ; tu croyais que la terre finissait à l’horizon, et comme la « barre » était assez proche où le ciel rencontre la terre, tu abolissais les distances et tu te révoltais d’être si près d’eux, et seule, pourtant. Tu regardais les oiseaux, et tu te disais encore : Pourquoi, une petite fille n’a-t-elle pas d’ailes ? Ce serait bien plus amusant et commode. On n’aurait même pas besoin de bac pour traverser la rivière, puis…

Petite Michelle, je me souviens bien. Tu rêvais d’aller là-bas dans les îles bleues, sur la mer rose. Tu rêvais à des personnages